Ce samedi, Lingli avait envie de discuter, elle avait un peu de vague à l'âme et l'esprit à philosopher. Du coup notre conversation a duré de 22h30 à 3h00 du matin ! Elle m'a d'abord raconté qu'elle avait retrouvé l'ambiance de sa jeunesse chez ses parents : fermer les rideaux pour créer de la pénombre, allumer une petite lampe, boire du thé et lire ses livres préférés, en écoutant de la musique calme. Puis elle m'a expliqué qu'elle aimait le soleil levant et le soleil couchant, la musique douce, en particulier lorsqu'il pleut et qu'elle est chez elle. Je lui ai proposé l'adjectif mélancolique, qui, après explication, lui a parfaitement convenu. La conversation est partie ensuite sur le bonheur et le malheur. Lingli pense comme sa soeur que la vie n'est pas facile et qu'avoir de petits bonheurs de temps en temps permet de supporter les malheurs quotidiens. Elle m'a expliqué que pour elle la pluie ressemblait aux larmes du ciel. Selon elle, n'avoir que des moments heureux dans la vie ne permet pas de les apprécier. Alors que l'ennui permet de réfléchir à la vie, de trouver de nouveaux buts et de reprendre la route à la recherche de beaux paysages. En regardant la pleine lune, elle m'a parlé du sentiment de calme qu'elle ressentait à la vue de la lune, que cet astre a toujours eu une signification particulière pour elle et qu'elle a toujours aimé la contempler seule.
Puis nous avons dérivé vers la musique chinoise qu'elle écoute, et elle m'a envoyé quelques morceaux pour que je découvre. Je pensais trouver des musiques à base d'instruments traditionnels, mais non, c'est de la musique pop comme on en a l'habitude, mais très douce, avec beaucoup de cordes. Voyant que je m'y intéressais, Lingli a entrepris, à 2h00 du matin, de traduire ses chansons préférées du chinois en français ! Elle m'a envoyé ses traductions et je l'ai aidée à les corriger. En plaisantant elle m'a dit "prof, je ne te laisse pas a dormir avant tu m'aide a corriger la parole de cette chanson".
Lorsque je discute avec Lingli, j'en profite toujours pour lui apprendre et lui expliquer le français courant. Car c'est justement avec ce langage parlé et non écrit qu'elle a le plus de mal. Pour nous, c'est difficile à imaginer car c'est le français que nous employons la majorité du temps. Quelques exemples : "y'a" (pour il y a), "ça roule", "à plus", "j'ai pigé" sont des expressions triviales pour nous mais sur lesquelles elle bute évidemment. Elle est très contente que je l'aide ainsi car cela lui permet de mieux comprendre les conversations informelles et de pouvoir y participer un peu plus. Et moi ça me fait tant plaisir de l'aider.
Hier elle m'a envoyé un très joli texte sur l'amitié qu'elle a écrit suite à sa tristesse de ne pas réussir à communiquer avec les Français qui l'entourent. Car, malgré tous ses efforts, elle se heurte à l'indifférence chronique des Français pour tout ce qui vient de l'étranger. Elle parle aussi de ses amis restés en Chine qui ne comprennent pas sa tristesse et ses difficultés et qui ne voient que la chance qu'elle a d'être en France. Elle regrette de n'avoir aucun contact avec les autres étudiants (ses collègues de travail), après une journée de travail. Chacun rentre chez soi, et personne n'a eu envie de l'inviter ne serait-ce qu'à boire un café à une terrasse (son rêve !). Elle comprend cependant cette attitude car elle admet avoir agi de la même façon en Chine avec les étrangers qu'elle a pu rencontrer. La barrière de la langue et de la culture était si forte qu'elle ne faisait pas d'efforts pour communiquer avec ces étrangers.
Elle termine son texte par des réflexions pleines de bon sens sur l'évolution de l'amitié dans le temps et sur les souvenirs qui y sont attachés. Et elle conclut par cette maxime (chinoise ?) : « On est responsable de sa solitude ». Je suis triste d'habiter si loin d'elle car je sais que je pourrais lui apporter beaucoup de ce qu'elle recherche, mais que cela nous est interdit à cause de la distance.
Hier pour finir j'ai aidé Lingli à créer son blog, dans un premier temps sur une plate-forme française et peut-être plus tard sur une plate-forme chinoise.