« La dernière fois, quand ils secouaient leur main pour me dire «au revoir» et disparaissaient au loin, je sentais que je serai triste quand je sortirai de chez eux à Bourge après Noël. Peut-être ça sera la dernière fois. Mais, au moins, j'avais eu. Quand je suis arrivée là-bas, ils faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour me faire sentir comme chez moi. Ils montraient tout ce qu'ils savaient pour me faire découvrir les Français au quotidien y compris le romantisme. Ils me donnaient tout ce que j'avais besoin comme l'écharpe, les gants pour me réchauffer en hiver, un appareil photo pour mémoriser les joyeux moments. Ils m'appréciaient comme si j'étais leur star, sa femme me prenait comme son enfant et faisait les plaisanteries avec moi. Avec sa fille c'était la première fois qu'on se voyait mais c'était comme si on se connaissait depuis longtemps.
Pour moi, ils avaient baissé leur vitesse de parole et ils s'arrêtaient de temps en temps pour m'expliquer, ça m'impressionnait quand ils me disaient que c'était normal pour moi de ne pouvoir pas comprendre tout tout de suite, et ils n'abandonnaient jamais de m'expliquer. Pour moi, ils utilisaient tous les baguettes (seulement une fois quand je les faisais les plats chinois).
Pour la première fois, je me sentais comme une vraie fière princesse, j'étais le point focal. Pour la première fois je sentais que tout ce que je faisais était totalement correct, et tout le monde m'écoutait attentivement ! Grâce à eux, je savais comment les Français passaient leur Noël, c'était le moment d'offrir et d'obtenir des surprises, c'était le moment de dire je t'aime aux gens qu'on aime ou aime bien, c'était le moment de partager entre la famille, c'était le moment où tout se reposait et il ne restait que les joies ! Pas comme chez moi, où les cadeaux étaient généralement l'argent. J'aimais bien la joie d'ouvrir un emballage et deviner ce qu'il y avait dedans. Grâce à eux, je savais comment les Français se respectaient, même leurs enfants et leurs animaux, car en Chine, les enfants, généralement devaient obéir leurs parents et les animaux étaient plutôt comme les poupées.
J'aimais bien quand nous discutions des relations avec les amis, ils disaient qu'ils invitaient rarement d'autres chez eux et si je voulais j'étais un peu comme une petite partie chez eux, dès qu'ils me prenaient comme une amie, nous resterions presque toujours les amis pendant toute la vie. Comme c'était probablement la dernière fois que nous nous sommes rencontrés, c'était un moment triste quand je les quittais. Mais, de toute manière, par rapport aux joies du moment, ça mérite de supporter les moments tristes.
Je ne sais pas s'ils vont vraiment voyager en Chine et me revoir ou pas, et je ne sais pas si j'aurai de la chance de revenir ici ou pas (je le veux bien et je ferai tous mes efforts). Mais les moments heureux, même si seront juste un souvenir, seront suffisants pour moi !
Au moins, je l'avais eu ! »

J'en déduis qu'elle a apprécié ces quelques jours avec nous et je ne peux qu'en être heureux. Je constate aussi avec plaisir qu'elle a fait d'énormes progrès en français, je n'ai quasiment rien corrigé dans ce texte (à part les conjugaisons que j'ai laissées telles quelles, mais je sais que c'est le plus difficile pour elle puisque cette notion n'existe carrément pas en chinois). Rappelez-vous, elle n'étudie le français que depuis 3 ans, pas mal, non ?
Lingli m'a aussi confié qu'elle retrouvait beaucoup d'usages et de coutumes qu'elle a découvert avec nous dans un livre que je lui ai offert, sur la vie et la société française 1.

1 Chez vous en France