Les places étant numérotées nous ne nous pressons pas pour arriver au Macnab. La salle de spectacle, plutôt récente, jouxte un café éponyme. La décoration est soignée et les fauteuils confortables. Grâce à notre ami, l'un des organisateurs du festival Cap Scène, nous avons de bonnes places, au sixième rang, juste au niveau de la scène. Le tambourin de Marie, traditionnellement perché en haut d'une tige, est éclairé par un spot, comme une pleine lune. C'est joli et cela restera ainsi tout au long du concert.

A l'heure dite, Marie et ses musiciens entrent en scène. Ils attaquent bien sûr avec "Manouche" et nous offriront onze chansons. Le format de leur prestation est plus court que d'habitude puisqu'ils ne passent qu'en première partie. Mais leur concert va être d'une haute tenue, quasiment parfait en tous points. Nous apprécions surtout la qualité du son cette fois : chaque instrument est bien équilibré et la voix de Marie est parfaitement audible. Nous remarquons une nouvelle fioriture : une pointe d'écho se fait entendre sur les derniers mots de Marie du refrain du "Curé" et de "C'est pas ma faute". C'est original et suffisamment discret pour ne pas gêner l'écoute. Quelle différence avec le son sous le chapiteau à Salbris ! Difficile à dire pourquoi, même si le Macnab et son équipement doivent y être pour beaucoup. Marie semble avoir un léger trou sur "Café noir" mais il faut bien connaître la chanson pour s'en rendre compte. Nous n'entendrons pas "Le bistrot" pour la première fois en douze concerts, cette chanson symbole de la rencontre musicale entre elle et Franck, son guitariste. Par contre nous avons droit pour la seconde fois à "Apprends-moi à en rire", la chanson dédiée à son grand-père, toujours aussi émouvante. Le solo de Franck au milieu des "Baleines" semble nouveau aussi, plus mélodique. Pour le jouer, Franck vient s'asseoir au bord de la scène, focalisant l'attention du public tandis que Marie s'équipe de son accordéon, avant le final ensemble.

Nous avons par ailleurs l'impression que nos acolytes ont un public à conquérir. Marie parle très peu entre les chansons, donnant juste leur titre, elle ne nous fait pas le coup du "vrai-faux rappel" (qui de toute façon n'a pas sa place puisque le concert est en format court), Franck ne blague pas, la mise en scène et les placements de Marie sont bien léchés, et elle présente Christophe, le bassiste, sous son prénom au lieu de son surnom, "Babar". Franck nous refait quand même son saut à la Pete Townsend sur "Paysage perdu". Est-il inspiré par la marque de sa guitare, Takamine, choisie pendant longtemps par le guitariste des Who ? Les efforts de Marie et de ses musiciens sont payants car ils conquièrent rapidement le public. Après la première chanson les applaudissements sont juste polis. Mais dès la seconde ils sont nourris et lors du salut final ils ont droit à une standing ovation avec des cris "Une autre".

Pendant l'entracte nous allons glisser un petit mot de félicitation à Marie qui, comme d'habitude, vend beaucoup de disques et signe à tour de bras affiches, jaquettes et billets. Nous ne voyons pas Franck, sans doute occupé avec Damien et Christophe à ranger ses instruments. Marie me paraît distante, mais peut-être est-elle agacée par la remarque qu'elle a faite juste avant "J'tai inventé". Les appareils numériques, et donc les "petites lumières rouges" sont si nombreux et si peu discrets qu'elle demande à ce que ses nouvelles chansons ne soient pas enregistrées. Elle s'excuse d'agir ainsi, mais au fond elle a raison. Il suffit d'aller fouiller sur Youtube pour constater le nombre croissant d'extraits de ses concerts qu'on y trouve. Certains ont été mis le lendemain matin du concert de Salbris !

Pour les photos les conditions ne sont pas idéales. Je suis plus loin de la scène que d'habitude et les éclairages sont sombres, sans focalisation sur Marie ou les musiciens. De plus, avant le concert notre ami organisateur vient me demander d'être discret car le régisseur serait hostile aux photographes non officiels. En fait il s'avère que seules les personnes usant du flash sont réprimandées, donc je peux utiliser mon appareil sans être inquiété.

Par contre c'est le premier concert que nous nous sentons si éloignés de nos artistes. Nous sommes de simples spectateurs, sans le lien ténu qui nous relie à eux d'habitude, même s'il n'est qu'à sens unique. Pourquoi ? Difficile à dire : configuration de la salle, public, placement ? Ou plus simplement parce que nous sommes les seuls "potes" du forum, à part Bruno, le papa de Marie et sa femme, assis plus haut. A l'entracte nous discutons un peu avec lui, pour tomber d'accord sur la qualité du spectacle de ce soir. Et bien sûr pas question de récupérer une playlist sur scène, comme les "potes" le font couramment.

Après ce concert nous mesurons l'énorme travail fourni par Marie, Franck, Damien (et Christophe) depuis la première fois que nous les avons vus il y a tout juste un an !

Après Marie nous découvrons Yves Jamait, originaire de Dijon. Autant le dire d'emblée, ses chansons ne sont pas exactement ma tasse de thé. Néanmoins il assure vraiment sur scène et nous passons un très agréable moment à l'écouter. Coiffé d'une casquette à la Gavroche, l'homme parait sincère dans sa façon de parler, de chanter et de bouger. D'une voix rauque il chante des chansons réalistes, un peu comme à Montmartre, en faisant parfois penser à Higelin dans ses périodes sombres ou à Bénabar, pour son humour. Mais ses thèmes de prédilection sont trop restreints : essentiellement les amours déçues et l'alcool. Sa mise en scène est intéressante, il a beaucoup d'humour et une forte expressivité. Il nous offre des petits sketches entre chaque chanson (la présentation de ses musiciens est un grand moment). Par contre il fume et boit sans vergogne sur scène, on sent que c'est vital pour lui mais l'exemple donné est douteux. Ses musiciens assurent parfaitement, en particulier le guitariste, impressionnant. Quant au bassiste il tranche nettement avec un look presque gothique.

Je retiendrai particulièrement deux chansons : "Vierzon", dédiée au père qu'il n'a retrouvé que le jour de son enterrement à Valençay, et "Dijon", belle valse dédiée à une ville que j'aime bien. "Vierzon" a bien sûr un écho particulier ce soir et l'émotion est palpable, y compris dans le public. C'est la seule chanson pour laquelle il ôte sa casquette et laisse tout humour de côté.

Playlist de Marie :
  1. Manouche
  2. Le curé
  3. Les baleines
  4. Marchand d'froufrou
  5. Apprends-moi à en rire
  6. Le temps des noyaux
  7. Tourterelle
  8. C'est pas de ma faute
  9. Café noir
  10. J'tai inventé
  11. Paysage perdu



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