Entre temps, l'école a été rebaptisée Conservatoire de musique et de danse à rayonnement départemental suite à une loi votée en décembre 2006. Changement de nom aussi utile qu'une femme de ménage rebaptisée technicienne de surface. Bref. L'école a ce statut pendant sept ans, au terme desquels elle pourra prétendre à un statut régional si l'activité et le budget sont suffisants. Dans les jours précédents j'avais posé ma candidature pour être parmi les personnes qui accompagneront les visiteurs dans la visite guidée de l'école. Comme je connais bien l'un des responsables techniques, ma candidature n'a posé aucun problème.

Samedi matin donc, rendez-vous à 8h45 dans le hall. Le directeur de l'école, Alain Jehu, nous accueille et nous propose café et viennoiseries. Il y a surtout des parents d'élève, membres de l'APEC, et quelques élèves qui feront aussi visiter. Je remarque près du grand escalier (interdit au public pendant l'opération portes ouvertes) le vidéoprojecteur et l'écran où sera projeté le diaporama comportant une bonne partie de mes photos sur la construction de l'école. A 9h00 Alain Jehu nous emmène le long du parcours balisé à travers l'école. Le principe est de montrer au public une salle par département musical, les patios, le hall et l'auditorium. Nous commençons par la partie la plus récente, le bâtiment D... comme danse, avec les salles du premier étage : ensemble musical, bois, flûtes. Puis au rez-de-chaussée : danse classique et contemporaine, musiques traditionnelles, musique électro-acoustique, musique arabo-andalouse (département unique en France, paraît-il), chant et orgue. Car un petit orgue a été conçu spécialement pour l'école par Olivier Chevron, facteur à Saint-Civran dans l'Indre. L'orgue n'a que deux jeux (à comparer aux soixante-trois jeux de l'orgue de la cathédrale) et une soufflerie électrique. Il partage la pièce dédiée avec un clavecin, réplique récente d'un clavecin ancien. Chaque salle porte le nom d'une célébrité du monde musical : musicien, compositeur, chef d'orchestre, etc. Et chaque professeur a sa propre salle, un luxe inaccessible dans l'ancienne école et attendu par tous. Enfin chaque département possède une salle de pratique collective ainsi qu'une salle de répétition et d'entraînement, accessible en libre service. Le parquet des salles de danse est à la pointe de la technique : il est constitué d'un double lambourdage, id est deux planchers croisés séparés par une couche de mousse spéciale. Par ailleurs tous les planchers ont été posés à la main, latte par latte, puis poncés et huilés pour les protéger.

Tout au long du parcours Alain Jehu nous distille des chiffres à propos de l'école : plus de 7000 m² de surface utile, deux-cent-dix salles dont soixante-dix salles de cours, cinquante-cinq professeurs, quinze agents techniques et administratifs et plus de mille élèves prévus à la rentrée d'octobre. Et bien sûr le coût total de 18,5 million d'euros, supporté seulement à 30% par la ville, le reste étant couvert par des subventions de la région, de l'état et de l'Europe. L'Europe a participé à cause du label HQE (Haute Qualité Environnementale) attaché à l'école (et, en amont, au chantier de construction). Ce label a conduit à choisir les matériaux pour leur faible empreinte sur l'environnement et leur longévité. Le chauffage est géothermique, l'énergie est en partie solaire et l'eau de pluie est filtrée naturellement puis recyclée dans les sanitaires. De même la climatisation est à base d'eau froide, sans fluide ou produit potentiellement nocif. Nous longeons un des deux patios, magnifiquement agencés comme des jardins japonais : plantes, roches, chemins de cailloux, bordures de bois et arbres à croissance verticale.

Nous traversons le hall pour passer dans l'auditorium puis dans les salles consacrées au jazz, aux percussions, à l'orchestre symphonique et à la harpe. La salle de jazz est la seule à être entièrement recouverte de panneaux insonorisants. La différence est frappante : les voix et les bruits ambiants sont presque totalement étouffés. Mais une telle isolation coûte très cher et les salles seront équipées de la même façon en fonction des besoins et du budget. Après environ quarante-cinq minutes la visite se termine dans le hall, sous une tapisserie originale de Maurice Estève, accrochée sur le palier du grand escalier.

Dès 10h00 nous prenons en charge les visiteurs par petits groupes. Christine et moi faisons la première visite ensemble, puis nous nous séparons pour les suivantes. Je répète les informations engrangées lors de la visite avec Alain Jehu, m'aidant de quelques notes prises par écrit et ajoutant des détails que je connais par ailleurs, en particulier sur la construction. Par exemple j'apprends aux visiteurs que l'école est posée sur des dizaines de pilotis en béton profondément enfouis dans le sol ou que la végétation des patios a été plantée au début de la construction afin qu'elle soit bien poussée à l'ouverture de l'école.

Après une courte pause à la maison pour grignoter quelque chose (c'est l'avantage d'habiter en face de l'école), je reviens pour une nouvelle série de visites, jusqu'à 16h00. Cet après-midi nous avons la chance d'entendre le son de l'orgue et du clavecin, joués par Ronan Le Guen, jeune professeur de l'école. Nous pouvons constater que l'orgue, malgré sa petite taille, a un son excellent. Ensuite l'école est vidée de tous les visiteurs, en attendant l'arrivée des officiels prévue à 17h00. Entretemps un mini concert est donné par un ensemble de cuivres à l'extérieur, sous l'auvent, pendant que les badauds et invités se massent devant la porte d'entrée. Bien sûr la rue est interdite à la circulation depuis ce matin. A l'heure prévue Serge Lepeltier, maire de Bourges, arrive accompagné du préfet, Claude Kupfer, du président du Conseil général, Alain Rafesthain, et du président du Conseil régional, François Bonneau. Le ruban tricolore est rapidement coupé et les personnalités entrent dans l'école. Une aubade de petits chanteurs les accueille et ils entament la même visite que celle proposée toute la journée. Le cortège est classique : les responsables de la communication ouvrent la voie, le talkie-walkie vissé à l'oreille, puis viennent les personnalités par rang d'importance, entourées de quelques journalistes, et enfin la cohorte des invités et des quelques badauds qui se sont faufilés à la suite. Connaissant à la fois le parcours et la plupart des professeurs et employés de l'école je me faufile de pièce en pièce avec mon appareil photo sans être inquiété. Dans chaque salle un professeur et des élèves effectuent une petite prestation dans leur art respectif pour les visiteurs de marque.

La visite ayant pris un peu de retard, elle est écourtée et toute la clique rejoint l'auditorium pour les discours d'inauguration. La salle est archicomble, mais Christine et moi trouvons place dans le carré réservé aux officiels, sur le côté. Nous avons droit à quatre discours, certes bien tournés, voire emphatiques, mais objectivement parfaitement inutiles. Serge Lepeltier rend en particulier hommage à Roger Ivars, architecte créateur du conservatoire, décédé lors du tsunami de 2004 en Indonésie. Nous remarquons que seul Serge Lepeltier utilise des notes. Ensuite l'orchestre symphonique nous offre deux petits concerts, dont l'un avec quatre pianos. Je suis toujours aussi impressionné par la qualité acoustique de cet auditorium. Enfin Serge Lepeltier invite les spectateurs au buffet offert par la mairie, servi dans le hall. Quand nous sortons, une surprise nous attend : outre les cinq cents personnes sortant de l'auditorium, au moins deux cents personnes n'ayant pas pu y entrer attendent déjà devant le buffet ! Une petite formation de jazz assure l'ambiance musicale. Je bataille pour accéder au jus d'orange et aux petits fours, tout en devisant avec les personnes que je connais, rencontrées ça et là. A 20h30 les invités quittent le buffet pour retourner dans l'auditorium pour le grand concert du soir. Mais Christine et moi n'avons pas le courage d'y assister après une telle journée. D'autant que demain nous attend une autre grosse journée avec la Fête des associations de Bourges.