Solène a pour objectif depuis longtemps de devenir éducatrice de chiens pour aveugles ou autres handicapés. Nous avons profité de cette journée portes ouvertes pour prendre des renseignements et découvrir le travail des éducateurs mais aussi des familles d'accueil. L'école, fondée en 1976, est affiliée à la Fédération française des associations de chiens guides d'aveugles et reconnue par le ministère de la santé. Elle se fournit en chiens auprès d'un élevage, le CESECAH, qui sélectionne les chiots, essentiellement de race labrador ou croisée entre labrador et golden retriever.

Renseignements pris, il s'avère qu'aucune filière spécifique n'est requise pour exercer ce métier. Le choix des candidats se fait sur dossier, puis sur entretien. Le seul problème, mais de taille, est que les débouchés sont extrêmement étroits : pas plus de dix candidats retenus chaque année pour toute la France ! A Limoges il est déjà prévu de ne prendre aucun nouvel élève en 2008, alors que le nombre de candidatures avoisine les quatre cents par an ! L'éducateur qui nous a patiemment renseignés a été très clair : il faut faire des études en parallèle pour s'assurer un métier, envoyer chaque année sa candidature dans le plus grand nombre d'écoles possibles et faire (un peu) confiance à la chance.

La formation d'un éducateur canin demande trois ans, et il faut encore au moins cinq ans pour maîtriser l'éducation d'un chien. Les qualités requises sont toutes d'ordre relationnel, avec les chiens mais aussi les personnes, car le travail exige des contacts multiples : avec la famille d'accueil qui "dégrossit" le chiot dès trois mois, avec le chien lui-même, avec la personne non-voyante à qui sera remis le chien et avec les media et le public. Le chien formé est remis gratuitement au handicapé, mais reste la propriété de l'école, sans doute pour pouvoir intervenir en cas de difficultés dans les relations maître et chien.

Après une démonstration des capacités des chiens en apprentissage, sur la piste d'entraînement parsemée des obstacles courants en milieu urbain (trottoirs, barrières, chicanes, etc.) j'ai pu tester le recours a un chien d'aveugle sur ce même parcours. Un éducateur m'a mis un bandeau, j'ai saisi le harnais du chien (placé toujours à gauche) et j'ai effectué le parcours, en me laissant guider. A ma grande surprise j'ai du presser le pas, emmené par le chien. Car un aveugle est bien plus assuré qu'un voyant avec un bandeau, et marche à une allure normale. C'était surprenant de suivre le chien et de sentir ses réactions face aux obstacles.

Ensuite j'ai fait une autre expérience sous le contrôle d'une ergothérapeute : reconnaître une pièce inconnue et son mobilier, toujours les yeux bandés, et faire un croquis le plus juste possible en sortant. Pas évident ! J'ai trouvé et identifié presque tous les meubles mais je me suis complètement trompé sur le dessin des murs, ajoutant des pans et des angles, alors que la pièce était simplement rectangulaire.

J'étais satisfait de mieux découvrir cette profession car je trouve qu'un chien éduqué à aider un aveugle est une très belle aventure.