Tout d'abord les danses de Gascogne sont très différentes des danses de notre région, voire de Bretagne. Mais surtout le stage est animé par Pierre Corbefin, que je connais de nom depuis plus de trente ans. Christine m'a rappelé qu'il est cité sur le disque mythique "Gabriel valse", un 33T considéré comme le premier disque de folk destiné au grand public. Nous avons connu ce disque chez des amis lorsque nous étions adolescents et c'est ce disque qui nous a fait découvrir et aimer la danse folk. Alors me retrouver devant Pierre Corbefin après tant d'années m'a donné une grande joie.

A peine arrivés sur le lieu du stage, un ami danseur me présente à Pierre : ils se connaissent depuis près de quarante ans ! Je lui parle évidemment de "Gabriel valse", ce qui le fait sourire. Il m'apprend par contre qu'il ne jouait pas sur le disque, contrairement à ce que peut laisser penser une photo sur la pochette. Il a simplement rédigé les notes pour les danses occitanes. Musicien, chanteur, chorégraphe des Ballets occitans de 1969 à 1974, il contribua à la création du Conservatoire occitan de Toulouse, dont il sera directeur et responsable de la danse pendant dix-huit ans, jusqu'à sa retraite officielle en 2002. Formateur en danses occitanes depuis ses débuts, il aide à collecter les danses et chants traditionnels en Gascogne et Pyrénées. Il a écrit de nombreux articles, y compris sur Internet et a collaboré avec de nombreux spécialistes passionnés et érudits comme lui. Depuis 2005 il anime avec Philippe Marsac des stages mêlant la danse, surtout les rondeaux, et le chant à danser, ainsi que des bals à la voix. Le duo est demandé jusqu'en Italie.

Quant au stage il m'a semblé difficile, non pas à cause des pas, relativement simples, mais à cause de la façon de danser, tout en légéreté, en suspension, en élévation, voire en grâce, et constamment sur les pointes de pied. L'exact opposé des danses berrichonnes ou bretonnes où le contact avec le sol est privilégié, où les pas sont frappés, où les corps semblent massifs. Et autant je me débrouille honnêtement avec ces danses où l'expression corporelle est réduite à sa plus simple expression, et où ne comptent que pas et figures, autant pour les danses du sud-ouest j'atteins rapidement mes limites, accentuées par ma taille et mon poids. Je ne suis capable d'aucune légéreté ni d'aucune grâce dans mes mouvements et du coup l'apprentissage académique des danses du sud-ouest m'est difficile. Je dis académique car il est toujours facile de danser à la va comme je te pousse. Mais essayer d'appliquer au mieux les recommendations de Pierre ou Philippe relève de la gageure en ce qui me concerne.

Qu'importe, je n'ai aucun regret j'ai beaucoup apprécié ce stage et j'ai hâte de m'inscrire aux trois suivants, étalés jusqu'en avril 2009. L'ambiance était très sympathique, nous avons retrouvé beaucoup de personnes souvent croisées dans d'autres stages ou dans des bals folks. Samedi le stage commence avec un peu de retard car nos deux professeurs se sont endormis et ont raté la gare de Vierzon ! A leur décharge il faut préciser qu'ils s'étaient levés à 3h00 du matin. Pierre commence par quelques échauffements axés sur la libération et l'élévation du corps puis commence l'apprentissage d'un rondeau. Philippe se chargera de nous enseigner des scottishes, beaucoup plus faciles, de mon point de vue. Le stage se passe ainsi, en alternant rondeaux et scottishes, nouveaux pas et répétition. Le fait d'être à deux est très efficace. Comme de bien entendu Pierre et Philippe chantent toutes les danses et leurs voix sont magnifiques. Tantôt graves, tantôt hautes, elles se répondent et s'accordent parfaitement. C'est inhabituel, étonnant et superbe. Le petit plus est apporté par Philippe qui use d'onomatopées pour ponctuer les rythmes enseignés par Pierre : un temps long sera un "hussssssss", un temps court sera un "tia !". Au début tout le monde est surpris et s'en amuse mais très vite on s'habitue et la méthode est très efficace pour mémoriser les temps des danses. Pierre emploie aussi parfois quelques mots de gascon, comme "ou qui mille" et "ou qui toque" (à l'orthographe près), qui désignent, je pense, celui qui mène une danse en chaîne, et celui qui la ferme.

Samedi après la séance Pierre écrit une fort sympathique dédicace sur mon exemplaire de "Gabriel valse". Ensuite tout le monde installe les tables pour partager les victuailles apportées par chacun. Après le dîner Pierre et Philippe nous chantent quelques danses le temps d'un court bal improvisé. La plupart ne sont dansées que par quelques rares danseurs déjà formés. Du coup nous sommes rentrés de bonne heure.

Dimanche matin le stage reprend à 9h30 sur le même schéma, rondeaux et scottishes alternés. A la fin Pierre récapitule rapidement toutes les danses apprises avant de demander à quelques volontaires de danser devant les caméras, pour garder une trace didactique à exploiter par la suite dans nos différents ateliers. Nous ne restons pas déjeuner et partons après une dernière poignée de main franche et chaleureuse de Pierre. Rendez-vous est pris pour les 2 et 3 février 2008. Le thème sera "Rondeaux à deux des Landes et mazurkas".