Le jour J est arrivé, mais il a failli ne jamais arriver. Le 20 septembre je découvre que The Musical Box donne un seul concert en France, à l'Olympia. J'appelle la billetterie immédiatement : il ne reste que quelques places dont seulement deux côte à côte. Sans réfléchir plus je les prends. Je voulais voir ce groupe canadien depuis des années, alléché par leur performance, qui reproduit à l'identique les spectacles de Genesis de la période Peter Gabriel : instruments, diapos, costumes, jeu de scène, etc.

Nous quittons Bourges à 13h30. Les places sont numérotées, rien ne presse mais on ne sait jamais ce qui peut se passer en région parisienne. Tout se passe bien jusqu'à l'arrivée sur l'A6a où nous sommes arrêtés par un bouchon. Christine prend le relais de TomTom, nous fait bifurquer et rejoindre l'ancienne N7. Du coup nous arrivons rapidement et sans arrêt au Kremlin-Bicêtre. Notre but est de nous garer le plus près possible de la station de métro : pari gagné, dans une petite rue résidentielle tout près. Après trente minutes de métro nous débarquons face à l'Opéra, à quelques pas de l'Olympia. En passant devant nous demandons l'heure d'ouverture des portes : 19h15. Puis, comme nous avons du temps, nous allons jeter un oeil aux vitrines de Noël des Galeries Lafayette puis au théâtre Mogador. En flânant, nous sommes de retour à l'Olympia vers 18h30.

A l'heure dite les portes s'ouvrent et nous entrons pour la première fois dans ce temple mythique de la scène parisienne : l'Olympia. Trois choses nous frappent tout de suite. D'abord le côté vieillot et défraîchi des lieux. On a l'impression d'un retour en arrière de dizaines d'années. Ensuite aucune fouille n'est faite au contrôle : nous sommes entre gens civilisés, rien à voir avec le Parc des Princes, pour Genesis, où nous avions subi une fouille au corps. Il y a bien sûr des vigiles, imposants et habillés de noir, mais discrets et polis. Les ouvreuses, mignonnes, ont un uniforme très classe, pantalon et veste siglée à col Mao, noirs, gansés de rouge. Dans le hall j'achète un programme, mais ce n'est pas celui de ce spectacle, mais des précédents. Tant pis, il rejoindra quand même ma collection de programmes, en souvenir.

Nouvelle surprise en entrant dans la salle : les sièges sont vétustes, inconfortables et défraîchis ! Nous prenons place dans une salle quasiment vide, à trente minutes du début du concert. Enfin, à peine quinze minutes avant le début les spectateurs arrivent en foule compacte, provoquant un brin de panique chez les ouvreuses. Les places étant numérotées, les gens n'anticipent visiblement pas et arrivent à la dernière minute. Le public est surtout composé d'hommes, seuls ou en couples, et l'âge moyen est le nôtre, c'est amusant. La salle est formée de deux parties : un parterre estimé à mille places et un balcon estimé à cinq-cents places. Le balcon avance très au-dessus du parterre, et du coup nos sièges sont sous une sorte de plafond d'à peine trois mètres de haut. J'espère que ça ne nuira pas à l'acoustique.

Un peu après 21h00 quatre musiciens et une chanteuse entrent en scène : il y a une première partie, et nous ne le savions pas. Leur musique se rapproche du rock progressif, l'hommage à Genesis transparait sérieusement. Le guitariste a même une double guitare, comme Michael Rutherford. Leur musique ne m'émeut pas plus que ça, à part le dernier, une longue pièce de plus de vingt minutes nommée  "The Long Fianchetto". N'ayant pas compris leur nom lorsque la chanteuse s'est présentée, je profite de l'entracte pour aller chercher l'info. Il s'agit d'un jeune groupe nommé The Thieve's Kitchen.

Pendant l'entracte le bar et les toilettes sont pris d'assaut. Nous échangeons quelques mots avec nos voisins, venus de Blois exprès pour le concert. Puis la lumière s'éteint enfin, le public, déjà bien chaud, hurle et siffle et les premières notes de Dance on a Volcano éclatent. Déjà les premiers frissons me parcourent les bras. Malgré ça je suis déçu que le chanteur mime Phil Collins maintenant et non plus Peter Gabriel. Mais c'est normal puisque Peter a quitté Genesis juste avant la tournée de Trick of the Tail. C'était donc la première tournée de Phil en chanteur leader. En fait The Musical Box reproduit ce soir la formation que j'ai vue pour la première fois en 1978 à Clermont-Ferrand ! Il y a bien cinq musiciens. Celui au clavier est aussi taciturne que Tony Banks. Celui qui incarne Mike Rutherford est plus petit et plus rondouillard mais surtout il est gaucher ! A la place de Daryl Stuermer le guitariste est habillé à la façon de Robespierre. C'est le seul francophone, d'ailleurs. La batterie principale est ridiculement petite, et sur la droite une autre batterie attend, preuve que le chanteur ira faire des duos. Justement le chanteur est une réplique très fidèle de Phil Collins à l'époque : chevelu, barbu, comédien, on s'y croirait. Ce qui est génial par contre c'est que le son est parfaitement fidèle à l'original, puisque ce serait les instruments d'origine qui seraient utilisés, notamment les claviers. Seul bémol, si le son est fidèle, sa qualité laisse à déplorer. Comme prévu, l'Olympia n'est pas du tout adapté à de la musique pop, et encore moins sous l'auvent sous lequel nous sommes assis. Donc le son s'apparente un peu à une bouillie sonore. mais qu'importe, les musiques sont parfaitement reconnaissables et c'est l'essentiel. La première chanson passée la magie opère totalement et le plaisir d'assister à un concert du Genesis première époque est total. Les gens applaudissent, sifflent, crient aux premières notes de chaque morceau. Nous sommes nombreux à battre la mesure, tellement nous connaissons les musiques par coeur. Sur Cinema Show le chanteur s'installe à la batterie pour un duo. Rien à voir avec le duo Phil Collins + Chester Thompson mais qu'importe, c'est géant quand même. Nous aurons droit à des morceaux très anciens, comme White Mountain (sur l'album Trespass) ou Entangled (sur A Trick of the Tail), à trois guitares. Superbe. Nous attendions la flûte sur Firth of Fifth mais non, elle est simulée au synthé. Pendant Supper's Ready des appariteurs noient littéralement la scène et la salle dans un épais nuage de fumée. Était-ce un oubli ? Du coup les jeux de lumière, pourtant aussi simples qu'à l'époque, prennent de l'ampleur en étant matérialisés par la fumée. Mais en fait la fumée sert pour un laser vert en nappe installé au bord de la scène. Existait-il pendant les concerts des années 70 ? Je me renseignerai. Au moment de la coupure, la salle entière crie « A flower? » à la reprise, c'est énorme. Le concert se termine sur Los Endos, avant une reprise rapide de Watcher of the Skies. Les musiciens ne viennent pas saluer, la lumière se rallume immédiatement et les vigiles commencent déjà à pousser la foule vers la sortie. Dans le hall j'achète un T-shirt en souvenir et j'ai juste le temps de faire signer le guitariste et le batteur; Les commentaires entendus autour de nous sont élogieux et confirment que le public était composé d'amateurs plus qu'éclairés de Genesis.

Nous reprenons le métro, la tête pleine de musique. Nous retrouvons la voiture et, reprenons rapidement l'autoroute. Le trajet se passe sans encombre, il n'y a personne à cette heure avancée sur l'autoroute, à part des camions. Nous sommes à Bourges à 2h15, après une vraie belle soirée.