Depuis son départ fin janvier 2007 nous avons bien sûr gardé le contact. Soit par mail, soit par messagerie instantanée, soit par téléphone. Ah le frisson d'entendre une voix automatique débitant en chinois ce que j'imagine être un message d'attente ou de la publicité, avant d'entendre la voix de Lingli me dire « Bonjour ». Avec mon abonnement Internet je paye pour appeler ma femme au téléphone dans la même ville mais pas pour appeler une amie en Chine. Vive le progrès ! Avec l'appareil photo que je lui avais offert pour Noël elle m'envoyait régulièrement des photos. Et j'étais informé de ses progrès à l'université. Et de quelques anecdotes cocasses. Comme l'embarras où se sont trouvés ses parents lorsqu'ils ont voulu ouvrir la bonne bouteille de vin que nous avions offerte à Lingli : en Chine le tire-bouchon n'existe pas !

Fin juillet, au cours d'une de nos conversations via MSN, elle m'annonce qu'aucun étudiant de sa promo n'a pu obtenir de bourse pour revenir travailler en France. Au passage elle me dit qu'elle a abandonné la chirurgie pour l'hématologie. Elle envisage d'emprunter la somme nécessaire pour revenir en France. Comme elle ne peut en parler ni à ses parents, ni à ses soeurs (qui s'empresseraient de tout raconter à leurs parents), elle vient me demander conseil à propos de ce projet. J'essaye de la convaincre de ne pas partir et d'emprunter sur un coup de tête, pour éviter de plomber ses débuts dans la vie active. Mais elle a l'air déterminée. Elle me demande de vérifier une lettre qu'elle prépare pour le professeur responsable des échanges entre Nancy et la Chine. Elle a pensé à tout et espère donc encore secrètement pouvoir obtenir le financement pour un second stage en France. Nous nous quittons après quatre heures et demie de conversation, car chez elle il est presque 1h00 du matin.

Et puis quelques jours après notre retour de vacances, le 14 septembre, je la croise sur MSN et elle me pose deux questions étranges : « Pourquoi le train est-il si cher entre Paris et Nancy ? » et « Comment fait-on pour aller de Roissy à la gare de l'Est ? » Avant de lui répondre je lui demande pourquoi elle me pose ces questions et si elle a trouvé un moyen de venir quand même en France. Elle me répond, toute excitée : « Oui je pars demain matin ! » La conversation qui suit est plutôt brève et hachée car elle me parle tout en faisant ses bagages. J'ai juste le temps d'apprendre qu'elle vient de nouveau pour quatre mois dans le cadre d'un échange entre l'hôpital de Nancy et sa faculté, comme la première fois. Et elle se déconnecte.

Malheureusement cette fois je n'ai aucun moyen de la contacter. Dans le foyer où elle est hébergée, elle n'a ni téléphone ni Internet. Enfin après quelques semaines je reçois un appel : elle a emprunté le téléphone portable de son ami français. Elle me raconte succinctement son installation et sa vie à Nancy et j'ai juste le temps de lui demander si elle pourra venir à Noël chez nous. Elle répond qu'elle n'en sait rien bien qu'elle en ait fortement envie. Pour l'instant les étudiants chinois n'ont droit à aucune vacance en France.

Après de longues semaines sans nouvelles je me décide à l'appeler hier soir. Elle me donne enfin la bonne nouvelle : les étudiants chinois ont réussi à obtenir quelques jours de congés pour Noël et elle peut venir à Bourges. Du coup, en direct, Christine et moi cherchons les meilleurs horaires de train entre Nancy et Vierzon, via Paris. Elle arrivera le 24 décembre en début d'après-midi et repartira le 28 en fin d'après-midi. C'est une super bonne nouvelle. Elle nous fait rire quand elle nous demande si la mer est loin de chez nous. Car je sais que son rêve est de voir la Méditerranée. Par contre elle nous dit s'être habituée un peu à la voiture et avoir envie de visiter quelque chose de typiquement français en dehors de Bourges. Nous pensons tout de suite à Chambord ou Chenonceau.