Le spectacle a lieu sous le Phénix, entièrement équipé de chaises pour l'occasion. Trente minutes avant le début, Jean Sarrus, l'un des ex-Charlots, prend le micro pour chauffer la salle, déjà bien remplie. Il parcourt les rangées, micro à la main et suivi par une caméra, discutant avec des personnes âgées, au hasard. Il s'interrompt deux fois. La première pour un hommage filmé à Gérard Blanc, ex-Martin Circus, décédé récemment, la seconde pour laisser place à une publicité agressive pour des croisières bon marché (à partir de 490 Euros la semaine) et pour le casino de Pougues-les-Eaux. Inutile de préciser que l'âge moyen des spectateurs a motivé le choix de ces publicités.

A l'heure dite, Sophie Darel, toute pimpante malgré ses soixante-cinq ans, entre en scène pour présenter le spectacle et introduire le premier artiste. C'est Franck Alamo, qui entre en scène à petits pas, raide comme un piquet, arborant un sourire Polydent parfait. Je suis un peu inquiets sur la suite du spectacle, si tous les artistes semblent aussi impotents. Il nous rassure (un peu) en disant qu'il est tombé et s'est foulé la cheville. Vient ensuite Bernard Sauvat, strictement habillé d'un costume noir et d'une cravate. J'apprends qu'il était professeur de mathématiques avant de se lancer dans la chanson. Puis Michel Orso, qui chante plusieurs chansons de Gilbert Bécaud, avant d'entonner son seul succès, Angélique, repris en choeur par toute la salle, dont une partie debout. Impressionnant ! Lui succède Isabelle Aubret, qui choisit de chanter des succès de Jean Ferrat, dont La montagne, qui me fait monter les larmes aux yeux car je repense instantanément aux promenades dans les champs labourés autour du lycée de Thiais en 1964, avec Papa et Maman. Après elle Marcel Amont secoue enfin un peu la scène et le public avec sa bonne humeur, son dynamisme et ses chansons joyeuses. Il a toujours beaucoup d'énergie et d'humour, et n'hésite pas à faire participer le public. Puis c'est au tour de Stone et Charden de faire revivre les années 70. Eric Charden entre par la salle, toujours désinvolte et un brin stoned (sans jeu de mots), ne chantant pas plus qu'avant. C'est donc Stone, encore appétissante à son âge, qui assure le show, Charden se contentant de chantonner par-ci par-là à côté d'elle. Ils finiront par un "Été sera chaud" enlevé mais un peu long. L'ambiance chauffée par Marcel Amont et Stone et Charden retombe comme un soufflé avec Claude Barzotti. Il est champion pour plomber l'ambiance avec ses chansons italiennes larmoyantes. Même l'accordéoniste arrivé par la salle n'éclaire pas sa prestation triste à mourir. La première partie, d'une heure et quarante-cinq minutes, se termine avec Sheila, accompagnée de deux danseurs. Elle n'a rien oublié de ses années de gloire avec B. Devotion, et elle nous offre un show de bon niveau, et des chansons réorchestrées de façon moderne, comme les "Rois mages" en bossa-nova. L'orchestre qui accompagne les chanteurs est composé de sept musiciens, habillés de noir, plus un pianiste, qui est l'arrangeur du spectacle. Sans oublier trois choristes, un homme et deux superbes jeunes femmes, qui interviennent parfois dans le show, comme avec Marcel Amont.

Pendant l'entracte, une horde de fans d'un âge avancé se presse devant les vedettes ayant accepté de signer un autographe sur un billet ou un CD acheté au comptoir juste à côté. Nous entendons de nouveau la publicité pour les croisières et le casino. Je me laisse tenter par le programme, d'une qualité haut de gamme et d'une taille impressionnante, vendu 10 Euros seulement : la tournée doit beaucoup rapporter.

La seconde partie, un peu plus courte, nous emmènera des années 60 aux années 80. Toujours présentée par Sophie Darel, qui s'est changée. C'est La Bande à Basile qui commence, habillés comme à l'époque de leur succès, et aussi insouciants et décomplexés. Un des chanteurs descend dans la salle et amorce une farandole sur "La chenille" qui se finira avec au moins cent personnes à la queue leu leu ! Étonnant ! Vient ensuite Fabienne Thibault qui chante des extraits de Starmania, ce qui nous rappelle des souvenirs déjà plus proches. Puis c'est au tour de Christian Delagrange, qui a encore beaucoup de charme, et de Georges Chelon. Et là, nous avons la même réaction qu'il y a deux ans : que fait-il là avec ces ex vedettes du show-biz ? Lui est chanteur, auteur et compositeur, ses chansons ont du sens et de la profondeur. Les thèmes plutôt graves de ses chansons sont traités avec finesse et humour. Nous apprécions beaucoup "Merci d'être venus" et "La métamorphose", perle d'autodérision sur la vieillesse. C'est un grand artiste. La transition avec Patrick Juvet, qui lui succède, est assez violente. Malgré sa célèbre tessiture, assez large, Patrick Juvet ne fait plus beaucoup rêver et l'ex clone de David Bowie a l'air bien fatigué. Ce qui n'empêche pas une grosse poignée de fans en folie de s'agglutiner devant la scène en hurlant. Marrant. Vient ensuite le plus ancien artiste de la soirée, Bobby Solo, compagnon d'Elvis Presley. Il joue d'ailleurs des tubes de celui-ci, de façon impeccable. On reprend une bonne dose de rock classique et efficace, qui donne envie de danser. La soirée se termine avec La Compagnie Créole, qui a intégré une jeune et jolie danseuse qui ne devait être qu'un projet en 1980. Rien de mieux pour apporter la bonne humeur et la chaleur des îles. Tous leurs tubes y passent et, même s'ils commencent à dater, ils réveillent des souvenirs de fête et de soleil plutôt agréables.

En conclusion j'ai passé une meilleure soirée qu'au spectacle précédent, deux ans auparavant. A mon avis la place où je me trouvais y est pour beaucoup : on participe plus au quatrième rang qu'au dernier. Et je retiens toujours le respect du public dont font preuve ces artistes du passé, comportement légèrement suranné et souvent passé aux oubliettes de nos jours.