Olivier Saint-Cricq, président de La Nouvelle République du Centre-Ouest (NRCO), avait informé le 16 juillet les délégués du personnel de la réorganisation du groupe. Celle-ci prévoyait 181 licenciements et la suppression de l’édition du Cher (dont le dernier numéro est paru ce matin) avec 125 postes supprimés à la NR, dont 55 journalistes. L’argument officiel était la crise de la presse quotidienne régionale (PQR). Bien sûr en 20 ans La Nouvelle République (NR) a perdu 25% de la diffusion payante, le prix du papier a flambé et les recettes publicitaires ont fortement baissé. Résultat : la situation financière était devenue catastrophique. La mort de la N.R. Cher a sans doute été masquée par l'annonce, en septembre 2008, d'un rapprochement entre NRCO et le groupe Centre-France La Montagne, détenteur de l'autre quotidien du Cher, le Berry Républicain (BR). A l’époque, les augures donnaient plutôt la NR gagnante face au BR. Mais le groupe Centre-France a joué la montre et laissé la situation financière de La Nouvelle République se dégrader, jusqu'au point de non retour. Le plan de licenciement à la NR a été annoncé au coeur de l’été, comme souvent, empêchant une mobilisation efficace des salariés. Cette absorption va dans le sens des exigences du monarque Sarkozy : il veut favoriser l’émergence de grands groupes de presse et la région Centre était une des rares régions à ne pas être dominée par un seul groupe de presse.

Dès demain dans le Cher il n'y aura plus le choix entre plusieurs quotidiens régionaux, le BR régnera sans partage. Et c'est une perte très grave et une véritable catastrophe pour la pluralité de l’information, la liberté de choix et la concurrence dans le Cher. La BR et la NR ont certes des défauts, dont une quasi absence d'esprit critique, un contenu souvent anecdotique, voire caricatural et, surtout pour le BR, un nombre de fautes en tous genres inadmissible (orthographe, nom, lieu, date, photo, etc.) Je ne suis pas un lecteur régulier de la PQR, mais j'achetais régulièrement les deux journaux lorsqu'un évènement important ou me concernant personnellement survenait. Et, depuis 25 ans, quasiment jamais je n'ai lu un article du BR sans déceler une erreur, une omission ou un mensonge. Statistiquement, la NR était systématiquement plus juste dans ses articles. Sans compter que la NR était plutôt connotée à gauche et le BR à droite (c'est l'organe privilégié de communication de la mairie de Bourges) et que la mort de la NR va formater l'opinion d'une façon inquiétante. La conséquence prévisible est que la presse régionale dans le Cher n’a aucune chance de se remettre en cause, d’améliorer sa qualité et d’inverser la tendance à la baisse de sa diffusion.

La NR c'était 45 salariés, 163 correspondants locaux et 360 points de vente, dont l'avenir est sombre. L’édition du Cher de la NR ne paraîtra plus que sur le web, pendant un mois. Le temps que les journalistes soient licenciés ou mutés, ils écriront des articles à leur initiative. Ceux-ci se mobilisent avec l'énergie du désespoir, comme en témoigne le blog créé spécialement par les salariés de la NR.