Mercredi je reçois un texto de Ziako, chanteur que j'ai rencontré au dernier Printemps de Bourges et qui m'avait demandé de prendre des photos de lui sur scène. Il me dit avoir une invitation pour deux personnes et, comme il est seul, il a pensé à moi. J'accepte évidemment immédiatement.

Nous nous donnons rendez-vous à la station Esso du pont d'Auron et je le guide jusqu'au théâtre Saint-Bonnet. Comme nous sommes en avance, nous allons prendre un café pour nous réchauffer. Il en profite pour me donner un CD avec les maquettes de ses dernières chansons. C'est très sympa, j'apprécie. En chemin il m'explique qu'il est ami de longue date avec Guillaume Ledoux. Celui-ci est le fondateur et le chanteur du fameux groupe Blankass, bien connu dans le Centre et au-delà. Le groupe fait une pause pour permettre à certains de ses musiciens de tenter une expérience en solo.

A l'entrée du théâtre c'est Franck Ciup lui-même qui vend les billets. Franck Ciup est le propriétaire de la marque Col Claudine et concertiste classique au piano à ses heures. Diplômé de l’École Normale de Musique de Paris il a toujours pratiqué la musique et se fait mécène à l'occasion. Il s'est fait un (beau) plaisir en faisant construire le théâtre Saint-Bonnet dans une grange le long de sa maison : c'est un petit bijou de théâtre à l'italienne, avec dorures, miroirs, lustres de Murano et seulement cent-vingt sièges de velours rouge.

En tant qu'invités nous sommes placés au balcon, en surplomb de la scène. Ziako reconnaît plusieurs personnes, en salue d'autres, dont Sylvain Picot, venu écouter son pote Guillaume. A côté de nous se trouvent deux filles du forum Faut Qu'ça Bourges, déjà venues écouter Guillaume la veille. Car il donne quatre concert d'affilée dans ce lieu.

Quand le noir se fait, le spectacle commence par une vidéo d'environ vingt minutes. Elle retrace les débuts de Guillaume dans la musique et quels débuts ! Il a commencé dès onze ans, et à douze il est dans le groupe Zéro de Conduite qui fit une belle carrière, surtout pour d'aussi jeunes musiciens. Le groupe a inauguré le Zénith, a côtoyé les plus grands, comme Gainsbourg (qui leur donne le conseil d'être « cyniques et sans pitié ») ou Trénet, et a même fait la première partie de U2 ! Sur le film on voit son frère Johan, déjà pitre, et sa cousine Anne-Sophie, la chanteuse, au même look androgyne que Boy George. Il est clair que les parents sont très proches aussi. La reprise des "Sucettes à la menthe" par cette bande de gamins est un grand moment.

A la fin du film Guillaume entre en scène très simplement, et le ton est tout de suite donné : on est entre potes, voire en famille (sa maman est d'ailleurs assise derrière nous). Il présente son pianiste, Cédric Milard (pianiste de Blankass), et attaque sa première chanson à la guitare, assis sur un tabouret de bar. Il parle spontanément et simplement entre deux chansons. Mais on le sent gêné par des problèmes techniques dans les retours de scène. Le style est évidemment très différent du rock de Blankass, mais on retrouve sa voix, chaude et reconnaissable, et son aisance à la guitare (il a quand même vingt-cinq ans de carrière derrière lui). Les thèmes de ses chansons sont très personnels. J'aime beaucoup celle qu'il dédie à un jeune sourd-muet tibétain qui risque d'être expulsé vers son pays.

Deux invités viennent chanter avec Guillaume. Tout d'abord son frère Johan, qui l'accompagne debout à la guitare sur des morceaux bien enlevés, que j'aime bien. Puis Erik Arnaud chante deux chansons avec lui. Sur la première, de Guillaume, la voix d'Eric est mal placée. Sur la seconde,composée par lui, cela va mieux, il est plus assuré. Guillaume, lui, s'adapte sans problème aux deux registres. Il emprunte plusieurs chansons à des répertoires très divers : Jean Yanne, Blankass ("La croisée") et Johnny Thunder ("Sad vacation").

A un moment Guillaume plaisante en disant qu'il a un roady de luxe en la personne de Franck Ciup. Celui-ci vient en effet chercher la guitare de Guillaume sur scène et la lui rapporte après avoir changé la pile. Mais comme pour cela il a fallu enlever toutes les cordes, Guillaume a des petits problèmes d'accordage. Qu'importe, la salle lui est acquise et patiente.

Le concert finira sur une belle chanson hommage à Fabrice Benichou, ami de Guillaume, "A terre", et une chanson composée sur une mélodie créée par Franck Ciup, "Les à peu près". Celui-ci vient en personne jouer sur le Steinway et là c'est une grosse claque : sa virtuosité est époustouflante, ses doigts volent sur le piano à toute vitesse et le piano est transcendé sous ses mains.

Après les remerciements d'usage Guillaume annonce qu'on peut le rejoindre au Comptoir de Paris, un bar de la place Gordaine qui a ouvert spécialement pour la soirée. Ziako et moi suivons la quarantaine de personnes jusqu'au bar. C'est évidemment l'effervescence pour le patron et ses serveuses. Guillaume rejoint le bar et fait la tournée en serrant la main ou faisant la bise à tout le monde. Après une Grimbergen chacun nous rejoignons nos voitures. Le temps que Ziako grille une cigarette nous échangeons nos points de vue sur le concert. C'est intéressant car ils sont forcément différents : lui a un oeil d'artiste et moi un oeil de simple spectateur. Cette soirée est à mettre dans le lot des bonnes soirées à surprises et belles rencontres.