"Pour adultes" signifie simplement que les mômes n'étaient pas les bienvenus. Car les Contes de Cantorbury (The Canterbury Tales en anglais) n'ont rien de licencieux. Ils forment une série d'histoires écrites par Geoffrey Chaucer au XIVe siècle. Les contes, écrits en moyen anglais et essentiellement en vers, sont dits par un groupe de vingt-neuf pèlerins (incluant l'auteur et trois femmes) faisant route de Southwark à Cantorbury pour visiter le sanctuaire de Thomas Becket dans la cathédrale de Cantorbury. Le tenancier de l’auberge du Tabard, d'où partent les pèlerins, propose que chacun raconte deux histoires en chemin à l’aller, et deux au retour. Le meilleur récit vaudra un repas gratuit à son auteur.

A 19h00 les portes de la salle du rez-de-chaussée de la Médiathèque s'ouvre devant la cinquantaine d'auditeurs. Quinze minutes plus tard un chant médiéval en langue étrangère (vieil anglais ? gaélique ?) s'élève et trois acteurs, deux femmes et un homme, montent sur la petite scène éclairée. Ils sont habillés de vêtements de qualité mais simples, et coiffés d'un chapeau de type médiéval, orné de plumes. Ils font partie de la compagnie de conteurs professionnels "Dis Raconte", implantée à Orléans. La compagnie a été créée en 1982 par Edith Mac Leod, l'une des deux conteuses de ce soir. Adepte de chant lyrique, d'ethnomusicologie et de chant traditionnel, elle s’intéresse particulièrement aux ballades médiévales qu'elle mêle fréquemment à ses contes. Elle est accompagnée de Michèle Guillet et Bruno Walerski. Lui est ancien musicien et affectionne l'improvisation dans les contes qu'il raconte. Il est un des rares conteurs masculins qui s'adresse aux très jeunes enfants.

Edith Mac Leod commence par déclamer le prologue des Contes de Cantorbury en version originale, les deux autres acteurs répondant par la traduction française en alternance. Rapidement l'anglais est abandonné au profit du seul français. Après une présentation des contes et la déclamation du prologue, chaque acteur à son tour raconte un conte. Leurs styles sont très différents. Michèle Guillet est la plus effacée, la moins captivante. peut-être manque-telle un peu d'expérience. Edith Mac Leod a visiblement beaucoup plus d'expérience, elle sait se placer et placer sa voix, elle utilise le chant pour capter l'attention de son auditoire. Sa façon de raconter reste cependant empreinte de retenue et de xxx. Bruno Walerski a une façon bien différente de conter, plus truculente, plus imagée. C'est lui que j'ai préféré. Pour terminer, les trois acteurs récitent un dernier conte ensemble.

Voici le prologue des Contes de Cantorbury en version originale, puis en version traduite :

« When that Aprilis, with his showers swoot,
The drought of March hath pierced to the root,
And bathed every vein in such licour,
Of which virtue engender'd is the flower;
When Zephyrus eke with his swoote breath
Inspired hath in every holt and heath
The tender croppes and the younge sun
Hath in the Ram his halfe course y-run,
And smalle fowles make melody,
That sleepen all the night with open eye,
(So pricketh them nature in their corages);
Then longe folk to go on pilgrimages,
And palmers for to seeke strange strands,
To ferne hallows couth in sundry lands;
And specially, from every shire's end
Of Engleland, to Cantorbury they wend,
The holy blissful Martyr for to seek,
That them hath holpen, when that they were sick. »

« Quand avril de ses averses douces
A percé la sécheresse de Mars jusqu’à la racine,
Et baigné chaque veine de cette liqueur
Par la vertu de qui est engendrée la fleur ;
Quand Zéphyr aussi de sa douce haleine
A ranimé dans chaque bocage et bruyère
Les tendres pousses, et que le jeune soleil
A dans le Bélier parcouru sa demi-course ;
Et quand les petits oiseaux font mélodie,
Qui dorment toute la nuit l’œil ouvert,
(Tant Nature les aiguillonne dans leur cœur),
Alors ont les gens désir d’aller en pèlerinage,
Et les paumiers de gagner les rivages étrangers,
Allant aux lointains sanctuaires, connus en divers pays ;
Et spécialement, du fond de tous les comtés
De l’Angleterre, vers Cantorbury ils se dirigent,
Pour chercher le saint et bienheureux martyr
Qui leur a donné aide, quand ils étaient malades. »