Située au nord du Mexique, la Sierra de Naica est placée au-dessus d'un volcan endormi. Des mines sont exploitées à cet endroit, parmi les plus profondes du monde, jusqu'à 900 m de profondeur. En 2000, suite au creusement d'une galerie horizontale à 300 m de profondeur, une grande salle remplie de cristaux gigantesques a été découverte par hasard. Le problème est que l'atmosphère dans cette salle est mortelle : la température de 47°C associée à une humidité de presque 100% engendre une température ressentie de 105°C, rendant l'air totalement irrespirable plus de quelques minutes. La grotte, de dimensions 300 par 150 par 200 mètres, a été isolée par une paroi en béton, à la fois pour protéger la salle et pour protéger les humains travaillant à côté.

De nombreux scientifiques de plusieurs pays, enthousiastes, se sont rapidement attelés à l'étude de cette grotte. Ils ont découvert qu'elle avait été noyée pendant des centaines de milliers d'années jusqu'à ce que l'exploitation minière et le pompage de l'eau qui en résulte ne l'assèche à peine vingt ans plus tôt. Et du coup l'équilibre fragile de la grotte avait été rompu par l'homme, encore une fois, et des échanges avec l'atmosphère ont été constatés : la température de nuit est légèrement plus basse que celle de jour. Les cristaux contenus dans cette grotte ont poussé dans des conditions physiques et chimiques exceptionnelles d'humidité, de température et de pression, comme nulle part au monde. Les plus imposants spécimens mesurent presque treize mètres de long, alors que les plus grands cristaux connus jusqu'à présent ne dépassaient pas un mètre. Les cristaux de cette salle sont essentiellement composés de sulfate de calcaire hydraté, plus communément appelé sélénite ou gypse.

D'autres grottes, plus petites et moins profondes, avaient été découvertes au début du XXème siècle : la grotte des épées et la grotte des chandelles. Les conditions atmosphériques y étant différentes, elles abritaient des cristaux d'une autre nature.

Un géologue mexicain a inventé au bout de plusieurs mois une combinaison refroidie par glace qui lui permit, ainsi qu'à ses collègues et à des photographes, de séjourner dans la grotte des cristaux environ trente minutes. Au-delà la glace, liquéfiée, atteignait rapidement 30°C ! Il a baptisé sa combinaison Tolomea1, en référence à l'Enfer de Dante. Après trente minutes de présence dans l'atmosphère délétère de la grotte, les scientifiques en ressortaient épuisés, les vaisseaux dilatés et s'écroulaient pour une sieste de plusieurs heures. Grâce à cette combinaison, la grotte a pu être mesurée, photographie, filmée et cartographiée, afin de garder le plus de témoignages possibles de ce miracle géologique. La vidéo ci-dessous montre les premières images de la grotte. Quelle émotion ont dû ressentir les scientifiques ! L'humidité est telle que le cameraman doit sans cesse essuyer son objectif.

L'étude approfondie des cristaux a révélé des inclusions de pollens, de micro-organismes, de gaz et de liquides, prouvant que la grotte fut connectée à l'extérieur au cours des 500 000 ans de son existence. De longs cristaux brisés ont fait penser aux spécialistes que la grotte fut secouée dans le passé par des tremblements de terre.

Lorsque l'exploitation minière ne sera plus rentable, elle cessera, l'eau reprendra ses droits dans la grotte et les cristaux reprendront leur lente évolution jusqu'à former un amas compact de gypse, dans quelques centaines de milliers d'années. La visite de l'homme n'aura été qu'une minuscule péripétie dans l'existence de cette merveille de la nature.

Enfin le plus étonnant est que cette grotte a été imaginée et décrite par Jules Verne dans son roman Voyage au centre de la Terre !

1 voir Neuvième cercle : les traîtres dans la Divine comédie