Elle s'interroge surtout à propos de ce qui diffère franchement entre la culture chinoise et la culture française. Je l'admire pour cela car elle a l'intelligence de chercher à adapter son comportement au pays où elle va vivre plusieurs mois. Elle pourrait, comme tant de gens qui visitent des pays étrangers, agir comme elle en a l'habitude, au risque de commettre des impairs, voire de choquer.

 Par exemple sur les embrassades. Elle a rencontré un groupe de personnes, en compagnie de religieuses chinoises installées en France. Et bien sûr, tout le monde lui a fait la bise, car c'est une fille et qu'elle est mignonne. Cela l'a beaucoup surprise car elle m'a expliqué qu'en Chine les bises ne se font qu'entre amoureux ou entre membres d'une famille. Elle est surprise également de constater que les comportements peuvent changer pendant le travail ou en dehors : les internes avec lesquels elle travaille lui serrent la main à l'hôpital mais lui font la bise si elle les rencontre en ville, après le travail. Pour comprendre la réticence que Lingli peut avoir à faire la bise à des inconnus, pensons à la coutume russe qui permet à deux hommes de s'embrasser sur la bouche : pas sûr que nous soyons plus à l'aise qu'elle dans ce cas !

J'ai déjà parlé des petits cadeaux de bienvenue qui sont la règle en Chine, alors qu'en France on offre plutôt un présent quand on se quitte, et du tutoiement, qu'elle hésite à employer avec des personnes plus âgées qu'elle, même des étudiants. Une autre différence d'usage touche l'ouverture des cadeaux : en Chine, selon Lingli, on n'ouvre jamais un cadeau devant la personne qui l'a offert, c'est impoli. Alors qu'en France, c'est l'inverse.

Sa dernière interrogation concerne les invitations. Elle a été invitée à déjeuner par un jeune couple de ses condisciples, mais elle a refusé, par peur de les déranger. Elle m'a expliqué qu'en Chine une première invitation se refuse souvent si on ne se connait pas bien, par convenance. Elle a peur aussi de déranger le couple en acceptant leurs offres de service, comme l'accompagner en voiture. J'ai tenté de lui expliquer les arcanes de notre vie sociale, qui diffère sensiblement de la vie sociale en Chine. J'en ai profité pour lui parler des sujets à éviter avec des personnes qu'on ne connaît pas suffisamment, comme la religion, la politique ou l'argent. Du coup elle a décidé d'accepter le café du matin pris par ses collègues, tradition bien française s'il en est.

J'aime beaucoup ces discussions avec Lingli car, d'un côté je lui apporte mon aide pour une intégration plus rapide en France, et de l'autre j'apprends beaucoup sur sa culture. Il est clair que si elle vient nous voir à Noël, nous aurons des milliers de questions à nous poser mutuellement !