Lingli est donc une jeune chinoise de 22 ans, qui n'avait jamais quitté son pays. Suite à l'attribution d'une bourse, elle obtient de venir passer 5 mois en France pour un stage dans un hôpital de Nancy. Le voyage fait au moins 9000 kilomètres, et lui demande 1 heure et demie d'avion en Chine, 4 heures d'attente, 14 heures d'avion entre la Chine et la France, encore 4 heures d'attente, 1 heure de bus et enfin 3 heures de train de Paris à Nancy.
Là, bien qu'elle parle plutôt bien notre langue après seulement deux ans d'apprentissage, elle arrive dans un univers totalement inconnu, baigné dans une culture étrangère et très différente de la sienne. Ses collègues de travail français ne sont pas hostiles mais pas curieux non plus. Elle est avide de communication, de partage, d'échanges sur les différences de culture, mais elle se heurte à l'indifférence quasi générale. Après la journée de travail, chacun rentre chez soi, personne n'a l'idée ou l'envie de lui offrir ne serait-ce qu'un café pour bavarder. Même dans le travail, elle est mise souvent à l'écart et ne peut faire ses preuves autant qu'elle le voudrait, essentiellement à cause de la barrière de la langue, car elle a encore beaucoup de difficultés avec le langage parlé, courant, et le débit de ses interlocuteurs.
Elle essaye de "se faire des amis", comme elle dit, mais c'est difficile. Seules quelques personnes prennent le temps de lui donner des explications, de corriger éventuellement son français et de répéter si elle a du mal à comprendre. Au bout de deux mois, elle est enfin invitée chez un jeune couple d'internes. Pourtant elle travaille dur chaque soir, elle prend des notes, lit, écoute même des chansons françaises. Ses progrès sont quotidiens et rapides, je le constate en comparant les conversations de nos débuts et celles de maintenant. Malgré ses condisciples chinoises venues avec elle, elle se sent parfois bien seule, elle est loin de sa famille et de ses amis, restés en Chine. Elle ne peut même pas compter sur eux, car ils ne comprennent pas ses difficultés et ses états d'âme, car pour eux le fait pour Lingli d'être en France est une chance qui doit primer sur tout le reste.
Le week-end dernier Lingli et une amie ont voulu aller en Allemagne, via le Luxembourg. Peu au fait de nos usages, elles sont parties sans papiers d'identité. Et bien sûr elles se sont fait contrôler par la police. Elles ont dû descendre du train le temps d'un contrôle auprès du consulat. Le policier, bienveillant, les a juste sermonnées sans leur faire plus de tracas. Quand je lui ai demandé si elle avait eu peur, elle m'a répondu que non, que cela lui faisait une expérience et une aventure, avec un grand sourire dans la voix.
Donc je te tire mon chapeau, mon amie chinoise, et je te souhaite de mieux terminer ton séjour chez nous que tu ne l'as commencé ! J'en profite pour te faire une grosse bise amicale, maintenant que tu es habituée à cette coutume typiquement française
Alors jeunes gens et jeunes filles, prenez exemple sur Lingli, relativisez vos petits tracas de solitude et d'autonomie et prenez-vous en charge, vous n'en serez que plus heureux et aguerris.