Vivre en France
Par Erwan le mardi, novembre 14 2006, 18:04 - Lingli - Lien permanent

Petite réflexion à l'usage de nos chers enfants entrés en faculté pour la première fois cette année et qui dépriment car ils sont obligés de se débrouiller seuls, ils sont éloignés de chez papa et maman d'au moins 100 kilomètres, sinon plus, et ils ne rentrent pas chez eux chaque week-end.
Lingli est donc une jeune chinoise de 22 ans, qui n'avait jamais quitté son pays. Suite à l'attribution d'une bourse, elle obtient de venir passer 5 mois en France pour un stage dans un hôpital de Nancy. Le voyage fait au moins 9000 kilomètres, et lui demande 1 heure et demie d'avion en Chine, 4 heures d'attente, 14 heures d'avion entre la Chine et la France, encore 4 heures d'attente, 1 heure de bus et enfin 3 heures de train de Paris à Nancy.
Là, bien qu'elle parle plutôt bien notre langue après seulement deux ans d'apprentissage, elle arrive dans un univers totalement inconnu, baigné dans une culture étrangère et très différente de la sienne. Ses collègues de travail français ne sont pas hostiles mais pas curieux non plus. Elle est avide de communication, de partage, d'échanges sur les différences de culture, mais elle se heurte à l'indifférence quasi générale. Après la journée de travail, chacun rentre chez soi, personne n'a l'idée ou l'envie de lui offrir ne serait-ce qu'un café pour bavarder. Même dans le travail, elle est mise souvent à l'écart et ne peut faire ses preuves autant qu'elle le voudrait, essentiellement à cause de la barrière de la langue, car elle a encore beaucoup de difficultés avec le langage parlé, courant, et le débit de ses interlocuteurs.
Elle essaye de "se faire des amis", comme elle dit, mais c'est difficile. Seules quelques personnes prennent le temps de lui donner des explications, de corriger éventuellement son français et de répéter si elle a du mal à comprendre. Au bout de deux mois, elle est enfin invitée chez un jeune couple d'internes. Pourtant elle travaille dur chaque soir, elle prend des notes, lit, écoute même des chansons françaises. Ses progrès sont quotidiens et rapides, je le constate en comparant les conversations de nos débuts et celles de maintenant. Malgré ses condisciples chinoises venues avec elle, elle se sent parfois bien seule, elle est loin de sa famille et de ses amis, restés en Chine. Elle ne peut même pas compter sur eux, car ils ne comprennent pas ses difficultés et ses états d'âme, car pour eux le fait pour Lingli d'être en France est une chance qui doit primer sur tout le reste.
Le week-end dernier Lingli et une amie ont voulu aller en Allemagne, via le Luxembourg. Peu au fait de nos usages, elles sont parties sans papiers d'identité. Et bien sûr elles se sont fait contrôler par la police. Elles ont dû descendre du train le temps d'un contrôle auprès du consulat. Le policier, bienveillant, les a juste sermonnées sans leur faire plus de tracas. Quand je lui ai demandé si elle avait eu peur, elle m'a répondu que non, que cela lui faisait une expérience et une aventure, avec un grand sourire dans la voix.
Donc je te tire mon chapeau, mon amie chinoise, et je te souhaite de mieux terminer ton séjour chez nous que tu ne l'as commencé ! J'en profite pour te faire une grosse bise amicale, maintenant que tu es habituée à cette coutume typiquement française
Alors jeunes gens et jeunes filles, prenez exemple sur Lingli, relativisez vos petits tracas de solitude et d'autonomie et prenez-vous en charge, vous n'en serez que plus heureux et aguerris.

Là, bien qu'elle parle plutôt bien notre langue après seulement deux ans d'apprentissage, elle arrive dans un univers totalement inconnu, baigné dans une culture étrangère et très différente de la sienne. Ses collègues de travail français ne sont pas hostiles mais pas curieux non plus. Elle est avide de communication, de partage, d'échanges sur les différences de culture, mais elle se heurte à l'indifférence quasi générale. Après la journée de travail, chacun rentre chez soi, personne n'a l'idée ou l'envie de lui offrir ne serait-ce qu'un café pour bavarder. Même dans le travail, elle est mise souvent à l'écart et ne peut faire ses preuves autant qu'elle le voudrait, essentiellement à cause de la barrière de la langue, car elle a encore beaucoup de difficultés avec le langage parlé, courant, et le débit de ses interlocuteurs.
Elle essaye de "se faire des amis", comme elle dit, mais c'est difficile. Seules quelques personnes prennent le temps de lui donner des explications, de corriger éventuellement son français et de répéter si elle a du mal à comprendre. Au bout de deux mois, elle est enfin invitée chez un jeune couple d'internes. Pourtant elle travaille dur chaque soir, elle prend des notes, lit, écoute même des chansons françaises. Ses progrès sont quotidiens et rapides, je le constate en comparant les conversations de nos débuts et celles de maintenant. Malgré ses condisciples chinoises venues avec elle, elle se sent parfois bien seule, elle est loin de sa famille et de ses amis, restés en Chine. Elle ne peut même pas compter sur eux, car ils ne comprennent pas ses difficultés et ses états d'âme, car pour eux le fait pour Lingli d'être en France est une chance qui doit primer sur tout le reste.
Le week-end dernier Lingli et une amie ont voulu aller en Allemagne, via le Luxembourg. Peu au fait de nos usages, elles sont parties sans papiers d'identité. Et bien sûr elles se sont fait contrôler par la police. Elles ont dû descendre du train le temps d'un contrôle auprès du consulat. Le policier, bienveillant, les a juste sermonnées sans leur faire plus de tracas. Quand je lui ai demandé si elle avait eu peur, elle m'a répondu que non, que cela lui faisait une expérience et une aventure, avec un grand sourire dans la voix.
Donc je te tire mon chapeau, mon amie chinoise, et je te souhaite de mieux terminer ton séjour chez nous que tu ne l'as commencé ! J'en profite pour te faire une grosse bise amicale, maintenant que tu es habituée à cette coutume typiquement française

Alors jeunes gens et jeunes filles, prenez exemple sur Lingli, relativisez vos petits tracas de solitude et d'autonomie et prenez-vous en charge, vous n'en serez que plus heureux et aguerris.

Commentaires
Tu me fais pleurer! merci de t'occuper de moi beaucoup. ma vie n'est pas si triste, malgré je pense beaucoup à ma famille et mes amis et l'ambiance que je connais bien maintenant. mais, je peux toujours trouver qqch à faire, et maitenant je suis bien occupée!! hehe,si, il y a des francais qui sont hostiles.Tu vois j'ai plus des visites dans mon blog!!!! ça me force de travailler plus pour écrire plus de jolis textes!!!! c'est pas facile!!!! a+
On a beau habiter à 200 ou 9000 km de nos parents (ou de notre copain dans mon cas), ça ne nous empêche pas d'être déprimé par la distance. Au fond le résultat est le même : on est désespérément seul.

Si je devais aller au japon pour 5 mois, je serais tellement heureuse que je pense que je ferais tout pour ne plus rentrer XD c'est toujours amusant d'aller dans un pays qu'on ne connait pas.
Au fond les étudiants français qui restent en france ont ça en moins et c'est pas rien quand on a envie d'aventure T__T
Un grand coucou à Lingli!
Y'a une chtite nuance quand même entre une étudiante française en France et une étudiante chinoise en France : la première peut parler à n'importe qui et comprend tout ce qu'on lui dit, la seconde non. Alors, je suis d'accord avec toi, la distance n'est pas un critère suffisant, l'immersion dans une autre culture, si.
Merci pour le coucou, Lingli est sensible à l'intérêt que mes amis lui portent, ça la réconforte.
Avec bien du retard, d'accord, je lis ce que tu as écrit sur le séjour de Lingli. Je comprends son étonnement devant le peu de curiosité des gens qu'elle côtoie. En France, à 200 km de Paris, j'ai été aussi parfois déconcertée par l'indifférence des gens... 13 000 km de distance qu'est-ce que c'est après tout ??? Donc il faut se dire que c'est un travers des Français : celui qui vient "d'ailleurs" est, avant tout, un étranger (même compatriote!) "Restons entre nous !!!I" Il faudra bien que ça change!
J'ai oublié un détail : je suis arrivée ici il y a 32 ans ! Mais certains commentaires après la récente nomination d'un collègue africain ne me font que peu changer d'avis !!!