Je prête peu d'attention aux gesticulations des grands de ce monde mais avec l'abbé Pierre la cause des personnes défavorisées perd énormément. Malgré son âge, la force du symbole qu'il représentait était capable de tenir tête à n'importe qui, de déplacer des montagnes et de plaider efficacement la cause des plus pauvres.

J'ai découvert l'abbé Pierre il y a longtemps à travers le livre Les chiffonniers d'Emmaüs, qui m'avait beaucoup marqué, moi l'ado privilégié et à l'abri des soucis de la vie. La philosophie et les actions de la communauté des Compagnons d'Emmaüs m'avait beaucoup plu et j'avais de l'admiration pour les gens qui s'y investissaient totalement.

Et pourtant, même ce modèle si utile a subi au fil des ans le contrecoup de notre société multi vitesses, qui a presque complètement perdu le sens des valeurs humaines, du moins du point de vue de nos dirigeants. En effet une personne que je connais, qui travaille de près avec Emmaüs, m'a confié que de plus en plus de gens démunis qui rejoignent cette communauté se comportent en assistés et ne daignent plus offrir leur travail en échange du gîte et du couvert. C'est triste.

De son vrai nom Henri Grouès, ancien résistant, ancien député de Meurthe-et-Moselle, l'abbé Pierre est ordonné prêtre en 1931 chez les Capucins et prend son pseudonyme dans la clandestinité pendant la Seconde Guerre Mondiale. En 1949 il fonde la communauté laïque des Compagnons d'Emmaüs, qui se finance toujours par la vente d'objets usagés récupérés gratuitement. Lors de l'hiver rigoureux de 1954, il lance sur RTL un appel à la solidarité qui rapportera 500 millions en dons et qui assoira définitivement sa popularité. L'abbé Pierre était depuis des années la personnalité préférée des Français.