Durant les quinze jours précédent son départ, Lingli n'avait plus de cours. Elle a passé la première semaine à faire ses adieux, à ses collègues, à son meilleur ami, aux Chinois installés en France qu'elle avait rencontrés, aux personnes l'ayant accueilli ici et là. Et bien sûr, malgré le mal du pays qui se faisait de plus en plus sentir, la tristesse de quitter tous ces gens, cette culture, ce pays si différent du sien, a pris le pas quelques jours. Nous en avons bavardé longuement sur Internet. En particulier, Lingli se demandait si ces personnes l'oublieraient vite ou pas. Excellente question à propos des rapports humains...
Quant à notre relation privilégiée, Lingli y a beaucoup réfléchi, nous en avons aussi reparlé bien sûr et elle nous a confié que, au-delà du plaisir qu'elle a eu à partager notre vie pendant plusieurs jours, elle en tirait des enseignements pour sa vie personnelle, son attitude face aux gens et à la vie. Elle n'a avoué tout ça qu'après quinze jours, sans doute le temps nécessaire à réfléchir, faire le point et mettre de l'ordre dans ses idées.
Lingli et ses amis Chinois ont passé la dernière semaine à Paris pour quand même découvrir notre capitale avant de quitter la France. Le jour de son arrivée à Paris, nous recevons un coup de téléphone de Lingli, affolée, inquiète et un peu perdue. Car les filles du groupe avaient fait confiance à leurs compagnons, plutôt qu'à Christine et à moi, pour trouver un hôtel pas cher dans Paris. Sauf que l'hôtel choisi je ne sais comment... n'existait pas ! Du coup ils avaient dû trouver en catastrophe un autre hôtel, toujours bon marché (sans aucune étoile, après vérification sur Internet). La gérante, intransigeante, leur refusait l'accès au téléphone. Lingli a quand même pu nous demander de la rappeler, mais devant l'animosité de la gérante je lui ai conseillé de trouver une carte de téléphone afin de téléphoner d'une cabine. Comme s'ils n'avaient pas assez d'ennuis, les roulettes des valises de Lingli (bourrées de souvenirs, de livres et de cadeaux) avaient cassé.
Son autre problème est qu'elle avait rendez-vous avec un ami français de Lille, qui venait spécialement la voir à Paris. Mais du coup, l'hôtel n'existant pas, elle n'avait aucun moyen de joindre cet ami ! Elle m'a alors donné son code d'accès à sa messagerie pour que je lui trouve le numéro du portable de cette personne. J'ai eu un peu de mal car sa messagerie était bien sûr écrite entièrement en chinois ! Après quelques tâtonnements, je trouve le numéro, j'appelle le jeune homme, je me présente, et lui demande de rappeler Lingli dans la cabine où elle attendait. Un petit peu compliqué tout ça, mais Lingli était ravie de pouvoir compter une dernière fois sur nous.
Ensuite je n'ai plus eu de nouvelles jusqu'à son départ. Enfin, trois jours après son retour, je reçois un premier message m'informant que tout allait bien. Elle avait bien galéré avec ses lourdes valises à traîner sans roulettes. Elle me disait avoir visité les principaux monuments de Paris, mais assez vite, et en regrettant de ne pas être avec nous pour avoir des explications, comme à Nancy. Au Louvre elle a bien sûr vu la Joconde mais m'a avoué n'avoir rien ressenti de particulier et ne pas comprendre pourquoi c'est la peinture la plus célèbre au monde.
A part ça elle a souffert du décalage horaire et a dormi plus de douze heures chaque nuit pendant trois jours. Et bien sûr était extrêmement heureuse de retrouver son pays, ses amis, ses connaissances dans les rues, les restaurants où elle a l'habitude d'aller, etc. Elle termine son message par : « Je suis hyper contente !!! Ha ha, vivre, manger ! »
Eh bien Lingli nous sommes heureux que ton voyage se soit bien terminé. Et bon vent dans ta vie, sans doute changée par ton séjour en France.
Une petite anecdote amusante pour terminer : nous avons offert à Lingli pour son frère deux bouteilles de vin de par chez nous, mais dans un mail elle me dit qu'ils sont bien embêtés pour les ouvrir car chez elle il n'y a pas de tire-bouchon ! Incroyable pour un Français, n'est-ce-pas ?

PS : comme Lingli ne peut lire mon blog en Chine, je lui enverrai ce dernier billet par email.