L'émission ne montre pas un racisme franc qui dit son nom, mais une accumulation de micro-vexations et de micro-discriminations quotidiennes qui, selon le réalisateur Renaud Le Van Kim, « amènent de nombreuses personnes noires à s’autocensurer et à se sentir inférieures ».

L'émission s'inspirait d'une émission américaine de téléréalité mais Canal + a choisi de la montrer comme un documentaire, comme une sorte de testing spectaculaire et imparable. Le testing de SOS Racisme a du bon mais a l'inconvénient de mettre en scène des personnes noires et blanches différentes, le résultat pouvant donc être biaisé par la personnalité des gens. Ici aucun biais possible car c'était les mêmes personnes qui affrontaient les mêmes situations, une fois en noir, une fois en blanc.

Le principe de l'émission était à la fois simple et complexe. Simple car il s'agissait de maquiller une famille de trois personnes blanches en noires et inversement trois personnes noires en blanches. Complexe car le maquillage devait friser la perfection, ces personnes évoluant au contact de leurs concitoyens, et non pas sur un écran de cinéma où tous les trucages sont permis. Il a fallu six mois aux maquilleurs pour mettre au point une technique fiable de transformation des visages. Au bout de cinq heures de maquillage quotidiennes (pendant trente jours), le résultat était stupéfiant, même si la transformation des blancs en noirs fut plus aisée que l'inverse, en particulier pour la femme noire dont la peau était très foncée.

Une autre difficulté fut de bien choisir les familles participantes. Elles devaient accepter pour de bonnes raisons et pas seulement pour l'occasion de passer à la télé. Par exemple Laurent Richier avait été obèse et connaissait donc déjà le regard discriminatoire des gens. Pendant tout le tournage, les deux familles Richier (les blancs) et Sina (les noirs) vécurent ensemble, dans la même maison, afin de confronter leurs expériences. Stéphanie Richier, la mère, fut celle dont l'opinion a le plus évolué, grâce aux expériences vécues dans la peau d'une noire justement.

Parmi les situations auxquelles furent confrontées les deux familles on peut citer les plus marquantes.

Les deux femmes noires (la vraie et la fausse) entrent dans un restaurant vide. On leur dit que tout est réservé et, devant leur insistance, on les place au premier étage, au fond de la salle. Quelques minutes plus tard, le réalisateur et son assistante, blancs tous les deux, entrent dans le même restaurant : ils sont installés au rez-de-chaussée, à une table en façade.

Lors de plusieurs appels téléphoniques pour répondre à une annonce avec le même CV, en changeant simplement de nom : avec un nom à consonance française, Laurent Richier décroche un rendez-vous, avec un nom à forte consonance africaine, tous les postes sont pris.

Le soir, dans Paris aux alentours des boîtes de nuit, les noirs, vrais et faux, sont systématiquement contrôlés par la police, pas les blancs placés juste derrière. Avec en prime des "blagues" comme "il ne faut pas voler des voitures".

Lors de plusieurs entretiens d'embauche, toujours avec le même CV : Laurent Richier en noir est relégué dans un coin du magasin, attend plus d'une demi-heure, est reçu par une commerciale et aucun poste ne lui est proposé, mais en blanc peu de temps après il est reçu immédiatement dans le bureau du directeur et remplit une fiche de candidature ; ailleurs pour le même poste avec le même CV on lui propose 1000 € en noir et 1300 € en blanc.

Classiquement à l'entrée des boîtes de nuit les noirs, vrais et faux, se font refouler pour des raisons diverses. Pour information, plus des trois quarts des boîtes de nuit testées par SOS Racisme ont eu ce comportement discriminatoire, particulièrement en province, dans le sud, le sud-est et le nord.

Dans les magasins de luxe, il n'y a aucune discrimination notable. Tant que le client a l'argent pour payer, qu'importe sa couleur de peau. Pas plus que sur les marchés parisiens.

Et que dire de l'attitude des habitants de plusieurs petits villages du sud-est quand les quatre noirs (vrais et faux) se promènent sur les marchés : observateurs, inquisiteurs, hostiles, mal aimables. Un maire adjoint noir, interviewé, raconte que souvent dans ces villages aucun étranger n'y vit mais que le score du Front National est très élevé malgré tout. Il ajoute en riant que souvent on le prend pour un vigile car un vigile est forcément noir, et un noir ne peut pas être maire...

Je terminerai sur une note d'optimisme. Le fils Richier, Jonathan, grimé en noir, a participé pendant tout le tournage à un cours de slam, en ne dévoilant la supercherie que le dernier jour. Les autres participants acceptèrent globalement bien cette situation quand ils comprirent que ce n'était pas un simple jeu, mais une expérience sérieuse. Tous se retrouvèrent au restaurant, y compris une jeune femme absente lors de la révélation de la supercherie. Elle arrive, voit le Jonathan au naturel, donc blanc, et fait juste une réflexion sur la longueur de ses cheveux, mais absolument pas sur sa couleur de peau ! Elle explique que pour elle ça n'a aucune importance, qu'elle n'a fait attention qu'à la personnalité de Jonathan, sans plus.