Arrivés vendredi dans la soirée, nous retrouvons nos meilleurs amis venus partager le séjour avec nous. Samedi matin, voyant le beau temps et la légère brume de chaleur, nous décidons de tenter notre chance et d'aller aujourd'hui au mont Saint-Michel. Bien nous en a pris car la journée fut chaude et magnifiquement ensoleillée.
Nous arrivons en début d'après-midi, le parking est bien rempli mais pas plein. Pendant que mes amis et moi prenons une collation au pied des remparts, Christine et Solène vont se renseigner à propos de la visite conférence. Cette visite est plus longue et détaillée que la visite banale habituelle et, d'après notre conférencier, elle s'adresse à des visiteurs et non pas à des touristes. Après une fausse réponse donnée par le gérant d'un musée, qui a tout intérêt à éviter la visite conférence au profit de son musée, elles finissent par apprendre que la dernière visite part à 15h00, soit dans un peu plus de trente minutes. Christine me téléphone pour m'informer. Nous finissons rapidement de déjeuner et nous retrouvons les filles au pied du grand escalier. Chacun reçoit un autocollant pour s'identifier en vue de la visite, puis nous gagnons la terrasse supérieure pour attendre le début de la visite.
A l'heure dite nous voyons s'approcher un jeune homme, un épais manteau à la main. Devant notre air surpris à la vue de cet accessoire incongru par cette chaleur, il répond que là où nous allons le manteau sera le bienvenu. En se présentant il montre un humour plutôt caustique, tourné essentiellement contre le merchandising qui, selon lui, détourne beaucoup de visiteurs de la découverte des richesses du mont, et contre l'administration. En effet il s'excuse par avance de ne pas nous faire visiter certaines parties anciennes de l'abbaye faute de... clefs ! Son administration de tutelle ne peut pas (ou ne veut pas) dépenser 150 € pour fournir un jeu de clefs complet à chaque conférencier.
Dès le début de la visite nous constatons que, bien que jeune, il est passionné par son sujet qu'il maîtrise parfaitement. J'attends d'être seul avec lui pour lui demander sa formation : il a fait un DEA d'histoire de l'art à l'université de Caen, et fait maintenant visiter à plein temps l'abbaye.
Au cours de la visite marathon de plus de deux heures et demie (au lieu des deux heures réglementaires) nous apprendrons et réviserons une quantité colossale d'informations sur l'abbaye, l'histoire, l'art roman, l'art gothique, le symbolisme, etc. Notre conférencier ne s'arrêtera pratiquement pas de parler pendant toute la durée de la visite.
En vrac, et autant que je m'en souvienne, nous avons appris que :
  • le mont Saint-Michel est un des quatre hauts lieux de pèlerinage chrétien avec Rome, Jérusalem et Saint-Jacques-de-Compostelle
  • le mont Tombe (sur lequel est édifiée l'abbaye), le mont Tombelaine (diminutif de Tombe) et le mont Dole sont, d'après la légende, trois rochers posés par Pantagruel dans la baie pour la traverser à pied sec
  • le premier sanctuaire date de 708 après J.C. et la construction s'est étalée aux Xème, XIème, XIIIème, XVème, XVIème et XVIIIème siècles
  • les premiers habitants furent des chanoines et des moines bénédictins dès 966, sur ordre du duc de Normandie
  • en 1022 les îles de Chausey sont données aux moines par Richard II pour servir de carrière de granit pour la construction d'une grande abbaye
  • l'église s'appuie sur plusieurs cryptes, elles-mêmes ancrées sur le rocher
  • certaines arcades en "anse de panier" étaient à l'origine de style roman classique mais, construites avec du sable mêlé de sel, elles ont mis très longtemps à sécher et ont fini par se rétracter et s'affaisser sous le poids des voûtes
  • en 1421 le choeur roman s'effondre et est reconstruit en gothique flamboyant tardif entre 1453 et 1521
  • actuellement sept moniales et cinq moines de la Fraternité de Jérusalem occupent l'abbaye
  • le cloître comporte 137 fines colonnettes réparties sur deux rangées et alternées afin de répartir le poids de l'ensemble et briser la forme carrée du cloître
  • sous la Révolution le mont est rebaptisé mont Libre et l'abbaye devient une prison dans laquelle s'entassent jusqu'à 600 prisonniers.
Ayant croisé un de ses collègues, notre conférencier récupère les clefs manquantes et nous pouvons visiter heureusement des lieux interdits aux simples touristes. Nous découvrons la prison et Notre-Dame sous Terre (située sous la terrasse ouest), première église construite au Xème siècle. Le style est pré-roman, caractérisé par des arcs romans en briques rouges et un parement grossier des murs. Suite à une restauration assez récente un trou a été percé dans l'un des murs, laissant apparaître les vestiges du mur du premier sanctuaire édifié en 708.
En quittant le conférencier je lui demande son nom : il s'appelle Thomas. N'hésitez pas à demander à faire la visite avec lui, elle vaut très largement le coup !
Après la visite nous flânons un peu dans les ruelles encore encombrées ainsi qu'à l'extérieur, le long des remparts. En repartant nous croisons une confrérie religieuse, dont les membres sont en habit d'apparat, venue sans doute faire un pélerinage ou une étape d'un pélerinage. Nous voyons aussi quelques véhicules amphibies de différentes époques (seconde guerre mondiale et époque actuelle) venus se faire prendre en photo devant le mont ensoleillé. La mer est montée mais ce n'est pas une grande marée il est donc tout à fait possible de se promener à pied sec autour du mont.