Après l'Andalousie nous avons passé mes trois autres semaines de vacances dans notre maison de campagne qui est aussi notre maison de famille. Elle est en fait notre seule maison car nous sommes locataires à Bourges. Lorsque j'étais jeune, disons jusqu'à l'entrée dans la vie active, je venais passer ici avec mes parents toutes mes vacances et beaucoup de week-ends. La maison est dans un village minuscule (à peine 250 habitants), typiquement bourguignon, que j'apprécie beaucoup. Dans ce village y a bien sûr des fermes et pendant toutes mes vacances de jeunesse j'ai fréquenté assidûment l'une d'elles, matin et soir, participant activement aux travaux agricoles et d'entretien des animaux, racontant mes voyages d'enfant à la vielle fermière, assis dans la mangeoire entre les têtes des vaches. Certaines années j'adoptais même des veaux, feignant d'ignorer que je ne les retrouverais pas l'été suivant. Jusqu'à ce que le rouleau compresseur anti-régionalisme de l'Europe ne passe ici nous dégustions du lait frais chaque matin, et ce depuis trente-cinq ans. Mais un beau jour l'Europe a décidé que les étables devaient respecter des normes d'hygiène draconiennes et hallucinantes, mais surtout d'un coût hors de portée de nombreux petits agriculteurs. Ceux-ci n'ont eu d'autre choix que de vendre leurs vaches laitières. Et du coup adieu le bon lait, le vrai lait, celui bu au sortir du pis de la vache. Merci l'Europe.

A quinze kilomètres du village se trouve un lac de barrage, le lac de Pont, avec une plage et un camping trois étoiles, où nous allions étant jeunes. C'est un lac de treize kilomètres de tour, enchâssé dans une forêt, qui sert à la régulation du canal de Bourgogne. Depuis 1972 nous allons régulièrement nous y baigner, le traverser à la nage, nous balader autour, etc. Depuis 1972 nous n'avons pas pu y aller seulement quatre années : deux parce que le niveau était trop bas, donc dangereux, et deux pour cause de météo épouvantable (2005 et 2006). Alors cette année il parait que je n'ai pas le droit de me plaindre : l'été 2007 aura offert environ dix jours sans pluie dans la région dont deux vrais jours d'été, avec près de 30°C. Que demander de plus ? Par rapport à l'an dernier c'est exceptionnel ! Du coup nous avons pu nous baigner trois fois (j'ai résisté à l'envie d'écrire seulement trois fois mais on m'aurait encore traité de pessimiste...) En particulier le dimanche 5 août où il a fait si chaud, c'était super, l'eau était agréable, la plage couverte de vacanciers (et vacancières), nous avons traversé le lac plusieurs fois et bronzé pendant trois heures. Une journée magnifique.

A cause des pluies interminables tombées depuis mai, cette année le lac est particulièrement plein, je ne l'ai pas vu comme ça depuis très longtemps. La profondeur d'eau est à plus de vingt et un mètres (sur vingt-deux mètres possibles), le déversoir crache des cataractes d'eau, la plage est réduite et le plongeoir est presque au ras de l'eau. D'ailleurs tous les cours d'eau ont aussi un niveau très élevé, inhabituel à cette saison, la végétation est luxuriante, voire envahissante, notre puits est cette année encore à son niveau maximum. Une vraie situation de fin d'hiver.

Parmi les activités de ces semaines de farniente, nous avons passé une journée à Dijon, au centre commercial de la Toison d'Or. C'est notre parenthèse dépensière des vacances, de Planète Saturn (un super Darty) à Toys'aurus en passant par Zara et de nombreux magasins de vêtements, chaussure, lingerie, etc.

Nous sommes allés à un feu d'artifice à Semur-en-Auxois, organisé dans le cadre des activités touristiques d'été. Le feu était articulé autour d'un commentaire sur l'histoire du Tour de France et nous a bluffés par son importance. Les fusées étaient plutôt classiques mais très nombreuses. Elles étaient tirées simultanément de trois pas de tirs et leur foisonnement était impressionnant. Le spectacle a duré vingt-cinq minutes. Il avait lieu dans un grand champ aménagé pour l'occasion et le public était très nombreux, sans doute plusieurs milliers de personnes, autochtones et touristes. Après le spectacle pyrotechnique un bal populaire a commencé sur l'esplanade René Cassin, qui domine la ville au-delà des remparts. L'orchestre était moyen, mais la vue sur la collégiale et les remparts de Semur, subtilement illuminés, était superbe. Après une heure à attendre vainement une danse facilement identifiable, comme une valse ou un rock, nous sommes rentrés à la maison. Au grand dam de Solène j'ai eu envie de faire un détour par Alise-Sainte-Reine pour vérifier que la statue de Vercingétorix est illuminée la nuit. A cette heure avancée de la nuit nous étions seuls dans les rues du village. En arrivant sur le promontoire où se dresse la statue, plongé dans le noir absolu, nous constatons que la statue est effectivement illuminée par en dessous. L'impression donnée est presque inquiétante et nous n'avons aucune envie de descendre de voiture. Sur le chemin du retour, après avoir croisé un blaireau, nous faisons une dernière halte en pleine campagne pour admirer le ciel enfin dégagé, tous feux éteints et à l'écart de toute lumière artificielle.
Nous avons passé une journée à effectuer des travaux d'entretien du jardin : sciage des branches maîtresses d'un prunier qui sera abattu, élagage des thuyas et de la vigne vierge, nettoyage des haies, ramassage des prunes, etc.

Nous sommes allés à Amphitrite, un complexe aquatique à Montbard. Pendant deux heures et demie nous avons nagé et joué dans les différentes piscines : à vagues, à bulles, à courant, et avec le toboggan. Avec, en prime, trois quarts d'heure d'aquagym : nous étions dans la piscine utilisée pour cela au moment du début du cours. Par jeu nous sommes restés et avons fait la séance entière. Inutile de préciser qu'en sortant nous étions sur les rotules !

Nous sommes allés rendre visite à des amis à Auxerre, puis visiter à un marché des potiers, à Treigny. Des potiers de la France entière, voire d'Europe, exposaient dans les rues du village. La diversité des poteries était étonnante : formes, couleurs, grains, etc. En particulier plusieurs exposants vendaient des poteries rouge sombre de toute beauté. Nous avons même assisté à une démonstration de cuisson de poterie selon la méthode japonaise dite raku. Les petites pièces chauffées à 1000°C sont plongées ensuite dans un seau de sciure. La sciure, en s'enflammant, dégage du carbone qui noircit les poteries, sauf sur les parties émaillées. Les pièces sont ensuite refroidies dans un bain d'eau froide.

Nous avons fêté mon anniversaire malheureusement à l'hôpital de Nevers, où se trouvait encore maman, suite à son opération. Nous avons apporté le traditionnel moka au café avec nous, et nous lui avons fait un sort à quatre dans sa chambre. La route vers Nevers traversait le Morvan et j'en ai profité pour m'arrêter chez mon professeur de latin de terminale, un homme que j'admire et respecte beaucoup, et avec qui je corresponds traditionnellement par courrier deux fois par an depuis trente ans.

Enfin, plaisir suprême, j'ai passé un après-midi vautré sur ma chaise longue, à lire au soleil.

Au fait, depuis mon retour à la mine, le 20 août, il pleut des hallebardes sans interruption.