Intitulée "Symboles et alchimie", animée par l'incontournable Roland Narboux (bien connu des Berruyers), cette visite nous a emmené dans des ruelles peu connues de Bourges, baptisée Centre européen de l'alchimie, à commencer par la rue de l'Alchimie bien sûr. Cette rue n'existerait parait-il qu'à Bourges et à Prague ! Anciennement rue Saint-Ursin, cette rue aurait été nommée ainsi suite à une explosion dans les caves de la maison d'un alchimiste nommé Goninus, en 1522. Nous sommes aussi passés par la rue Mausecret (dont le nom vient de "mauvais secret"), la rue du Puits-Noir (faisant référence à l'athanor des alchimistes) et la rue des Juifs, sans doute la plus représentative de ce qu'étaient les rues du Moyen-Âge à Bourges.
Roland Narboux nous a expliqué l'histoire de l'alchimie à Bourges, à travers ses plus illustres adeptes. L'alchimie avait un double sens : celui, le plus connu, de la transmutation des métaux grâce à la mythique pierre philosophale, mais aussi celui de la transformation de l'âme, afin de devenir meilleur, c'est à dire un sage. Il nous a aussi appris que cette science reste parée d'une aura sulfureuse, même de nos jours, au point de censurer le mot même alchimie dans les media ou par les représentants des monuments historiques. Selon certains spécialistes, Jacques Coeur lui-même ne pouvait être qu'adepte de l'alchimie, et devait sa fortune à l'utilisation de la pierre philosophale. Le palais Jacques-Coeur, haut lieu de Bourges, regorge en effet de symboles ésotériques qui prouveraient ces assertions.
Nous avons fait une longue halte à l'hôtel Lallemant, magnifique hôtel particulier construit après le grand incendie de Bourges de 1487 pour de riches marchands d'outre-Rhin, d'où son nom. Commencé en 1490, terminé en 1518, il sera revendu plusieurs fois jusqu'en 1826 où il fut vendu à la ville de Bourges. J'y ai découvert le fameux plafond aux caissons, véritable guide alchimique. Placé dans l'oratoire il se divise en trente caissons contenant chacun un bas-relief admirablement travaillé. Chaque sculpture est comme une énigme, aujourd'hui à peu près indéchiffrable. Des spécialistes ont cependant fourni la signification alchimiste de chaque caisson par rapport à la symbolique de l'époque, mais la signification globale reste mystérieuse. Par exemple, une sphère enflammée dans une coupe, avec le signe "3R" lequel peut signifier que l'extraction du soufre igné se fait par une triple réitération. Ou un putto (jeune garçon nu symbolisant parfois l'amour) qui fait pipi dans un sabot, indiquant le traitement par voie humide : l'urine lave le mercure, dans le processus d'élaboration de la pierre philosophale. A droite de la pièce, une crédence en bronze est encore plus mystérieuse que le plafond. La sphère enflammée apparaît à nouveau trois fois, chiffre symbolique, au fronton constitué d'une large coquille, avec les lettres R et E disposées de façon curieuse.
Avant de quitter l'hôtel Lallemant, nous avons rencontré Christine de Pisan (jouée par madame Narboux), considérée comme la première femme de lettres française ayant vécu de sa plume. Née à Venise vers 1364, veuve à 26 ans, elle se retrouva avec trois enfants à charge, sans appui ni famille à la cour, et choisit le métier d’"homme de lettres", inouï pour une femme à l'époque. Entre 1400 et 1418 elle écrivit des traités de politique et de philosophie, et des recueils de poésie.
Le périple s'est terminé dans une cave des Bonnets Rouges (chambre d'hôte ancienne et réputée) puis autour d'un buffet bien garni.
Tout au long de la visite nous avons croisé de nombreux figurant(e)s costumé(e)s au hasard des rues, pour les retrouver aux Bonnets Rouges.
Une bien belle soirée, surtout avec le temps clément.