En ce qui concerne les couacs, les journalistes ont stigmatisé quelques entorses à la vérité commises au nom de l'obsession que la cérémonie d'ouverture se passe bien. La si jolie petite chanteuse ne savait pas chanter mais a été préférée à la vraie fillette chanteuse, beaucoup moins photogénique. Et les feux d'artifices tirés autour du stade olympique, dans Pékin, auraient été enregistrés pendant les répétitions et retransmis faussement en direct, par crainte, a-t-on dit, du mauvais temps. Sans parler des drapeaux qui, miraculeusement, se mettaient à flotter en haut de chaque mât sans le moindre souffle d'air. Par ailleurs, souvenez-vous de l'archer qui, en 1992, était censé allumer la vasque olympique avec une flèche enflammée. Des vues de côté ont bien montré que la flèche avait dépassé la vasque, laquelle avait été allumée par un procédé plus fiable.

Bon ce n'est pas très grave finalement, nous sommes dans une société où le paraître et la perfection sont des obsessions de chaque instant, où toutes les filles sur le papier glacé des magazines sont retouchées, où le moindre film comporte sa dose d'effets spéciaux numériques, ou les jouets bougent dans les publicités de Noël au grand dam des enfants qui les reçoivent en cadeau.

Je trouve beaucoup plus grave les milliers de Pékinois expropriés et déplacés, ainsi que les vieux quartiers rasés afin de montrer un Pékin à la façade propre. Ou les actes violents perpétrés par la police sur quelques journalistes étrangers, en particulier japonais. Ou les cours imposés pour se dispenser de cracher, de couper les files d'attente ou de jurer. Les jeux à peine finis, les Pékinois auront repris leurs habitudes, mais le monde aura eu une vision artificielle d'une capitale moderne et digne des capitales occidentales. Ou les manifestants et professeurs emprisonnés pour avoir simplement parlé à des journalistes étrangers. Par exemple, le 17 août 2008 deux chinoises septuagénaires ont reçu un avis les condamnant à un an de rééducation par le travail pour avoir demandé la permission de manifester pendant la période des JO de Pékin ! Ou encore la censure draconienne imposée aux media et en particulier à Internet. Qui a su que le centre olympique d’entraînement de ping-pong a été victime d'un incendie ? Une des nombreuses directives de censure d'un bureau du gouvernement central ordonna de censurer dans les blogs tout article faisant mention de cet incendie et toute recherche comprenant ces termes ne devait aboutir à aucun résultat. Sans parler de la censure de MSN, Skype ou QQ (messagerie instantanée très populaire en Chine). Ou bien les 30 000 caméras, dont certaines équipées de microphones, installées dans toute la capitale, ainsi que les GPS et les microphones (provenant des Etats-Unis) installés dans les taxis.1 Etc, etc.

Enfin j'ai été choqué par ceci : n'est-ce pas la première fois que ce sont des militaires qui étaient chargés de la montée et de la descente des drapeaux ? Dans l'enceinte olympique ! Le comité olympique n'était sans doute pas à une concession près...

Par contre, à la question « Les JO de Pékin auraient-ils dus être boycottés ? » je réponds franchement « Non ». Ou alors uniquement sur le plan politique, si messieurs nos dirigeants en avaient eu le cran. Mais en aucun cas sur le plan sportif. Pourquoi priver un athlète d'un des rendez-vous les plus importants de sa vie à cause d'une quelconque politique ? S'il y a faute pour l'organisation de ces jeux, elle incombe presque exclusivement au Comité olympique qui a accordé en 2001 à la Chine l'organisation des JO. Car la politique de la Chine en 2001 n'était pas différente de maintenant, elle tyrannisait déjà le Tibet, pratiquait déjà la censure et bridait déjà les droits de l'Homme. Il fallait y penser avant.

A côté de tout ceci, j'ai malgré tout été émerveillé par la cérémonie d'ouverture, un peu moins par celle de clôture. Comme les 91 000 spectateurs du stade "nid d'oiseau" et les presque quatre milliards de téléspectateurs. Les Chinois, et particulièrement Zhang Yimou, maître d'oeuvre de ces spectacles, ont placé la barre très haut. Magie, poésie, nostalgie, tout a concouru à nous mettre des étoiles plein les yeux. Quelle beauté que ces 2008 tambours anciens, ou ces tableaux vivants interprétés par des milliers de figurants sur le parchemin géant déroulé au sol. Pour ceux qui connaissent bien les films de Zhang Yimou, il y avait de nombreuses similitudes entre les chorégraphies de ces JO et de ses films. Le but était de montrer en raccourci les 5000 ans d'histoire de la Chine, mêlant photographies d'enfants, sagesse de Confucius, évocation de la nature et conquête de l'espace. Cependant, la période actuelle, disons depuis la révolution de Mao, n'a pas été montrée. Près de 30 000 (!) feux d'artifices ont été tiré pendant ces trois heures de spectacle.

Lors de la cérémonie de clôture eut lieu un mini spectacle réalisé par les Anglais, organisateurs des JO en 2012. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'il était moderne, décalé et bourré d'humour british. On a même eu droit à Jimmy Page, juché sur le toit d'un double-decker en compagnie d'une jolie belette chantante, Leona Lewis, interprétant Whole lotta love de Led Zeppelin devant des milliards de Terriens ! Le clou du spectacle fut à mon sens une tour humaine, dite tour de la mémoire, forte de centaines de gymnastes ondulant en rythme sur la musique.

Sur le plan sportif maintenant, je n'ai regardé les épreuves que d'un oeil distrait. J'attendais beaucoup de Laure Manaudou, j'admirais beaucoup la graine de championne en acier qu'elle était aux JO de 2004 et j'espérais qu'elle ferait aussi bien malgré les tourments qu'elle a subis depuis quelques années dans sa vie. Eh bien non, elle s'est effondrée, n'étant que l'ombre d'elle-même. J'ai cependant apprécié l'escrime, comme toujours et salué l'esprit sportif d'un Polonais, adversaire du Français Jérôme Jeannet, blessé, qui n'a pas combattu jusqu'à la fin de la reprise. J'ai aussi regretté de ne voir aucune épreuve de gymnastique. L'absence de Français(es) en compétition et l'horaire très matinal (six heures de décalage horaire) expliquant sans doute cela. Bravo en tout cas aux sportifs tricolores et à leur 40 médailles.

1 Source : Reporters sans frontières