Ce n'était pas n'importe quelle messe mais celle d'installation de notre ami prêtre, Jacques, parmi l'équipe sacerdotale de la ville de Nevers. Nous le connaissons depuis presque quarante ans pour Christine et trente-deux ans pour moi. Il était aumônier dans notre lycée et c'est un peu grâce à lui que j'ai connu Christine. Nous étions dans la même classe, je venais d'arriver, j'étais un peu seul, et Christine m'invita aux réunions de l'aumônerie.

Avec Jacques, nous faisions des recollections plusieurs fois dans l'année pendant tout un week-end. Ces moments ont laissés des souvenirs profonds et excellents. Nous étions nombreux et le temps était partagé entre grands chahuts, discussions animées, balades dans la nature (y compris dans les cimetières la nuit) et temps de réflexion, voire de prière.

En terminale, sous sa houlette, nous avons édité neuf numéros d'un journal resté fameux, La Bébête (je vous fais grâce de l'explication du jeu de mots...). Comme il était conçu et diffusé en dehors du lycée, nous n'avions aucune censure et une liberté totale pour y parler de n'importe quel sujet, du plus futile au plus brûlant, de la musique à la politique, etc. Quelques articles étaient des petits brûlots, et servaient parfois de règlements de compte entre certains d'entre nous. Le proviseur avait bien sûr connaissance de ce journal, mais même s'il le dérangeait parfois, il n'avait pas l'autorité pour s'y opposer. Ayant une bonne habitude de la machine à écrire (l'ordinateur restait évidemment à inventer), je m'étais proposé pour taper la plupart des textes qui étaient ronéotypés à l'alcool (l'imprimante restait aussi à inventer). J'y passais des soirées, voire des nuits car la moindre faute imposait de tout retaper. Nous bénéficions parfois des largesses de maman, intendante, qui m'offrait des stencils électroniques, le must à l'époque. L'année qui a suivi la terminale nous avons tenté de continuer La Bébête, mais la flamme n'y était plus et nous nous sommes arrêtés au bout de quelques numéros.

Je reviens à Jacques, pour dire qu'au fil des années il est devenu un ami, quelqu'un à qui l'on peut parler sans tabou, sans retenue. Il nous a mariés, a baptisé nos enfants, était là aux obsèques de Papa, malheureusement pas à celles de Maman, et nous l'avons suivi tout au long de sa carrière nivernaise. Il a d'abord été à Clamecy, où nous allions passer des week-ends mémorables avec nos amis de terminale. Puis il a été nommé vicaire épiscopal1 à Nevers, puis prêtre à Decize avant de revenir à Nevers, nommé sans être volontaire, avec la perspective d'une importante charge de travail, malgré son âge.

La messe d'hier était concélébrée par seize prêtres, plus l'évêque. La cathédrale (minuscule par rapport à celle de Bourges) était pleine. A l'issue de la messe, un apéritif était servi dans la cathédrale même. Puis un repas a été offert à quelques dizaines d'amis et de membres de sa famille.

Intelligent, cultivé, ouvert, moderne, bon orateur, Jacques est une personne que nous apprécions énormément.

1 collaborateur immédiat de l'Évêque