Ce troisième stage (troisième dans le calendrier prévu, mais le second pour nous puisque le vrai second était le week-end du 2 février) était encore consacré aux danses de Gascogne, avec principalement le rondeau de Samatan, ou rondeau du Savès, et à quelques congos. J'ignorais complètement ce qu'est le congo, en tant que danse. J'avais déjà entendu quelques rares fois jouer cette danse, en bal,  mais sans comprendre comment elle se dansait. C'est une danse qui a ses origines dans la contredanse.

Samedi à 15h30 nous retrouvons avec plaisir Pierre Corbefin et son complice Philippe Marsac. Même après un an, Pierre se souvient de moi grâce au disque "Gabriel valse" qu'il avait dédicacé l'an dernier, et au commentaire que j'avais écrit sur le livre d'or de son site. Nous sommes une vingtaine de stagiaires, dont la plupart sont des connaissances du monde du folk.

Il fait froid dans la salle (à peine 17°C) et Pierre commence par son traditionnel échauffement, pour réveiller notre corps et en prendre conscience de la tête aux pieds, en passant par le fil invisible qui nous traverse verticalement. Les mouvements se font dans un silence total, comme si chacun se concentrait. Puis l'apprentissage proprement dit du rondeau du Savès commence, pas après pas, geste après geste. D'abord par le pas de l'homme, puis par le pas de la femme. La rythmique (enchaînement des pas) est très simple et vite assimilée, mais Pierre insiste sur la gestuelle, et l'essentiel du travail portera là-dessus. Car faire les pas est une chose, les faire correctement, avec la légèreté et la souplesse requises, en est une autre, autrement plus difficile, surtout pour moi. Très patient, Pierre explique et montre encore et encore, inlassablement, accompagné par les fameuses onomatopées de Philippe, qui lui servent à marquer les temps.
Après la pause, Philippe prend le relais et nous montre deux congos, celui du Passage d'Agen, en quadrettes, puis celui du Savès, en ronde. Basées sur le pas de polka, ces danses sont plus faciles à assimiler. Pierre et Philippe n'ont pas recours à des disques, et chantent eux-mêmes toutes les mélodies. Avant la fin de la séance de cet après-midi, Pierre recommence l'apprentissage du rondeau.

Le dîner est pris en commun, chacun partageant les victuailles et les boissons qu'il a apportées. C'est un moment très convivial où nous faisons plus ample connaissance les uns avec les autres. Enfin, après le dîner, nous improvisons un court bal folk, en reprenant les danses vues aujourd'hui ainsi que dans les deux stages précédents. Nous repartons vers 23h00, sous la pluie battante qui n'a pas cessé depuis ce matin.

Dimanche tout le monde se retrouve dès 9h30, avec plus ou moins de fraîcheur et d'enthousiasme, toujours sous des trombes d'eau. Après l'échauffement rituel, la répétition du même rondeau de Savès continue. J'ai la satisfaction de constater des progrès : j'ai fini par assimiler peu ou prou la façon de danser, et j'ai l'impression de mieux m'intégrer au groupe. Pierre nous montre ensuite quelques variantes du même rondeau, sur le pas de la femme et sur celui de l'homme. Les variantes pouvaient être propres à un village, voire à des personnes. En témoigne le rondeau à la façon de Marie et Julien Archidec, très caractéristique. Puis Philippe reprend les rênes, nous fait réviser les congos d'hier et nous en apprend deux autres : celui de Sos et celui du Haut Agenais.

A la pause, tout le monde se rassemble devant la carte du sud-ouest et Pierre nous montre les différents terroirs où il a collecté des danses. Ces points de collecte sont regroupés dans certaines régions, et en laissent d'autres vierges. Il nous explique alors qu'il y a un lien fort entre la richesse d'une région et son attachement au patrimoine culturel, en particulier aux danses. En gros, plus une région est pauvre, plus ses habitants sont solidaires, échangent entre eux et se soutiennent, plus une région est riche et plus c'est l'inverse. La danse étant une forme de lien social, elle a perduré plus longtemps dans la mémoire collective des régions riches.

Après une dernière révision des formes de rondeaux apprises depuis hier, nous saluons Pierre et Philippe, et tout le monde se sépare. Juste avant de partir j'achète un disque de rondeaux et congos. Philippe me dit de lui envoyer un email afin qu'il puisse m'expédier le livret compagnon du disque. Ce livret n'est plus en vente mais existe toujours sous forme électronique.

Je m'en vais avec de bonnes douleurs au genou, mais heureux de cette grande journée. J'attends avec impatience le dernier stage, début avril.