Lassés d'organiser des spectacles de musique et de danses de plus en plus délaissés par les gens, au point d'être déficitaires à chaque fois, nous décidons de changer de formule et de proposer un dîner concert. Pour le repas, un cuisinier nous suggère une mouclade (moules avec crème, curry et champignons), facile à réchauffer et à servir. Nous complétons le plat principal avec un kir breton, des mises en bouche (gougères), des pommes vapeur, un dessert, un café et une bouteille de vin offerte pour six personnes. Nous ne mettons pas longtemps à choisir le groupe : ce sera Kerty, bande de six joyeux lurons interprétant du rock breton au sens large, de Tri Yann à Michel Tonnerre en passant par Soldat Louis, Hugues Aufray ou Noir Désir.

Les inscriptions sont lancées début décembre, jusqu'au 15 janvier. Très vite les réservations affluent, c'est bon signe. Nous devons même repousser la date limite au 20 janvier pour accepter les retardataires. A cette date nous avons dépassé les cent-vingt réservations, c'est inespéré. Nous terminerons à cent vingt-neuf entrées payantes, c'est le Pérou. Comme nous serons largement bénéficiaires, nous décidons d'ajouter une assiette avec fromage et salade en plus du menu prévu.

Le jour venu je me rends de bonne heure à la salle pour aider à la préparation. Il faut installer tables et chaises, décorer, aider les musiciens à installer leur matériel et aider à la cuisine. Un cuisinier a accepté de venir nous aider bénévolement et son aide est plus que la bienvenue, elle est décisive. La mouclade est préparée à l'avance et il suffit de la faire réchauffer, dans une énorme bassine. Il faut aussi faire cuire et éplucher des pommes de terre pour cent-cinquante personnes.

A 20h00 précises les convives arrivent en foule et à 20h30 tout le monde est arrivé. Nous servons l'apéritif pendant que Kerty commence à jouer. L'ambiance peine à se réchauffer, les musiciens sont un peu déconcertés. D'habitude ils jouent devant un public qui leur est entièrement acquis. Ce soir, beaucoup de gens ne les connaissent même pas, ils doivent donc "mouiller leur chemise" pour aller chercher ce nouveau public. Des feuilles avec les refrains des chansons les plus connues sont disposées sur les tables. Ainsi ceux qui le souhaitent peuvent chanter avec le groupe ce qui contribue à réchauffer l'atmosphère. Nous sommes nombreux à servir, en deux équipes, pour les tables de droite et celles de gauche. Ainsi les gens attendent très peu et peuvent manger chaud. Je bénéficie d'un traitement de faveur, avec des tranches de jambon à la place des moules. Kerty s'interrompt chaque fois qu'un plat est servi, pour laisser les gens dîner tranquillement et pour dîner eux-mêmes. Les musiciens de Kerty ont visiblement plaisir à jouer ensemble et leur enthousiasme finit par se communiquer à la salle, du moins aux tables les plus proches de la scène. Rapidement, dès qu'une musique à danser se fait entendre, des convives se lèvent pour aller danser. Ce sont surtout les membres de notre groupe Brug Arvor, mais pas uniquement. Les tubes et les chansons moins connues s'enchaînent : Du rhum des femmes, Le prestige, Tri Martolod, Santiano, Le pelot d'Hennebont, Lambé an dro, Les prisons de Nantes, Ye Jakobites, Martiniquaise, etc. Pendant une pause un peu plus longue, Solène prend sa flûte et sa cornemuse et joue quelques airs à danser avec son amie Magalie, à l'accordéon. En fin de soirée, Kerty les invite pour un dernier air en commun sur scène.

Les derniers convives s'en vont vers 1h30. En moins d'une heure la vaisselle est faite, la salle et la cuisine sont nettoyées, car nous sommes nombreux. Malgré quelques grincheux qui ont trouvé la musique trop forte et les airs pas assez traditionnels (ils n'ont sûrement pas lu l'affiche car il était marqué que Kerty faisait du rock breton), cette soirée a été une réussite et nous sommes d'accord pour reproduire cette formule l'an prochain.