Après trente-trois ans de présence dans le parc du château de Saint-Chartier, ces rencontres, uniques en Europe, sont contraintes de le quitter. Le château a été racheté par un étranger qui n'a que faire des traditions françaises et qui a refusé que ce que tout le monde surnomme le festival de Saint-Chartier continue sur sa propriété. Les organisateurs ont donc dû chercher un autre château doté d'un parc, si possible ombragé, pour accueillir les rencontres. Avec une double contrainte : ne pas être trop éloigné de Saint-Chartier et être lié à l'histoire de George Sand. En effet George Sand, enfant adoptive du pays, a beaucoup écrit sur les sonneurs du Berry et du Bourbonnais, en particulier dans son roman "Les maîtres sonneurs". Pour le centenaire de sa mort, en 1976, Michèle Fromenteau et Jean-Louis Boncoeur décidèrent de susciter la rencontre et l'échange entre musiciens. Ainsi naquirent les Rencontres Internationales de Luthiers et Maîtres-sonneurs de Saint-Chartier, dont le but initial était de montrer tous les aspects de la vielle et de la cornemuse à travers le temps et l’espace.

2009 est donc l'année du déménagement du festival de Saint-Chartier au château d'Ars, à quelques kilomètres de La Châtre. Pour marquer ce déplacement, les organisateurs eurent l'idée d'une marche symbolique entre la maison de George Sand à Nohant et le nouveau lieu d'accueil du festival. Les marcheurs seraient accompagnés des plus importantes compagnies de sonneurs du Berry. Christine, Solène et moi nous y sommes bien évidemment inscrits.

Petit inconvénient, il faut se lever à 6h00 du matin ! Un car est prévu à 8h30 pour aller de Ars à Nohant, afin de laisser sa voiture sur le lieu du festival. Quand nous arrivons nous sommes presque les premiers. Nous sommes surpris de voir les membres du service d'ordre qui officient pendant le Printemps de Bourges. Bien sûr aucun d'entre eux n'est au courant pour le car. Nous finissons par trouver de l'information à la billetterie qui ouvre juste. Ce qui saute tout de suite aux yeux c'est que le château est isolé et que tout manque : électricité, commerces, éclairage, etc. Le parc du château a été clôturé de palissades métalliques, des groupes électrogènes ont été apportés, des lampadaires temporaires plantés et un dépôt de pain est proposé à l'entrée. Le chemin d'accès a été transformé en large route goudronnée.

Petit à petit les gens arrivent pour prendre le car et il est plein quand il prend la route de Nohant. Je suis surpris de voir si peu de monde. Sauf qu'en arrivant à Nohant nous voyons la place du village remplie de randonneurs et de musiciens ! A vue de nez il y a plus de trois cents personnes. Il y a aussi des ânes (des grands noirs du Berry) et deux mules, dont l'une immense et l'autre mal voyante. Nous retrouvons quelques connaissances mais beaucoup moins que j'aurais pensé. Les sonneurs sont tous là, en costume, moderne pour ceux de la Fraternelle, traditionnel pour les autres : les Gâs du Berry, les Thiaulins de Lignières, les Sonneurs de la Vallée Noire et la Société Fraternelle de Cornemuses du Centre.

Après quelques airs joués sur la place, devant la demeure de George Sand, le cortège s'ébranle en musique. Nous prenons des chemins en lisière des champs et des forêts, suivant qui les ânes, qui les musiciens. L'ambiance est festive, et la longue file de randonneurs costumés ou non fait penser à un pèlerinage ancien. Effet renforcé par la bannière des Gâs du Berry, portée bien haute, et quelques âniers juchés sur leur monture. Après les chemins de traverse nous arrivons à une route départementale déserte, où la Fraternelle de Cornemuses joue encore quelques airs. Je remarque une camerawoman, de BIP TV, qui sera rejointe plus tard par des confrères d'autres télévisions. Nous suivons la route et cette fois ce sont les Gâs du Berry qui ouvrent la marche. Le prochain arrêt est un carrefour, dit de l'orme râteau. Au pied de la croix située à la croisée des routes, Mic Baudimant, président des Thiaulins de Lignières, fait un petit discours en citant la légende de l'orme râteau écrite par George Sand dans un article de l'"Illustration" du 13 décembre 1851. Il annonce aussi la plantation d'un orme (apporté à dos d'âne) à ce carrefour. Tout le monde se rassemble autour du maire et du cantonnier de Lourouer-Saint-Laurent, qui mettent en terre le jeune arbre dans un trou préparé à l'avance. Il s'agit d'un orme Lutèce, créé par l'INRA pour résister aux maladies. Les plus jeunes danseuses costumées sont chargées de l'arroser. Dès que l'arbre est en terre, Mic vient sonner à côté, suivi un par un par d'autres musiciens. Ils jouent la fameuse bourrée d'Aurore Sand, collectée par Jean-Michel Guilcher et Pierre Panis auprès d'Aurore Sand elle-même.

Puis la troupe se remet en marche vers Lourouer-Saint-Laurent, où nous attend une collation. Nous en profitons pour visiter la petite église décorée de fresques médiévales toujours en très bon état. Encore un dernier arrêt en musique au pied d'un arbre magnifique et c'est l'arrivée au château d'Ars. Les Gâs du Berry se portent en tête, marchant au pas, bannière fièrement dressée, suivis par les ânes et le reste des marcheurs et des musiciens. L'arrivée en musique a de la gueule, c'est certain ! Je profite d'un flottement à la grille du parc , et de mon appareil photo qui fait toujours illusion, pour me faufiler devant la cohorte. Celle-ci s'arrête près du grand parquet, et se disperse après un dernier air de musique. j'ai donc pu entrer dans le parc sans billet, le temps de découvrir rapidement les lieux. Mais comme Christine et Solène ont été refoulées à l'entrée, je ressors rapidement les rejoindre.

Sur le chemin du retour, nous déposons deux personnes à leur voiture à Nohant. Cette marche restera un excellent souvenir. Il est certain qu'il fallait y être, ne serait-ce que pour son caractère unique et symbolique.



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