Nous prenons possession de la voiture de location la veille. Pour quatre une Twingo aurait été trop petite et nous avons opté pour un petit monospace Ford. Ce matin nous partons un peu avant l'heure prévue, à 9h15. Le trajet jusqu'à Roissy se passe sans encombre. Nous suivons même l'avis de TomTom et passons par le périphérique, fluide à cette heure. Ensuite tout se passe sans incident ni retard, c'est assez rare pour le souligner. Nos deux bagages mis en soute pèsent le même poids pour quatre que ceux de Christine et moi seuls. Il faut dire que pour le style de voyage itinérant que nous allons faire, nous avons limité les habits au strict nécessaire. Nous aurions même pu en emporter encore moins sans la surprise de demain.

Par contre en l'espace d'un an la sécurité à Roissy s'est considérablement durcie. Nous devons présenter pas moins de six fois notre carte d'identité : à l'enregistrement des bagages, devant l'escalator vers la salle des départs, à la douane, avant la fouille, à la porte d'embarquement et à la porte de l'avion ! Ca devient franchement lourd et ridicule. Sans oublier la fouille, poussée presque au paroxysme américain. Il faut se défaire de sa ceinture, de ses bijoux, de sa montre, de ses chaussures si elles sont trop grosses (en plus Solène a du métal sur ses Doc Martens). Chaque ordinateur et chaque appareil photo doivent être sortis de leur housse et allumés. Inutile de préciser que ses mesures contraignantes génèrent une longue fille d'attente et retardent le départ. Voyager en avion n'est déjà plus un plaisir et va devenir une contrainte.

Malgré tous ces désagréments les portes de l'avion se ferment presque à l'heure et le retard au décollage n'est que minime. Nous sommes sur un vol régulier d'Aer Lingus et pourtant rien n'est offert, pas même une boisson. La moindre boisson, le moindre sachet de cacahuètes, tout est payant. Le transport aérien a bien changé depuis mon premier vol en 1965. Même en seconde classe nous étions choyés, nourriture et boissons étaient à volonté et les petits cadeaux étaient nombreux, surtout pour les enfants : chaussons, masque de nuit, coloriages, crayons, etc.

Après une heure et demie de vol seulement nous atterrissons à Cork, où le temps est mitigé et frais pour la saison. L'aéroport est tout petit et nous récupérons rapidement nos bagages. Direction le comptoir Avis pour prendre possession de la voiture de location. Je souscris l'assurance annulation de franchise car une semaine de conduite à gauche peut occasionner des petits soucis. La voiture est une Ford Mondeo, large, spacieuse et confortable. Dès la sortie du parking je suis concentré sur la conduite à gauche. J'ai déjà conduit à gauche mais à Malte où les routes sont plus larges et avec bas-côtés, et dans une plus petite voiture. Christine et les enfants sont eux aussi vigilants pour m'éviter de me tromper de côté à un croisement ou un rond-point. Mais rapidement les réflexes reviennent et mon seul défaut est de rouler trop à gauche de peur d'être trop à droite, surtout avec une voiture aussi large que la Mondeo.

En chemin nous nous arrêtons photographier le premier pub de couleur vive que nous rencontrons. Puis nous achetons du pain à Macroom, notre premier village irlandais, et une brosse à dents pour Benjamin dans une station service. Dans chaque station il y a une sorte d'épicerie où l'on trouve absolument de tout, et ouverte tard dans la nuit, un peu comme aux U.S.A. Grâce à TomTom nous trouvons sans difficulté le B&B Reeks View dans Killarney. La propriétaire nous accueille chaleureusement. Mon anglais suffit pour les quelques phrases de politesse et pour obtenir quelques renseignements. L'accent de la dame n'est pas trop fort et nous comprenons tous ce qu'elle dit. Elle nous donne les horaires du breakfast le matin, nous demande si nous voulons un irish breakfast, ce que nous choisissons en chœur. Enfin elle nous propose de prendre une tasse de thé au salon, ce que nous acceptons avec empressement. La maison est très britannique : voilages décorés, napperons, dentelle, photos des enfants en costume de graduate au mur. Cette première soirée commence bien. Sur un terrain de sport voisin Christine observe des jeunes s'entraînant à deux jeux qui lui paraissent bizarres. A la télévision nous comprendrons qu'il s'agit de foot gaélique, aux règles particulières, et de hurling, « jeu des Dieux » pour les Irlandais et « cricket de sauvages » pour les Anglais. Après ce moment de repos nous allons en ville pour tenter de dîner. La ville est très colorée et très fleurie, beaucoup de magasins sont encore ouverts malgré l'heure tardive, car la ville est touristique. Après une balade dans tout le centre et quelques emplettes nous cherchons un endroit pour dîner. Mais il est déjà tard et tous les établissements qui servent à manger sont complets ou vraiment trop chers. Nous optons finalement pour un fish & chips, établissement typiquement britannique. L'endroit ressemble à un fast food. Nous commandons tous les quatre un fish & chips et un Coca light. Après une longue attente on nous apporte une énorme assiette avec un gros demi-poisson frit, des frites visiblement faites maison et des petits pois. Ceux-ci ont la couleur verte typiquement anglo-saxonne et déteignent même sur les frites ! C'est très copieux et pour un prix très raisonnable nous sortons rassasiés.

Juste en face nous avisons un pub qui annonce de la musique ce soir. Inutile d'aller chercher plus loin. Le pub est lui aussi très typique : bas de plafond, sombre, décoré de bric et de broc, avec plein de gens debout au bar ou assis, à écouter le groupe qui est déjà en train de jouer. Sur les CDs disposés devant eux est écrit leur nom : O'Shea's. Nous allons commander au bar et là, surprise, la serveuse demande l'âge de Solène. Nous trichons en affirmant qu'elle a dix-huit ans (elle les aura en novembre) mais la serveuse demande sa carte d'identité. Comme Solène ne l'a pas, la serveuse lui demande de quitter le bar ! Nous apprendrons plus tard que cette mesure récente a été prise pour tenter d'endiguer l'alcoolisme chronique des mineurs et qu'en cas de non-respect, le pub peut carrément être fermé. En bons Français, nous trichons et je fais semblant de sortir avec Solène pendant que Christine et Benjamin commandent leur bière. En fait nous restons près de la porte, face aux musiciens. Christine prend sa première vraie Guinness. Nous restons écouter la musique avec plaisir jusqu'à 23h00 et rentrons au B&B sans encombre. Notre première soirée irlandaise est quasi parfaite.

1 Bed and breakfast