Nous quittons notre hôtesse à 9h00, sous un ciel parfaitement bleu. Le périple d'aujourd'hui sera consacré à l'anneau du Kerry, l'un des endroits les plus fréquentés de cette région, paraît-il. A tel point que Christine a choisi de prendre la route dans le sens des aiguilles d'une montre, à l'envers du sens des autocars. Rapidement nous testons les routes typiquement irlandaises : étroites, sinueuses et surtout sans bas-côté. Les paysages sont magnifiques et verdoyants. Nous nous arrêtons dans le parc de Muckross, au bord d'un lac sauvage entouré de collines, l'Upper Lake. C'est superbe. Nous en prenons plein les yeux et plein les narines. La première surprise concerne le sol : dès que l'on quitte la route, le sol est complètement détrempé, l'eau affleure à chaque pas. Ce soit être cela la tourbière. Pas étonnant que l'herbe soit aussi verte.

Avant d'arriver à Kenmare nous nous arrêtons encore deux fois : auprès d'une petite église nichée au creux d'un vallon et à Ladies View où la vue sur la vallée parsemée de lacs est magnifique. C'est l'endroit où les dames d'honneur de la reine Victoria furent autorisées à descendre de carosse pour admirer le paysage, lors d'une visite de la reine. Une telle vue est conforme à l'idée que nous nous faisions de l'Irlande. Nous rencontrons ici nos premiers moutons à tête noire. Il y en a à perte de vue, y compris accrochés au flanc des montagnes. Leur laine est maculée de peinture de couleur, sans doute la marque de leur propriétaire. Il est midi et nous avons fait à peine vingt kilomètres. Les panneaux routiers sont nombreux mais certains nous font vraiment sourire : la vitesse maximum de 100 km/h est régulièrement rappelée sur des petits panneaux ronds ! Quand certaines routes sinueuses permettent à peine le 40 km/h, cette vitesse est totalement irréaliste.

Quand la route longe la mer, nous nous arrêtons à une petite plage au fond d'une crique. Le vent est fort, la plage est pleine de gens qui pique-niquent et d'enfants qui jouent. Dans l'eau quelques jeunes inconscients se baignent, donc un avec une cagoule et un anorak ! Christine ose mettre courageusement les pieds dans l'eau, mais vraiment pas plus tellement elle est froide.

Ensuite nous faisons une incursion pour visiter le Staigue Stone Fort, enceinte bi millénaire en pierres sèches destinée probablement à protéger les habitations et les biens d'un riche propriétaire ou d'un roi local. Complètement perdu dans la lande, long de trente mètres, épais de quatre mètres et haut (à l'origine) de six mètres, ce mur n'a qu'une seule entrée très étroite et comporte des escaliers le long de sa paroi intérieure pour monter au sommet. La route pour y arriver est tellement étroite que la végétation touche la voiture de chaque côté. Et nous ne sommes qu'une poignée de visiteurs.

En sortant de l'anneau du Kerry nous constatons que les encombrements annoncés étaient très surfaits : nous avons croisé une poignée de cars seulement et la circulation est toujours restée fluide.

Après un dernier arrêt à Waterville, nous cherchons le gîte du soir. Ce n'est pas une mince affaire, il n'y a aucun panneau indicateur, et l'endroit est perdu loin de toute habitation. A la grille d'entrée les enfants sont interloqués en voyant le mot hôtel accolé à quatre étoiles : nous leur faisons la surprise de passer une nuit dans un luxueux hôtel, retiré loin de tout. Il s'agit de l'hôtel Ard Na Sidhe, aménagé dans un manoir au fond d'un bois, au bord du lac Caragh. Benjamin et Solène sont ravis, à la fois par le luxe du lieu et par sa situation. Dès l'arrivée nous réservons pour le repas du soir, d'une part pour que le séjour soit parfait en tous points mais aussi parce que le premier pub doit être très éloigné. En parlant avec la jeune femme de l'accueil, j'apprends que Ard Na Sidhe signifierait (si j'ai bien compris) la colline des fées, nom du tertre situé juste en face du manoir, et qu'un souterrain relierait ce tertre au bord du lac. L'hôtel a huit chambres dans le corps principal et dix dans une annexe : c'est une chance d'être dans le manoir même. Les chambres sont évidemment à la hauteur du standing d'un tel hôtel : dais au-dessus du lit, porte-serviettes chauffant, peignoir, multiples produits et accessoires offerts, et même une table à repasser et un fer !

Après nous être installés nous allons faire un tour dans le parc magnifique qui entoure l'hôtel jusqu'au lac. Les essences florales sont très variées, la pelouse est très britannique (drue, d'un vert vif et tondue au cordeau), les espaces de repos sont nombreux. Il y a même un jardin tropical avec bambous et palmiers à côté des rhododendrons et hortensias, ce qui nous fait penser que le climat ne doit jamais être rigoureux. Ce soir nous nous habillons un peu chic pour faire honneur au lieu. La salle de restaurant est petite mais très bien aménagée. Il y a peu d'autres clients. La serveuse, jeune et jolie, est très stylée et j'ai rarement vu un service de cette qualité. Le repas est raffiné et copieux. Pendant le dîner une forte pluie se met à tomber et nous pensons qu'il est agréable d'être dans un tel endroit feutré avec le mauvais temps dehors. Après le dîner nous allons profiter du grand salon très britannique où brûle même un vrai feu de tourbe. La soirée passe (trop) vite entre cartes postales, lecture et jeu de cartes. Christine essaye l'irish coffee et Benjamin déguste un vieux rhum. En ce qui me concerne, dans un tel lieu et à cet instant je ne pas loin du bonheur suprême. Avant d'aller dormir, je profite d'une accalmie pour prendre quelques photos de nuit et Benjamin profite de l'accès à Internet en libre service. Les enfants sont surpris de voir que leur chambre a été préparée pour la nuit : lit ouvert, serviettes repliées, peignoir préparé et chocolat sur l'oreiller.