Benjamin a découvert l'association Berry Champ de Bataille (BCB) l'an dernier et a décidé de participer à la grande bataille qui a lieu chaque dernier week-end d'août autour de Bourges, pour la sixième fois. Cette association a pour but de promouvoir et d'organiser des jeux de rôles non pas avec des figurines et un plateau de jeu mais en vraie grandeur avec des humains, des armes, des matériels et des costumes. Son ambition est de proposer le plus grand rassemblement français d'amateurs de jeu de rôle grandeur nature axé sur les combats (warGN) et elle est en passe de réussir son pari car cette année les joueurs viennent de toute la France et même de Belgique. Le nombre de joueurs a même dû être limité à sept-cents pour éviter un débordement de l'organisation.

Le warGN est né en Angleterre dans les années 80, par une poignée de grands enfants rêvant de prolonger sur le terrain leurs nombreuses parties de jeux de rôles classiques (en particulier Donjons & Dragons). Il y a la composante wargame, avec deux armées opposées, structurées comme les vraies, avec un roi, un état-major, des capitaines à la tête de compagnies et de la piétaille. Et la composante jeu de rôle qui incite à recréer l'ambiance d'une armée en campagne dans ses moindres détails. Par exemple sont bannies les lampes, les habits modernes, même s'il fait froid, les tentes type Quechua, les couverts, le plastique, etc.

Il ne faut pas croire que BCB est une association de gamins tête en l'air. Au contraire, le sérieux et la rigueur de l'organisation et de l'encadrement forcent le respect. Le livret de règles fait quarante-deux pages et passe minutieusement en revue la déontologie, l'organisation des armées, les personnages possibles, les objectifs, les missions, les corvées, les règles très strictes du combat, la description de tous les éléments d'équipement (armes, boucliers, costumes, machines de guerre, etc.), sans oublier l'arbitrage, les sanctions et le suivi médical. Ce livret est très précis mais fait grande place à l'humour : le but est bien l'amusement, mais en toute sécurité. Par exemple toutes les armes sont passées au détecteur de métaux à l'arrivée des joueurs pour s'assurer qu'elles sont conformes et non dangereuses. Le fair-play est aussi très important, et tout est fait pour désactiver les frictions qui ne manquent pas de survenir dans le feu de l'action et inciter chacun à respecter son adversaire, surtout au combat.

La rencontre se déroule sur presque deux jours, du samedi midi au dimanche après-midi pour le jeu, et dès le vendredi après-midi pour l'accueil. Seule la bataille finale du dimanche midi est ouverte aux curieux, et c'est là que nous nous rendons dès 11h00. En plus des deux grandes batailles générales il y a une multitude de scénarios joués nuit et jour : missions d'espionnage, corvées de bois, tours de garde nocturnes, prise d'un bastion, missions diplomatiques, etc. Cette année le scénario est complètement nouveau et basé sur la trilogie de Lyonesse, de Jack Vance. L'action se situe donc en l'an 492, et oppose l'armée de Dahaut en rouge, conduite par Audry Ier, et celle de Lyonesse en bleu, emmenée par Phristan. Chaque armée a établi son camp à quelques centaines de mètres l'une de l'autre, sur des terres prêtées par des agriculteurs de Menetou-Salon et Achères. Pour la première année des sponsors ont contribué au financement, preuve de l'importance de BCB et de l'intérêt que l'association suscite.

Avant la bataille le public est prié d'attendre dans un champ, le temps que les armées se mettent en place. En fait nous sommes tout près du camp de l'armée de Lyonesse et nous avons tout loisir de voir les quelques trois-cents combattants du roi Phristan arriver, se préparer, se mettre en ordre de marche et entrer sur le champ de bataille. La diversité des costumes et surtout des armes est impressionnante. Les costumes sont fonction de l'ancienneté, de l'habileté et sans doute du porte-monnaie de chacun. Bien qu'ils respectent globalement l'époque moyenâgeuse, on peut voir de tout : du simple surcot en tissu avec ceinture de cuir et bourse (ce que porte Benjamin), jusqu'aux armures presque complètes en passant par absolument toutes les variantes. Certains arborent des casques rutilants, d'autres des capes en peau de bête. On voit même quelques cotes de mailles. Les plus impressionnants sont les gardes personnels du roi Phristan : deux espèces de Mongols recouverts de fourrures et de poils, le visage entièrement caché par un heaume, une hallebarde impressionnante à la main. Benjamin a dit que les rencontrer au crépuscule, même hors jeu, n'était pas très rassurant. Mais le plus étonnant est la diversité des armes, et le réalisme de certaines, pourtant en mousse dure inoffensive : hallebardes, massues, marteaux, épées longues et courtes, fléaux, dagues, arcs, haches, lances, boucliers, etc.

Avec beaucoup de retard l'armée bleue pénètre sur le champ de bataille, où attend déjà l'armée rouge. Celui-ci consiste en une grande prairie rectangulaire, bordée d'un champ moissonné où seront cantonnés les spectateurs. De nombreux arbitres, habillés de blanc et ressemblant à des prêtres, veillent à la sécurité de tous. Ils seront aussi chargés de valider les combats, tant que la mêlée n'est pas trop grande. Les deux armées se font face, c'est impressionnant même si on sait que c'est "pour de faux". Avant l'affrontement des tentatives d'intimidation ont lieu de part et d'autre, en particulier de la part de PNJ (personnages non joueurs) qui ont tous les droits mais ne participent pas au décompte des points. Rapidement les armées s'avancent et la bataille s'engage. Les combats semblent suivre des règles précises, car chaque combattant dispose d'un nombre précis de points de vie et de points d'armure, consommés par les coups qu'il reçoit. Un combattant qui n'a plus de points est considéré comme mort et doit quitter le champ de bataille et s'asseoir, pour ne pas gêner la suite du combat. Les filles (pas moins de 13 % des joueurs) ne sont pas les dernières à foncer dans la mêlée. C'est amusant de voir les différentes stratégies employées par les états-majors : foncer dans le tas, encercler, contourner, etc. Rapidement nous voyons l'armée de Phristan être décimée, puis encerclée et enfin défaite complètement. Quand les arbitres déclarent la fin du combat, les combattants rouges et bleus se rejoignent pour une accolade générale. Quelques furieux continuent les combats au corps à corps, pour le plaisir. Les résultats sont annoncés : l'armée d'Audry, rouge, gagne la batille de ce jour et la réunion du week-end par quarante-neuf points, alors que l'armée de Phristan, bleue, avait gagné l'affrontement du samedi par sept points.

Nous partons en laissant les combattants se restaurer et profiter d'un repos enfin bien mérité, après quelques heures de sommeil à peine pour certains, et des dizaines de kilomètres à pied pour les autres.



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