A l'origine, en 1987, l'idée était de créer un congrès annuel des amicales bretonnes du Sud-ouest, à l'initiative de la fédération Kendalc'h. C'est Rolland Le Gal qui s'y colle, réunissant au premier congrès les amicales de Marseille, Angoulême, Pau, Bordeaux et Mont-de-Marsan. Kendalc'h ne renouvelant pas l'expérience l'année d'après, Rolland Le Gal décide de continuer l'aventure quand même. En 1994 le congrès prend le nom de rencontres des amicales bretonnes du Sud-ouest (RBSO). Au fil des années Marseille est remplacée par d'autres villes plus proches du sud-ouest et aujourd'hui la famille RBSO comprend Agen, Angoulême, Bordeaux, Le Verdon, Mont-de-Marsan, Pau, Périgueux, Tarbes et Toulouse. 

Cette année les organisateurs ont souhaité inviter une amicale de Bretons un peu plus éloignée et c'est ainsi que nous avons été sollicités. Le fait que notre président soit un ancien de l'amicale de Mont-de-Marsan y est peut-être pour quelque chose. Nous sommes venus en force avec presque trente personnes, la plupart danseurs et musiciens de Brug Arvor mais aussi quelques personnes intéressées par ces rencontres. La participation est très raisonnable : trente-cinq euros pour toutes les activités du week-end (deux repas, transports en car, fest-noz et visite gastronomique du dimanche), plus l'hôtel et les frais de déplacement. Pour minimiser les frais nous sommes regroupés dans les voitures. Il est prévu un défilé en costumes dans Angoulême mais pas de spectacle en tant que tel.

Angoulême étant assez éloignée de Bourges, nous partons samedi à 7h00, à quatre dans la voiture : Christine, Solène et moi, plus la présidente de la Gearbaude, qui danse aussi à Brug Arvor. Le coffre est plein avec les bagages et les costumes. Nous passons par Châteauroux et Limoges en empruntant l'A20. La route se passe sans encombres. Nous doublons deux voitures de collègues danseurs, c'est bon signe, nous arriverons donc presque en même temps. Le temps est brumeux et pluvieux jusqu'à l'arrivée. Nous sommes un peu inquiets pour cet après-midi, bien que la météo soit optimiste. L'hôtel Première Classe est exactement au bout de la route nationale. Nous sommes les premiers et nous pouvons choisir nos chambres. Il semble que la quasi totalité de l'hôtel soit réservé pour les participants aux RBSO. Peu de temps après tous les autres danseurs de Brug Arvor arrivent. Quand chacun est installé nous partons pour Sireuil, qui sera le point central des festivités du week-end. Les repas et le fest-noz se passeront dans un gymnase : la place ne manquera pas. La décoration est abondante et met l'accent sur le cinquantenaire de l’Amicale des Bretons de la Charente. Les tables sont déjà placées pour les deux centaines de convives. Nous sommes accueillis chaleureusement et les personnes qui doivent se costumer s'affairent immédiatement, surtout les filles qui mettent beaucoup plus de temps à s'habiller. Le repas de ce midi étant à la charge de chacun, des petits groupes se forment soit dehors soit dedans pour pique-niquer. Le café est offert, il est le bienvenu. C'est amusant de voir les filles habillées à moitié en Bretonnes croquer un sandwich. Christine porte son caraco et sa coiffe de Lorient mais a gardé son jeans pour ne pas se salir. Le mélange est original. Je déambule parmi les personnes costumées, prenant des photos, échangeant sourires et paroles. Certaines coiffes me sont inconnues et certains costumes sont très richement brodés. Le plus beau costume est sans conteste celui porté par une jeune femme souriante, de Toulouse : il vient du minuscule village de Landrévarzec, au nord de Quimper. Il ressemble bien sûr à celui de Quimper mais il est beaucoup plus richement brodé, devant, derrière, y compris le jupon d'un blanc éclatant. A l'extérieur des sonneurs de cornemuse accordent leurs instruments d'une façon moderne, grâce à un accordeur électronique.

Puis tous les participants au défilé montent dans des cars et à 14h00 précises le convoi s'ébranle pour Angoulême. La vieille ville est bâtie sur un mont et les cars ont du mal à circuler dans les rues plutôt étroites. Notre chauffeur se perd et finit par se faire guider par téléphone. Le rassemblement se fait place du Champ de Mars, d'où partira le défilé. Il y a déjà pas mal de monde, les bagadou sonnent déjà et spontanément les danseurs en costumes des différentes amicales se joignent pour un immense hanter dro. Puis le cortège se forme au début de la rue de Périgueux, derrière le porte-drapeau de l'amicale d'Angoulême, habillé en Écossais. Il y a sept formations, chacune derrière son bagad, sauf nous qui n'avons pas de musiciens : l'association Breizh en Oc de Toulouse (représentée par la seule fille en costume de Landrévarzec suivie d'un bagad), le cercle celtique Karantez Ha Dañs et le bagad Ker Vourdel de Villenave d'Ornon, près de Bordeaux, l'Amicale des Bretons des Landes, An Erminig de Mont-de-Marsan, l’association des bretons du Lot et Garonne, Ty Breizh 47, l'Amicale des Bretons de la Charente, d'Angoulême, l'amicale Kevrenn de La Rochelle et Brug Arvor, de Bourges, qui ferme la marche, derrière Bernard, son porte-drapeau. A 15h00 le cortège démarre, dans des rues piétonnes, au milieu de la foule et des badauds. Beaucoup sont là exprès pour voir le défilé, certains s'arrêtent quelques instants par curiosité et d'autres n'ont même pas un regard pour musiciens et danseurs. A chaque arrêt les danseurs... dansent, soit groupe par groupe soit rassemblés au son d'un seul bagad. Je n'arrête pas d'aller de la tête à la queue du défilé pour prendre le plus de photos possibles et écouter les différentes musiques. En effet je n'ai pas voulu défiler, n'ayant pas de costume complet.

Au bout d'une heure un flottement se fait sentir et le cortège s'arrête. Il semble que les organisateurs aient prévu trop de temps pour la distance à parcourir et, du coup, l'arrivée est proche. Finalement le cortège se reforme différemment : les bagadou se mettent en tête et les danseurs derrière eux. Les musiciens avancent d'un pas énergique au son d'une belle marche, c'est magnifique. J'ai les mêmes frissons qu'au stade du Moustoir à Lorient. Du coup l'arrivée à la place de l'hôtel de ville, terme du défilé, se fait rapidement et sans pause. Il est 16h40. En attendant l'allocution de la mairie les participants se détendent. Certains dansent, d'autres jouent, d'autres encore bavardent. A 17h15 nous sommes invités à entrer dans les vieilles halles pour un discours et une collation. Le bâtiment est l'oeuvre de l'architecte Victor Baltard, il a servi de prison jusqu'en 1950. Des cellules existent encore au sous-sol et l'ensemble est un monument classé. Nous n'avons droit qu'à deux (courts) discours, le premier par Albert Giraud, président en exercice de l’Amicale des Bretons de la Charente, le second par Joël Lachaud, adjoint au maire. Puis la foule est lâchée sur le buffet, où est offert du pineau, bien entendu. Il est déjà presque 18h00, l'heure de retourner à la salle de Sireuil.

En attendant que tout le monde arrive chacun vaque à ses occupations. Quelques danseurs montent sur scène chanter des airs à danser de kan ha diskan bien rythmés. En notre absence les tables ont été dressées et superbement décorées. A 19h30 une petite cérémonie solennelle se prépare sur la scène. Albert Giraud réunit les présidents de toutes les amicales concernées par les RBSO, déclare officiellement ouvertes les RBSO et passe solennellement le fanion des RBSO à la ville qui les accueillera l'an prochain, Agen. Brug Arvor est cité en tant qu'invité. Ensuite chacun reçoit un coffret de bouteilles de pineau des Charentes et Frédéric, notre président, offre en retour un panier garni berrichon à Albert Giraud. Ensuite tout le monde passe à table. Comme souvent les différents groupes restent entre eux et ne se mélangent pas, c'est dommage. Le service est fait à l'assiette par une armée de serveuses. Le dîner est composé d'une assiette périgourdine, de rôti de boeuf avec haricots verts, de fromage et d'une tarte aux pommes, sans oublier le café. Les membres du cercle de Toulouse, tous jeunes, mettent une bonne ambiance.

A 22h00 le groupe invité à animer la soirée monte sur scène. Il s'agit du Carré Manchot, groupe de musique traditionnelle bretonne originaire de Klegereg (Cléguérec) dans le Morbihan. Ils sont quatre et jouent de la guitare, de la flûte, de l'accordéon diatonique et des uilleann pipes. Tout de suite leur style très moderne transparaît. Soit, les mélodies sont bien bretonnes mais la façon de jouer n'est vraiment pas académique et les rythmes à danser sont parfois difficiles à trouver. Souvent la mélodie commence bien, le temps de lancer les danseurs, mais au cours de la danse la mélodie s'évanouit, se transforme, des notes sont suspendues et il faut être bon danseur pour continuer la danse sur sa lancée. Carré Manchot est tout à fait dans le courant folk actuel qui tend à interpréter les rythmes de base pour aller vers plus de musicalité et d'audace. Leur musique est très belle à écouter, le mariage des instruments est parfait mais ce n'est pas la musique que je préfère pour danser. Toujours est-il que la piste est couverte de danseurs et que l'ambiance est bien là, c'est l'essentiel. La taille du gymnase permet de longues chaînes de danseurs, c'est sympa. Pendant les deux intermèdes deux bagadou viennent jouer. D'abord les Charentais de Ton'air de Breizh puis le bagad Ker Vourdel. Ceux-ci ont vraiment de la classe et jouent très bien. Le Carré Manchot revient sur scène pour une dernière partie. Ils finiront pas une danse que je ne connais pas : le laridé-gavotte, de Pontivy. A minuit et demie le cidre est déjà épuisé au bar ! Dommage pour un fest-noz. Enfin les sonneurs d'Angoulême parcourent la salle pour signifier la fin de la soirée. Il est 1h20, nous plions bagages. Nous apprendrons le lendemain que la soirée s'est terminée vers 2h00.

Le retour à l'hôtel se fait sans souci grâce à TomTom. En arrivant nous prenons une douche ce qui est loin d'être une sinécure dans le bloc-douche sans aération de la chambre, surtout à trois !

Réveil à 8h00 après une nuit correcte. Nous allons de bonne heure au petit-déjeuner pour éviter l'affluence. A 9h30 nous retournons à Sireuil où un car nous attend de nouveau pour nous emmener visiter la chocolaterie artisanale Letuffe. Nous sommes beaucoup moins nombreux car tous ceux de Bordeaux sont rentrés chez eux. Dommage. La chocolaterie est à Trois-Palis, à quelques kilomètres. Nous sommes scindés en deux groupes : le premier est invité à voir une vidéo de présentation de la fabrique pendant que l'autre visite les ateliers. Ensuite nous alternons. Deux dames nous expliquent en détail la fabrication des friandises à base de chocolat. La fabrication est totalement artisanale, voire familiale et tout est fait à la main, sauf l'enrobage de chocolat chaud. Les ustensiles sont anciens, voire carrément bricolés (comme le fil de fer qui sert à retourner les chocolat dans l'amidon). Nous dégustons des échantillons de chocolat, praliné et pâte de fruit, excellents. La sortie se fait bien sûr par la boutique qui a beaucoup de succès. Avant de repartir je vais jeter un oeil à la jolie petite église au toit en pomme de pin typiquement saintongeais. En attendant le départ du car un sonneur sort sa grande cornemuse et joue pour le plaisir, sur le parking, comme il l'avait fait hier après le défilé, toujours en attendant le car.

De retour à Sireuil un apéritif nous attend. Puis le buffet est dressé et chacun fait la queue pour être servi. L'ambiance est conviviale puisque nous nous connaissons mieux qu'hier et les discussions vont bon train. Pendant que nous visitions la chocolaterie a eu lieu une réunion de travail des bureaux des différentes associations. A 14h00 le groupe En Wrac'h, d'Angoulême, s'installe et commence à jouer. Les danseurs sont clairsemés mais qu'importe. Malheureusement le temps avance et il est bientôt l'heure de repartir. Après avoir beaucoup remercié nos hôtes et échangé quelques adresses email pour l'envoi de photos, nous levons l'ancre à 15h00.

Nous mettons trois heures et quart pour rentrer, comme à l'aller. Une fois revenus à la maison la fatigue s'abat d'un coup sur nous. Nous avons encore passé un week-end extrêmement riche de musiques, danses, rencontres, sensations et évènements en tous genres. Le genre de week-end qui fait supporter les moments plus difficiles de la vie. Vivement le prochain !



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