Le cadeau a été imaginé par Solène : une soirée et une nuit dans un lieu où Christine rêvait de dormir. Le Mont Saint-Michel s'est imposé immédiatement. Mais pour ajouter un peu de piquant Christine ignorait l'endroit et avait pour seul indice une petite bande dessinée créée par Solène où apparaissait l'écusson de l'auberge que j'avais choisie et réservée... début juillet. Pour garder le secret le mieux possible seuls ses parents, son frère et Benjamin étaient au courant, à part nous. Et nous avons résisté en ne lui donnant que quelques indices vagues, comme la distance ou la météo la veille du départ, pour orienter les bagages.

Samedi nous partons à 7h20 sous la pluie, guidés par TomTom. Pour une fois Christine est au volant car j'ai déposé mon permis de conduire au commissariat pour une semaine. Comme c'est une semaine de vacances ce ne sera pas gênant. Je me suis trompé en programmant TomTom et nous passons par Angers au lieu du Mans. Du coup Christine reste dans l'expectative plus longtemps et ce n'est qu'à cent cinquante kilomètres de l'arrivée, aux alentours de Laval, qu'elle pousse un cri de triomphe et de joie. Elle m'avoue avoir découvert notre destination mercredi en réfléchissant et en fouillant sur Internet à la recherche de son seul indice, l'écusson, et en être certaine à partir du moment où nous allons vers la Normandie et pas la Bretagne. Je comprends que Solène a eu du flair et que Christine semble heureuse de son cadeau. Elle me demande d'appeler Solène pour que celle-ci lise un papier dissimulé sur son bureau où elle avait marqué "Mont Saint-Michel" à l'avance.

Après quatre heures et demie de route d'une traite, et beaucoup de pluie, nous arrivons à notre première étape : l'auberge de la Sélune, à Ducey, à quelques kilomètres du Mont Saint-Michel. Il n'est pas encore midi mais nous sommes installés dans une petite salle car la salle principale est réservée pour un groupe. La décoration est vieillotte et l'air sent le renfermé mais l'accueil et le service sont impeccables, voire stylés. Les plats sont très traditionnels, excellents et copieux, et le service est rapide. Un peu plus d'une heure plus tard nous repartons. La pluie a cessé, c'est de bon augure.

A 13h30 nous apercevons enfin le Mont Saint-Michel au loin. Les premières photos sont faites sous un ciel lourd mais sec. Le parking est bien rempli mais beaucoup moins qu'en haute saison. La chance nous sourit et nous trouvons à garer la voiture sur la place la plus proche de l'entrée, sur le parking numéro un, conseillé pour ceux qui couchent sur place. Nous prenons les bagages et cherchons l'auberge Saint-Pierre. Elle au début de la rue principale. La réception est au premier étage. Nous sommes accueillis par une charmante jeune femme qui nous conduit à notre chambre. A notre grande surprise elle nous guide le long de la Grande Rue, au milieu des touristes, puis le long du cimetière, au bout de plusieurs escaliers. Elle s'arrête devant la porte basse d'une maison en pierre. L'entrée dessert deux chambres et la nôtre, numéro 416, a un balcon avec vue sur le village mais surtout sur la baie ! C'est génial ! La chambre elle-même est petite, plus petite même que la terrasse, mais l'équipement est complet : baignoire, sèche-cheveux, télévision et coffre-fort. Les fenêtres à petits carreaux ont des volets intérieurs en bois, comme au Moyen-Âge. La terrasse comporte une table et deux chaises et surplombe une venelle où se promènent des touristes. A peine les bagages défaits nous partons nous promener dans le village, en commençant par le cimetière tout proche. Christine remarque plusieurs anciennes tombes au nom de Poulard : cette famille serait donc bien originaire d'ici. A part dans la rue principale, les promeneurs sont peu nombreux. Arrivés devant l'abbaye nous décidons de faire de nouveau la visite, mais librement cette fois, sans guide. Les groupes de touristes gâchent un peu les photos mais avec un peu de patience j'arrive à prendre des photos sans personne. Nous restons un long moment dans le cloître, qui est vraiment un chef-d'oeuvre d'art gothique. Le soleil pointe ses rayons et le spectacle est encore plus beau. Lassés d'être entourés de touristes bruyants qui visitent au pas de course, nous décidons de finir la visite de l'abbaye et de rebrousser chemin avant la sortie pour être à contre-courant. Mais n'ayant pas vu l'heure nous nous heurtons à une jeune femme chargée d'évacuer les derniers visiteurs pour fermer les portes des salles l'une après l'autre. Du coup Christine a l'immense plaisir de se retrouver seule dans le cloître pour une dernière photo. Nous profitons également du réfectoire et de la salle des chevaliers sans personne d'autre que nous. Arrivés dans la boutique à la fin du circuit de visite nous sommes évacués vers deux sorties différentes et nous nous retrouvons en bas du grand escalier, après presque deux heures et demie de visite. Pendant que nous étions à l'intérieur le ciel s'est complètement dégagé, il est d'un bleu limpide et la lumière descendante sur le mont est superbe. Nous sortons du village pour prendre de nouvelles photos de l'abbaye vue du parking. Puis nous contournons le mont par la gauche, le long de la grève découverte, jusqu'à la chapelle Saint-Aubert, perchée sur un gros rocher à l'extérieur du village, au nord ouest. Les promeneurs sont peu nombreux et ce sont surtout d'autres photographes. La lumière est splendide.

Quand le soleil se couche nous rentrons à la chambre. La vue depuis la terrasse est quand même grandiose et Christine est vraiment heureuse. Nous nous habillons smart pour le dîner. Même si le lieu ne s'y prête pas cela nous fait plaisir. En arrivant à l'auberge nous entrons dans la plus jolie salle de restaurant (l'autre étant plutôt une brasserie) mais un serveur nous dit que la salle entière est réservée. Heureusement un homme arrive (le patron ?) et dit qu'il reste une table libre pour quatre et que nous pouvons la prendre. Ouf ! En entrée nous choisissons une omelette du Mont Saint-Michel... qui s'avère être une omelette de la mère Poulard clonée, excellente. Quand on connait la mauvaise réputation du restaurant de la Mère Poulard, je ne suis pas mécontent de goûter l'omelette ailleurs. Ensuite Christine prend une entrecôte au poivre et un soufflé au citron meringué, et moi un carré d'agneau au thym et des profiteroles au chocolat, le tout accompagné de cidre du Mont Saint-Michel, vendu à prix d'or. Au second plat nous voyons une horde de jeunes Anglaises et Anglais débarquer : c'est pour eux que la salle était réservée. Malgré l'affluence de convives, le service reste rapide. Tous les jeunes choisissent du vin, rouge ou blanc, et du coup le niveau sonore s'élève très rapidement.

Après le repas nous passons nous changer à la chambre et nous repartons pour une balade de nuit dans le village. J'en profite pour faire quelques photos avec le trépied. Nous profitons vraiment à cet instant de l'aspect exceptionnel du séjour : plus l'heure avance plus les promeneurs se raréfient et rapidement nous sommes seuls dans les venelles et même dans la rue principale, vers 23h00. C'est magique ! De retour à la chambre nous profitons de la vue nocturne depuis la terrasse, avant de prendre un repos bien mérité. Car une promenade de plusieurs heures au Mont Saint-Michel signifie monter et descendre de nombreuses centaines de marches.

Nous sommes réveillés à 8h00 par une volée de cloches. Sauf que nous sommes passés à l'heure d'hiver et, du coup, il n'est que 7h00. Une fois complètement réveillés et habillés nous sortons nous balader dans le village pour profiter du calme de cette heure matinale, il est 7h40. Comme hier soir nous savourons d'être seuls dehors et de profiter du Mont Saint-Michel comme s'il nous appartenait. Le soleil n'est pas encore levé et la lumière est encore blafarde. Nous allons depuis les marches conduisant à l'abbaye jusqu'au parking en passant par la gendarmerie. Et tout à coup le soleil émerge et éclabousse l'abbaye, c'est magnifique. Avant de continuer notre promenade en empruntant les remparts nous demandons à un couple de Japonais de Yokohama de nous prendre en photo ensemble devant le mont. Nous faisons la même chose pour eux en échange. Sur les remparts nous croisons quelques promeneurs photographes et, du haut, nous voyons une longue file de voitures et de cars converger vers le parking. Il est à peine 9h00 mais les visites commencent à 9h30 et le flot de touristes grossit à vue d'oeil. Histoire de faire une pause et de nous reposer un peu nous allons prendre le petit déjeuner, au premier étage de l'auberge. Il est copieux et varié mais nous n'avons pas de chance : nous arrivons à l'auberge en même temps que le groupe d'Anglais d'hier soir. Ils s'abattent sur le buffet comme une volée de moineaux et la serveuse a fort affaire pour recharger les plats. Ayant décidé de zapper le déjeuner nous profitons pleinement du buffet du petit déjeuner pendant quarante minutes. Puis nous retournons à la chambre pour faire les bagages. Avant de quitter la chambre nous profitons du soleil sur la terrasse. Christine écrit des cartes postales et je brave mon vertige pour la photographier sur la terrasse depuis le haut d'un mur. Après avoir rendu la clef de la chambre et déposé les bagages dans la voiture nous retournons à la chapelle Saint-Aubert. La marée étant au minimum nous pouvons aborder le rocher sans trop nous mouiller et monter à la chapelle, qui est fermée. Puis, suivant une poignée d'autres promeneurs, nous faisons le tour du mont au pied des remparts. Ni Christine ni moi ne l'avions jamais fait. La vue sur l'abbaye est complètement différente et inhabituelle. Ce côté de l'île est beaucoup plus sauvage, les remparts sont à l'aplomb du rocher et il n'y a bien sûr aucune habitation. Le séjour se finit de façon parfaite.

Il est midi et demie, l'heure de repartir. Après quelques photos de loin et sous le soleil nous faisons une courte halte près du nouveau barrage dont la fonction est de désensabler la baie en renforçant le Couesnon. De grands panneaux expliquent les travaux à venir pour la construction du pont passerelle d'accès qui remplacera la digue actuelle.

Christine décide de passer par le cimetière de Passais-la-Conception pour déposer une bougie sur la tombe de ses grands-parents. Elle a acheté cette bougie dans l'église Saint-Pierre sur le mont : sa conception la protège des intempéries et lui permet de brûler plusieurs semaines en plein air. Cela nous rallonge de quelques dizaines de kilomètres seulement. Après la visite au cimetière nous allons photographier la fresque de la chapelle Notre-Dame de l'Oratoire, celle-là même où nous nous sommes mariés.

Nous mettons finalement le cap sur Bourges où nous arrivons à 18h00, sous un ciel nettement plus chargé qu'en Normandie. Nous passons souvent des week-ends riches et agréables mais celui-ci comptera particulièrement. Aucune fausse note n'est venu le troubler et nous avons vécu des moments rares, presque magiques.



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