Comme chacun sait (je plaisante...) Steve Hackett fut le guitariste de génie de Genesis de 1971 à 1977 et cosigna quelques uns des plus beau titres du groupe pendant leur première période, comme Firth of Fifth, qui me donne toujours des frissons chaque fois que je l'entends, même après trente ans. Parti pour divergences musicales, Steve Hackett a commença une carrière solo très prolifique avec une trentaine d'albums en studio plus des albums live et des collaborations avec d'autres artistes de son calibre. Reconnu comme un des guitaristes les plus doués et les plus éclectiques, Steve Hackett sait jouer tous les styles de musique avec ses guitares. Son troisième album, Spectral Mornings en 1979 (celui que je connais le mieux et que j'aime beaucoup), fut un énorme succès mondial. Ayant perdu de vue sa carrière depuis pas mal d'années, j'avais à la fois envie de découvrir ce qu'il joue maintenant et d'écouter ses musiques du temps de Genesis, peut-être revisitées. Et je n'ai vraiment pas été déçu !

Samedi nous partons à quatre, Christine, Solène, une de ses amies et moi. En effet les filles profitent de notre escapade à Paris pour aller voir l'opéra rock consacré à Mozart au Palais des Sports. Comme il faut les déposer porte de Versailles nous prenons exceptionnellement l'A71, à partir de Salbris. Nous arrivons près du Palais des Sports vers 13h30 et nous les laissons avec force consignes, plans et sandwichs. Comme leur spectacle commence à 15h30 elles ont le temps de reconnaître les lieux et de manger tranquillement. Ensuite, toujours grâce à TomTom, nous gagnons le parking souterrain de la porte d'Orléans. Ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, moins cher que les autres, il a en outre un accès direct au métro. Nous avons presque cinq heures à occuper et nous décidons d'aller au Louvre, manger dans le jardin des Tuileries et flâner dans les boutiques du quartier. Une averse nous chasse du jardin et nous finissons notre sandwich sous les arcades de Rivoli. En sous-sol du Louvre, dans les galeries commerçantes, nous sommes surpris de voir un nombre impressionnant de vigiles et une file d'attente tout le long du grand couloir. Et pour cause : ce matin a ouvert le premier Apple Store de France, situé sous la place du Carrousel, près de la pyramide inversée. La foule de fans est impressionnante et les vigiles ont fort à faire pour la canaliser. Tout ça pour se voir offrir une petite pyramide en carton avec un T-shirt à l'intérieur. Devant l'affluence j'abandonne l'idée éventuelle de visiter l'Apple Store. Nous poursuivons notre balade jusqu'au Forum des Halles où nous n'étions pas venus depuis très longtemps. La foule, toujours compacte, nous fait fuir rapidement.

Nous reprenons le métro pour République, la station près de l'Alhambra. Comme il est encore tôt nous faisons une halte au chaud dans un McDonald's pour boire un (bon) café et utiliser les toilettes. Puis nous marchons tranquillement vers l'Alhambra. Mais, surprise, il est seulement 17h45 et une centaine de personnes fait déjà la queue. Du coup nous restons sur place car rapidement la queue s'allonge. Attendre si longtemps au froid n'était pas prévu et, sans bouger, nous gelons tranquillement sur place. Au bout d'un moment nous voyons un petit groupe nous dépasser : c'est tout simplement Steve Hackett qui arrive avec ses musiciens ! Il est applaudi. Puis l'un des organisateurs vient gentiment nous confirmer que les portes s'ouvriront à 19h00. A ce moment j'estime la queue à environ quatre cents personnes, soit les deux tiers de la capacité. A l'entrée la fouille est sommaire mais Christine est obligée de laisser son sac à dos en consigne... avec mon appareil photo dedans ! Ce contretemps nous fait entrer tardivement et sur la mezzanine les meilleures places sont déjà prises. Christine choisit la place où elle a la meilleure vue sur la scène. La salle est petite, elle ne contient que six cents personnes, dont deux cents au balcon. Elle ressemble beaucoup à notre 22 d'Auron, la mezzanine en plus. J'ai laissé la place à côté de moi vacante car la vue est bouchée par un écran placé sur la console. Peu avant le début, un homme s'y assoit quand même et, par chance, un technicien rabat l'écran juste à ce moment. Nous sympathisons rapidement et discutons musique, d'autant que nous semblons avoir les mêmes goûts. Peu avant 20h00 un organisateur vient dire quelques mots sympathiques et, fait rarissime, annonce que Steve Hackett autorise toutes les photos, sans flash ! Je suis effondré puisque mon appareil est resté à la consigne. Christine me rassure en me disant que je n'aurais qu'à aller le chercher à l'entracte. Ouf !

A 20h00 précises le noir se fait et les musiciens entrent sur scène dans la pénombre. J'aperçois une silhouette en jupe qui pourrait appartenir à une musicienne. Perdu ! Quand la lumière revient je découvre qu'il s'agit du bassiste, Nick Beggs : outre la jupe plissée en cuir noir, ce grand gaillard tatoué porte des mi-bas et des croquenots noirs, un débardeur en cuir noir, des lunettes fumées et un casque audio, sans oublier deux nattes blondes ! Un look d'enfer ! Outre Steve Hackett et le bassiste, à gauche se trouve le claviériste, à droite un joueur de cuivres et au fond un batteur. Le premier morceau, Mechanical Bride, m'inquiète : il se termine en free jazz à la guitare et au saxo, genre musical que j'exècre. J'ai très peur que Steve Hackett ait évolué radicalement vers le jazz. Mais dès le second morceau je suis rassuré, le saxo soprano redevient caressant et mélodieux, tout va bien. Et c'est parti pour deux heures de pur bonheur. Déjà le son est excellent, j'ai rarement entendu une telle qualité sonore, quelle que soit la salle. Chaque instrument s'entend parfaitement, chaque note se détache clairement et le volume n'est pas trop élevé, un régal. Avec Everyday, de l'album Spectral Mornings, la salle est conquise. J'étais resté au Steve Hackett juste après Genesis, spécialiste de la pop instrumentale et je découvre l'étendue de ses talents de musicien et la richesse de ses compositions. Steve s'adresse volontiers au public, mélangeant français et anglais. Il annonce quelques titres, comme Ghost in the Glass, magnifique également. Le bassiste est excellent, il se sert parfois de sa basse comme d'une guitare. Et sur certains morceaux il utilise un étrange instrument, une sorte de manche large comportant de nombreuses cordes, dont le son est hyper grave et dont il tire aussi bien accompagnement que mélodie. J'apprendrai plus tard qu'il s'agit d'un Chapman stick, du nom de son inventeur. L'instrument rassemble les six cordes d'une guitare et les quatre cordes d'une basse, et se joue en tapping, c'est à dire en frappant les cordes. Quand le groupe passe aux titres de Genesis, écrits par Steve Hackett, c'est le délire, je me trémousse comme un ado, vraiment heureux. Nous avons droit à Firth of Fifth, joué en entier, avec un solo énorme de Steve, Blood on the Rooftops et Los Endos. Tous ont été réorchestrés et le son est plus lourd, un poil plus rock. C'est sans doute dû aux trois guitares. Car sur certains morceaux Amanda Lehmann, jolie guitariste blonde en minijupe noire, vient se joindre aux autres musiciens. Pour reposer l'auditoire, Steve Hackett joue deux morceaux d'inspiration classique seul à la guitare sèche, très beaux. Il nous fera aussi un vrai blues du bayou. Parfois ils sont quatre à chanter ensemble et pour l'intro d'un morceau Steve prend un archet pour frotter sa guitare. A l'entracte je me précipite chercher mon appareil photo. D'où je suis placé elles ne seront pas extraordinaires mais ça fera toujours un souvenir. J'en profite aussi pour acheter son dernier CD, d'autant que le comptoir de merchandising est indigent : quelques T-shirts moches en taille S et M seulement, et le CD. Rien d'autre, pas même un programme. Un mot quand même sur les superbes éclairages, dignes d'un grand concert sur une grande scène, ponctuant les temps forts des morceaux et habillant les solistes.

Après plus de deux heures de concert et un seul rappel (Clocks, ponctué d'un solo magistral de Gary O’Toole, le batteur), la salle se rallume et le rêve prend fin. Pratiquement tous les spectateurs s'en vont et seule une poignée d'accrocs reste dans le hall. Chacun a de quoi faire signer Steve, en espérant qu'il nous rejoigne. Beaucoup ont apporté les pochettes des premiers albums en vinyle, dont Voyage of the Acolyte. C'est une bonne idée, dommage que je n'y ai pas pensé. Quelqu'un a même apporté une guitare déjà recouverte de nombreuses signatures. Au bout d'un moment notre attente est récompensée : Steve et Nick Beggs, arrivent dans le hall. Les gens sont respectueux et ne se bousculent pas. Steve Hackett signe de bonne grâce tous les autographes, allant même jusqu'à changer de stylo en fonction du support. Il se prête à toutes les photos et répond à tous ceux qui le complimentent. Pourtant on le sent fatigué, mais qu'importe. Nick Beggs fait de même, avec son accent britannique typique et un grand sourire. De mémoire de spectateur je n'ai jamais vu un artiste de cette pointure se prêter avec autant de disponibilité aux desiderata des fans. Chapeau.

A minuit et demie nous quittons enfin l'Alhambra, après avoir donné mon adresse email au gars avec qui j'ai sympathisé, pour lui envoyer des photos. Dans la rue je suis rattrapé par un autre photographe qui propose qu'on échange nos photos. Nous reprenons le métro en direction de la Porte d'Orléans. Au téléphone les filles nous disent être en train de manger une pizza, au chaud. Nous leur disons de descendre sur le quai du métro à Saint-Michel, où nous les retrouvons, sans descendre de la rame. Nous reprenons la voiture et chacun raconte aux autres sa soirée. Nous rentrons par l'A77, moins chère, et par Gien. A 3h00 nous sommes au lit, la tête pleine de belle musique.

La set list devait être :

  1. Mechanical Bride
  2. Fire on the Moon
  3. Every Day
  4. Emerald and Ash
  5. Ghost in the Glass
  6. Ace of Wands
  7. Pollution B (?)
  8. The Steppes
  9. Slogans
  10. Serpentine Song
  11. Tubehead
  12. Spectral Mornings
  13. Firth of Fifth
  14. Walking away from Rainbows
  15. (acoustic set)
  16. Blood on the Rooftops
  17. Fly on a WindShield
  18. Sleepers (?)
  19. Still Waters
  20. Los Endos
  21. Clocks



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