Ce concert est le cadeau d'une amie de Christine (et fidèle lectrice de ce blog) pour nos cinquante ans. Originaire de Trinidad cet orchestre est considéré comme le meilleur ambassadeur de la musique si particulière jouée sur les steelpans. Invité par la Folle Journée de Nantes, les musiciens entament une tournée en France et donnent deux concerts à Bourges.

Je suis à la porte de l'auditorium à 19h30 et je suis le premier. Les spectateurs n'arrivent que quelques minutes avant l'ouverture des portes. Je ne connais personne car le public de la Maison de la Culture n'est pas un public que je fréquente généralement ni que j'apprécie plus que ça. La salle se remplit petit à petit jusqu'à être complète. Sur la scène sont disposés les steelpans, ces fameux bidons accordés. Ils sont de plusieurs hauteurs, depuis la simple couronne métallique brillante jusqu'aux fûts entiers bruts, juste peints. Dans le fond se trouvent une batterie et des instruments de percussion.

A l'heure prévue le noir se fait dans la salle et les musiciens entrent dans un silence attentif. Habillés en tenue de soirée, ils prennent place derrière leurs instruments et le chef d'orchestre s'installe. Immobile et silencieux un long moment il donne enfin le signal et la musique naît. Et là je prends une grosse claque ! Je m'attendais à une musique connue, entendue à l'occasion de fêtes de la musique, un peu dans le style des battucadas, brouillonne et chaleureuse. Mais là j'entends une musique riche, construite, voire complexe, jouée par des musiciens calmes et concentrés, les yeux rivés sur le chef d'orchestre. Chaque groupe de bidons produit un son différent, grave pour l'accompagnement, jusqu'à cristallin pour la mélodie principale. Chaque bidon peut jouer parait-il vingt-huit notes. C'est magnifique. Le plus étonnant est qu'on n'entend pas seulement des notes mais parfois comme une modulation de synthétiseur ou d'orgue : la technique des trois solistes, placés devant la scène, leur permet de tenir des sons et donc de jouer parfaitement des oeuvres classiques. Jésus que ma joie demeure joué ainsi est magnifique et que dire de l'"Ave maria" de Schubert, extraordinaire. La première partie, consacrée à la musique classique et religieuse de Bach et Schubert, se termine par une pièce de Bach normalement jouée à l'orgue mais qui garde ici toute sa richesse.

Après l'entracte les musiciens reviennent en tenue nettement plus décontractée (T-shirts en couleurs) et le sourire aux lèvres. Le chef d'orchestre s'est effacé et s'est mis derrière la batterie, à côté des percussionnistes. L'ambiance change du tout au tout, les musiciens jouent calypsos et reggaes, en bougeant sur la musique, et on sent très nettement qu'ils sont de nouveau dans leur élément. La parenthèse classique, toute extraordinaire qu'elle ait été, a dû leur demander un effort inhabituel. Dans cette seconde partie je retrouve les sons que je connais. La façon de jouer est complètement différente, les bidons sont plus frappés qu'effleurés, les notes se détachent beaucoup plus. L'ambiance est évidemment différente et l'un des musiciens parvient à faire lever la salle entière et bouger quelques spectateurs, ce qui n'est pas une mince affaire parmi les habitués de la Maison de la Culture. La salle reprend même en coeur No woman, no cry et applaudit à tout rompre après chaque morceau. En guise de rappel les musiciens jouent le final de la "Vie parisienne", comme un clin d'oeil.

A peine les spectateurs sortis, les musiciens apparaissent, changés et emmitouflés comme s'ils étaient au pôle nord. Ils signent volontiers des autographes et s'enfoncent dans la nuit vers le centre-ville. Cette soirée a été une vraie surprise, très agréable, et un beau cadeau. Merci fidèle lectrice . A la réflexion j'ai nettement préféré la première partie qui fut une véritable découverte musicale.