Un ami négociant en livres anciens a passé une soirée à la maison alors qu'il venait d'acheter ce trésor de bibliophile, et il nous l'a montré. Nous avons même pu le feuilleter, en utilisant bien sûr des gants en coton blanc. Le précieux livre fait quinze par dix centimètres et possède environ 700 pages en vélin. L'écriture est très petite mais très régulière. Les enluminures sont peu nombreuses mais d'une précision extrême et leurs couleurs n'ont pas bougé. Grâce à une loupe nous pouvons admirer les détails : les yeux des personnages ont la taille d'une tête d'épingle, c'est incroyable. Le vélin est souple, extrêmement fin et très doux. La quantité de veaux morts nés (donc impropres à la consommation et à l'élevage) nécessaire à la réalisation d'un tel ouvrage explique en partie que seuls les très riches personnes pouvaient s'offrir de tels ouvrages. Sans parler du temps nécessaire aux moines copistes pour l'écrire. Mon ami estime ce temps à plus de trois ans. L'état du livre est incroyable après si longtemps, même si sa reliure ne date "que" du XVème siècle. Seuls les fermoirs métalliques ont disparu.

Si j'avais beaucoup d'argent (un tel joyau se négocie en centaines de milliers de dollars) je préfèrerais sans hésiter un livre comme celui-ci à un tableau. Un tableau n'a pas de vie propre alors qu'une telle bible a été utilisée et protégée par de nombreuses personnes au cours des siècles. On peut imaginer la vie des gens qui l'ont ouverte et lue. J'aime cette idée.