Le voyage d'aller va être un peu difficile car l'avion décolle tôt le matin. Du coup nous partons de Bourges à 0h50, après que j'ai avalé une Red Bull, censée me tenir plus facilement éveillé. La route est facile, il n'y a personne et nous prenons même le périphérique. Nous arrivons à 3h30. Cette fois nous nous souvenons que la première station service est fermée à cette heure et nous allons directement à la seconde, au terminal 1. A cette heure très matinale le terminal 2, où nous rendons la voiture, est désert et fantomatique. Seules quelques rares personnes errent lentement dans les couloirs ou dorment sur les bancs. Nous prenons le CDGVAL, la navette automatique, pour le terminal 3, celui des charters. Là la foule est beaucoup plus nombreuse et il règne quasiment la même activité qu'en pleine journée. Nous échangeons rapidement nos billets contre les cartes d'accès à bord et nous faisons la queue pour le passage aux portiques de sécurité. Malgré les trois portiques en fonction l'attente est très longue. Quand c'est notre tour nous comprenons pourquoi : les règles de sécurité se sont encore durcies depuis l'an dernier et chaque passager est obligé de tout déposer sur le tapis roulant du scanner : montre, bijoux, ceinture, téléphone, etc. Quand je passe sous le portique je déclenche la sonnerie, sans doute à cause de mon bracelet en argent. Un contrôleur me demande de l'enlever, ce que je refuse. Je ne l'ai jamais enlevé depuis 1972, je ne vais pas commencer maintenant. Du coup j'ai droit à une détection avec une spire et à une palpation approfondie, jambes écartées, devant et derrière, comme un délinquant. Ensuite l'embarquement est retardé à cause d'un vol pour Ajaccio pour lequel certains passagers se présentent avec un sérieux retard. Autre nouveauté : nous montons dans l'avion par groupes de quinze, chaque groupe ne descendant de la navette que lorsque le précédent est entré dans l'avion. Toutes ces contraintes ne rendent vraiment plus plaisants les voyages en avion. Je sais bien que c'est l'évolution inéluctable de la société, mais à chaque nouveau voyage en avion je me prends à regretter l'époque de mon enfance où il y avait de la considération pour tous les passagers, où les pirates de l'air n'existaient pas et où le tourisme de masse n'avait pas rabaissé les voyages en avion à une simple opération commerciale rentable à tout prix, au mépris du voyageur. Bref. Nouvelle déconvenue dans l'avion : Christine et moi ne sommes pas assis à côté l'un de l'autre mais de chaque côté de l'allée. Nous nous sommes pourtant enregistrés ensemble, comme un couple. Je suis assis à côté d'une grand-mère et de sa petite fille, qui semble voyager pour la première fois. La dame explique tout à la gamine, c'est touchant. Fatigué par la nuit blanche je somnole rapidement mais je suis réveillé plusieurs fois par les différentes annonces. D'abord pour l'ersatz de petit déjeuner (croissant sec, jus d'orange et café), puis pour les consignes de sécurité et enfin pour les différents paysages visibles par le hublot.

A la descente sur Héraklion le commandant de bord annonce un grand soleil et 30°C. Enfin ! Un steward nous offre un petit bonbon pour compenser le changement de pression. Nous atterissons à 10h40, heure locale, tout en douceur. Il y a une heure de décalage horaire, il est donc seulement 9h40 en France. Encore une nouveauté : alors que l'appareil est garé, une hôtesse nous rappelle fermement à l'ordre pour ne pas déboucler notre ceinture tant que le signal lumineux correspondant est allumé. C'est bien la première fois. A l'extérieur, la température est d'autant plus agréable qu'un fort vent atténue la sensation de chaleur. Les valises sont distribuées au compte-gouttes et, pas de chance, la nôtre arrive la dernière, après quarante-cinq minutes d'attente. L'hôtesse d'accueil d'Héliades, Naomi, nous indique notre bus et nous annonce environ deux heures de route jusqu'à notre hôtel, l'Hydramis Palace, près de Georgioupoli. Pendant ce temps le bus fera plusieurs arrêts pour égrener les touristes dans différents hôtels. Nous arrivons à l'hôtel à 13h55, un poil abrutis. Nous sommes les seuls à descendre dans cet hôtel. La réceptionniste, avenante et souriante, nous fixe un bracelet en plastique au bras et nous expédie dare-dare au restaurant, qui ferme à 14h00. C'est aimable de sa part car ce n'était sans doute pas prévu au contrat. Du coup nous avons quelques minutes pour remplir nos assiettes et enfin nous sustenter après une très longue nuit le ventre vide (à part quelques Pitchs au chocolat tous mous). Je commence par un menu plutôt franchouillard : tomates fraîches, poulet, frites, nouilles, mousse au chocolat et jelly. Le bracelet en plastique (rouge) est identique à ceux donnés dans les concerts et symbolise l'option all inclusive de l'hôtel : normalement tous les repas et toutes les boissons sont incluses dans le prix du séjour et peuvent donc être pris à volonté ! Après le repas, rapide mais revigorant, nous retournons à l'accueil terminer les formalités. Un bagagiste se charge de nos bagages et nous emmène à notre chambre. Elle est située au premier étage, au milieu de l'hôtel et en face du restaurant. Elle est classique, fonctionnelle et sans grande originalité, mais dispose d'un grand balcon très bien orienté. Nous faisons un tour de découverte de l'hôtel ce qui nous prend peu de temps car l'hôtel est petit : un seul restaurant, une seule piscine et un seul bar. La plage privative est très chouette, au pied d'un escalier, en contrebas de la piscine. Nous retournons à la chambre et nous nous écroulons sur nos lits pour une grosse sieste. Au réveil, petit désappointement : la climatisation a fui et une grosse flaque d'eau inonde la chambre. Nous allons immédiatement prévenir la réception, tout en attendant l'hôtesse d'Héliades avec qui nous avons rendez-vous à 18h30. Elle arrive à l'heure, souriante et aimable. Mais son sourire se crispe un peu lorsqu'elle apprend que nous avons déjà loué une voiture et que nous ne comptons pas visiter les gorges de Samaria, trop touristiques. En effet, les agences de voyage comptent beaucoup sur les excursions clefs en mains vendues aux touristes pour faire de substantiels bénéfices. Du coup des touristes autonomes comme nous ne sont pas rentables. Elle s'aperçoit rapidement que nous n'avons pas besoin d'elle et s'éclipse pour aller visiter d'autres hôtels.

Les mariés grecsNous repassons à la chambre mettre nos maillots de bain. La réparation de la climatisation n'est pas encore faite. Nous allons découvrir la plage. Il est déjà tard (surtout vis-à-vis des horaires du dîner : 18h30 à 21h00) et nous pouvons disposer de transats. La plage est bordée d'une frange de gros galets mais le fond de la mer n'est que du sable foncé et fin. L'eau est d'une température incroyable : moi qui suis frileux j'y rentre sans hésiter une demi-seconde. Pas sûr que nous ayons eu de l'eau de mer aussi chaude depuis le Mexique. C'est génial.

En quittant la plage nous découvrons les préparatifs d'un buffet et d'une soirée qui s'annoncent grandioses. Une affiche prévient les résidents que ce sont les préparatifs d'un baptême et que le tour de la piscine sera inaccessible ce soir. Nous prenons notre premier vrai dîner à 19h30. Les tables à l'extérieur sont toutes prises, parfois par des fumeurs. Nous restons donc à l'intérieur. Le buffet ressemble un peu à celui de midi. Après le dîner nous allons nous asseoir autour de la piscine, dans la partie encore accessible, pour siroter un cocktail, gratuit donc. Beaucoup de gens ont plusieurs verres vides à côté d'eux : le système all inclusive a l'air de bien fonctionner. Le buffet du baptême est dressé, somptueux, les musiciens sont en place sur une estrade (installée au-dessus de la piscine) et les tables sont apprêtées. A un moment nous voyons arriver un couple de mariés, suivis d'un photographe. Ils s'installent sur la petite île au milieu de la piscine, sous le palmier. Un serveur leur apporte des flûtes de champagne et le photographe les mitraille. J'en profite pour aller faire quelques photos, au milieu d'autres touristes munis de petits appareils numériques. Ne comprenant plus bien s'il s'agit d'un baptême ou d'un mariage, je demande en anglais des explications à un homme que je prends pour un responsable. Il s'avèrera plus tard que c'est le directeur de l'hôtel en personne. Il me confirme que c'est bien un baptême mais que les mariés profitent du cadre pour faire quelques jolies photos, c'est tout. Vers 22h00 les invités arrivent par grappes, prenant un cocktail au passage, avant de rejoindre leur table. Nous sommes étonnés d'un tel faste pour un simple baptême. Je me demande du coup si dans la religion orthodoxe le baptême n'aurait pas lieu à l'âge adulte, donnant à cette cérémonie autant d'importance que le mariage, par exemple. Nous regagnons la chambre vers 23h00. En partant nous jetons un coup d'oeil aux listes d'invités, où en face de chaque famille est imprimé le nombre de convives et la table attribuée. Un rapide comptage donne au moins deux-cent trente invités sur trente tables !

Hibiscus jaune