Chacun connait mon aversion pour le froid et la marche à pied, surtout sans d'autre but que d'admirer la nature, et personne ne sera étonné de savoir que pendant quinze ans j'ai préféré prendre aussi une semaine de vacances mais rester seul à la maison, en célibataire, partageant mon temps entre les jeux sur ordinateur, le cinéma ou les parties de tarot avec des amis. Quand au téléphone j'avais une Christine enthousiaste d'avoir fait cinq heures de marche en raquettes dans la neige et le blizzard, je ne risquais pas de regretter quoi que ce soit.

Cette année un concours de circonstances m'a fait changer d'avis. Elle n'a prévu que trois jours au Mont-Dore, Solène ne peut pas venir puisqu'elle est dans une zone de vacances différentes (Caen) et ses parents nous accompagnent. Vu leur âge, je suis sûr que Christine ne se lancera pas dans des randonnées de tarée. C'est donc la meilleure opportunité de vérifier que j'ai eu raison de ne pas venir pendant quinze ans.

Source MadeleineNous sommes hébergés dans le même hôtel où elle vient depuis cinq ans. Il est agréable, très bien situé et le personnel est particulièrement aimable. Seul bémol : notre chambre, située sous le toit, est très fraîche, à tel point que je demande une couverture supplémentaire. Elle a choisi le régime de pension complète. Le menu du midi et du soir est affiché dès le matin. Il est possible de demander un changement avant 11h00. Les propriétaires ont un énorme Terre-Neuve noir et blanc d'une placidité marmoréenne. Il ne remue même pas la queue quand on l'interpelle.

En arrivant au Mont-Dore nous déjeunons dans une pizzeria du centre ville. Les prix sont élevés, mais conforme à ceux pratiqués dans cette ville touristique. Après le déjeuner mes beaux-parents et moi allons visiter les thermes. Construits à l'emplacement d'anciens thermes romains, ils servent toujours à des cures et à des soins esthétiques (spa). Les salles visibles sont magnifiques. Elles ont été en partie reconstruites par Gustave Eiffel. La guide nous fait goûter l'eau de la source César : très ferrugineuse, elle donne l'impression de sucer un morceau d'acier ! La visite dure à peine une demi-heure, ce qui surprend Christine : elle avait fait une visite plus longue et plus complète.

Ensuite nous déposons nos affaires dans les chambres et nous prenons la navette gratuite pour le pied des pistes. A cet endroit il y a quelques dizaines de centimètres de neige, alors qu'en ville il n'y a quasiment rien. Il y a aussi beaucoup de monde. Le froid est vif, il y a du vent et bien que je sois très bien protégé je ne me sens vraiment pas à l'aise. Christine décide de nous faire redescendre par un chemin enneigé. Du coup nous reprenons la navette de retour presque deux kilomètres plus loin. Elle est bondée de gens avec des skis et des snowboards, debout dans l'allée centrale.

Le repas du soir se passe rapidement puisque c'est menu unique. On nous installe à une table qui sera notre table attitrée pendant les trois jours.

Le lendemain matin, après un petit déjeuner copieux, nous faisons une balade en ville, pour voir les anciennes maisons des médecins de la grande époque thermale au début du XXème siècle et pour repérer les meilleurs prix des produits régionaux. L'après-midi nous prenons la voiture pour nous rendre au début du chemin qui mène aux cascades du ruisseau de l'enfer. Il y a du brouillard et du vent. L'accès à la première cascade est impossible pour mes beaux-parents. Quitte à être arrivé jusque là je décide d'aller la voir quand même. Après quelques dizaines de mètres de chemin périlleux j'y arrive enfin. Même entourée de peu de neige elle offre un joli spectacle. En remontant sur le chemin je ne vois plus Christine et ses parents. Je continue donc jusqu'à la seconde cascade en espérant les rejoindre. Comme je ne les vois toujours pas je décide de revenir tranquillement à la voiture. Ils me rejoignent trente minutes plus tard. J'en profite pour faire quelques photos dans un cimetière totalement enneigé que je trouve très beau.

ChamoisMercredi matin je zappe la balade prévue. Ce n'est qu'une balade sans but sur un chemin au-dessus du Mont-Dore. En plus j'ai mal aux mollets. Je me réserve pour la visite du Capucin l'après-midi. A midi le champagne est servi pour l'anniversaire de mon beau-père. Et à table le dessert est un superbe et délicieux gâteau aux myrtilles, confectionné par le chef. L'après-midi donc nous montons au pied du Capucin dans un brouillard à couper au couteau. Le paysage est évidemment bouché et les nappes de brouillard s'enroulent autour des arbres. Nous empruntons le plus court circuit de randonnée en raquettes, à pied. Nous croisons très peu de monde et l'atmosphère est un peu fantomatique. La navette de retour est bondée, bien plus que ne l'autorisent les normes de sécurité. Avant de rentrer à l'hôtel nous visitons le salon de l'art fantastique consacré aux héritiers de Dali. Certaines toiles me plaisent beaucoup. Par curiosité j'en regarde le prix : en moyenne 3500 € ! Puis nous faisons nos emplettes : fromages, miels, jambons, liqueur de gentiane, etc.

Jeudi matin nous ouvrons les volets sur un beau ciel bleu sur lequel se découpent les montagnes environnantes. Que demander de plus pour le dernier jour ? Du coup nous décidons de retourner au pied des pistes profiter du spectacle des cimes enneigées sous le soleil. Christine propose d'aller prendre la navette au terminus de la gare. Ainsi nous sommes les premiers et avons des places assises. Il semble que ce soit une navette supplémentaire car le chauffeur fait le trajet pour la première fois et il trace directement vers les pistes, sans faire les arrêts habituels. C'est quand même plus beau comme ça. Mon beau-père repère un troupeau de chamois paissant sur une pente abrupte surplombant les pistes. Après les avoir observés aux jumelles Christine et moi nous approchons doucement. Je grimpe un peu en m'abritant derrière les rochers pour les photographier au plus près. Je m'approche à une cinquantaine de mètres d'eux. Ils nous surveillent du coin de l'oeil et dès que je m'approche trop ils remontent de quelques mètres pour redescendre brouter quand je m'éloigne.

Après un dernier déjeuner toujours aussi bon nous prenons le chemin du retour. Il n'y a personne sur la route et en deux heures et quart nous sommes rentrés à Bourges.

P.S. : pour être honnête ce sont mes secondes vacances à la neige, après une colonie de vacances en 1968 à Grenoble.

Thermes duMont-Dore