Christine a choisi un hôtel modeste mais placé en front de mer, à côté de la criée de Guilvinec. Pourquoi cette ville ? Parce qu'elle avait une cousine qui était la seule femme mareyeur de Guilvinec lorsqu'elle était gamine.

Jeudi nous quittons Bourges vers 10h00. Le temps est plus que mitigé mais il ne pleut pas et la circulation est fluide. Nous avons rendez-vous vers 15h30 chez Michel, le professeur de danse (et maintenant ami) qui anime depuis quatre ans le stage de danses bretonnes organisé par Brug Arvor à l'automne. Nous évitons les bouchons annoncés à Nantes en sortant au péage d'Ancenis. Nous roulons tellement bien que nous arrivons à Auray, proche de notre terminus, vers 14h30. Histoire de combler le temps qui reste et comme le ciel s'est bien dégagé, laissant éclater le soleil, nous nous garons sur le port de Saint-Goustan, face à Auray. Nous flânons le long des jolies maisons bretonnes, face au port. Nous goûtons une crêpe à la terrasse d'un café, tout à côté du pont qui relie le village à Auray. Puis nous traversons le pont et montons sur le belvédère juste en-dessous du vieux château. La vue sur le vieux village et le port de Saint-Goustan est superbe, surtout sous le soleil. Lorsque l'heure est arrivée, nous faisons les derniers kilomètres qui nous séparent de la maison de Michel, dans un lieu-dit près de Brech. Nous sommes accueillis à bras ouverts par Michel et sa femme, Marie-Claude. Leur maison est superbe, elle fait partie d'une ancienne ferme avec quelques dépendances, le tout aménagé avec beaucoup de goût par les anciens propriétaires. Après nous avoir montré notre chambre, ils nous proposent de nous emmener visiter la petite île de Saint-Cado, à quelques kilomètres. Malgré un vent soutenu, la balade est très agréable car le soleil est toujours présent. Christine et Michel au travailNous nous garons sur le port de Saint-Cado et après avoir longé le port nous traversons le pont pour atteindre l'île. Face au pont se trouve un îlet minuscule sur lequel se dresse une ancienne maison de pêcheur désaffectée, photographiée un nombre incalculable de fois. Depuis l'île on a un joli point de vue sur la ria d'Étel. Nous visitons la chapelle romane du XVIe siècle, le calvaire, plus récent, et la petite fontaine du XVIIIe, située le long de la mer, régulièrement submergée par la marée. Quand la faim commence à nous tenailler, Marie-Claude et Michel nous emmènent dans une crêperie face à la ria d'Étel. La marée est descendante, ce qui se traduit par endroits par de forts courants et des tourbillons. Les crêpes sont évidemment excellentes et nous les arrosons d'un cidre local d'appellation contrôlée, à base d'une ancienne variété de pommes dite Guillevic et récompensé d'un label rouge. Il est déjà tard lorsque nous rentrons chez Michel. Nous discutons un peu avant d'aller prendre un repos bien mérité : l'air marin et l'iode sont fatigants au début !

Le lendemain, après le petit déjeuner, où j'ai failli avoir un excellent lait de vache bretonne pis noir (qui a fini dans la gamelle du chat...), Michel et Christine se mettent au travail : Christine veut vérifier la carte des terroirs de danse qu'elle a créée à partir de photos de la carte originale de Michel, prises au dernier stage de danses, à Bourges. Michel, intarissable, en profite pour nous distiller quantité d'anecdotes et d'informations sur la Bretagne, sa langue, ses danses et ses coutumes. On ne se lasse pas de l'écouter. Mais il faut bien se quitter car nous sommes attendus pour déjeuner à Locronan.

Aujourd'hui le temps est exécrable, mêlant vent et pluie tout au long de la route. Après une bonne heure de trajet nous arrivons à Locronan. Sur les conseils de nos amis Philippe et Anne, nous nous garons à la sortie du village, sur un minuscule parking, près de grosses poubelles : il est gratuit et nous sommes à moins de cent mètres de chez eux. Leur maison est très ancienne (XVIe siècle), et du coup très sombre. Un agrandissement vitré, où est la grande cuisine, permet cependant l'entrée d'un flot de lumière plus agréable. Le premier étage est aménagé de façon surprenante : il n'y a ni mur, ni cloison et tout l'espace est occupé par la chambre, le salon et la salle de bain. Cet agencement me plaît beaucoup même s'il interdit d'avoir de jeunes enfants ou des amis de passage. Pour le repas ils nous ont gâtés : un plateau de crabes et langoustines, auquel je ne touche pas mais qui ravit Christine, et un bar de ligne excellent, pêché par Philippe lui-même. En effet il adore la pêche et part souvent pêcher une journée entière en mer. Après le repas nous allons faire une balade dans et autour de Locronan. Malgré le temps pourri, je suis content de retrouver ce si beau village. Nous faisons une longue visite à la librairie celtique (qui ne se trouve maintenant qu'au second étage) qui regorge de livres en tous genres, souvent inconnus ou difficilement trouvables, sur la culture celtique au sens large. Nous faisons halte dans plusieurs échoppes, dire bonjour aux connaissances de Philippe et Anne. Nous les quittons en fin d'après-midi pour chercher notre hôtel.

Comme il faut faire le plein d'essence, nous choisissons de le faire à Pont-l'Abbé. Ainsi nous en profitons pour faire une rapide visite à la tante et l'oncle de Christine, Marie-Thérèse et Jean-Claude. Ils aimeraient nous garder à dîner mais nous n'acceptons qu'un apéritif car il déjà très tard et notre hôtel nous attend. Bonne surprise, Alain, un cousin de Christine, est là aussi, alors que nous ne l'avons pas vu depuis longtemps.

Chapelle de Saint-CadoDouze kilomètres plus loin, et alors que le temps s'améliore à vue d'oeil, nous garons la voiture devant l'hôtel du Poisson d'avril. La patronne, très aimable, nous attendait malgré l'heure avancée car nous l'avions prévenue. L'entrée de la chambre se fait depuis l'extérieur (parfait si nous rentrons tard). La chambre est modeste mais pourvue d'un petit balcon qui donne sur l'entrée du port, la digue et la grève recouverte de rochers. C'est très joli et Christine est aux anges. Nous ressortons tout de suite profiter du paysage sous le soleil. Christine tente de retrouver l'ancienne maison de sa cousine, mais sans succès. Nous faisons un tour le long de la criée, fermée, et du port. Il est désert, ainsi que la ville. Nous rentrons à la chambre nous changer et nous partons à la recherche d'une crêperie. Après une longue marche nous en trouvons enfin une, la crêperie Ar Vag. Elle est décorée de façon surprenante sur le thème de Pâques : des centaines de poules, oeufs, lapins et guirlandes en tous genres encombrent murs, poutres et plafond ! Nous rentrons encore à une heure avancée et nous ne demandons pas notre reste pour nous mettre au lit et sombrer dans un sommeil réparateur.

Le petit déjeuner est correct, sans plus, mais le prendre face à la mer et aux rochers lui donne une valeur bien supérieure. Après avoir déjeuné nous retournons sur le port. L'activité est au ralenti car la criée est fermée. Cependant quelques bateaux rapportent du poisson et beaucoup de marins profitent de leurs jours de repos pour nettoyer, vérifier et réparer leur bateau. Sur l'un d'entre eux, le chalut est en train d'être changé. Nous restons avec quelques badauds à regarder la manoeuvre. Puis nous allons à la Coop maritime, grand magasin où on trouve tout ce qui est en relation avec la mer, des bottes et éléments d'accastillage jusqu'aux horribles bibelots souvenirs, en passant par la nourriture lyophilisée et les vêtements de travail ou de loisir. Christine ne résiste pas au plaisir de s'acheter un truc que je qualifie de bizarre : de la terrine de seiche !

Puis nous allons à Plonéour-Lanvern en nous arrêtant à Pouldreuzic, faire le plein de cidre Kerné : cinq cartons de six bouteilles devraient permettre de voir venir. Nous retrouvons Chantal et sa maman avec plaisir. Nous passons un très agréable moment à parler à bâtons rompus de sujets divers et variés. Quand nous partons, Chantal nous conduit à une crêperie artisanale à la sortie de la ville, où nous achetons cinq douzaines de crêpes fraîches. Elle nous conseille aussi de nous arrêter à Pont-l'Abbé pour acheter des kouign amanns où, paraît-il, ils sont les meilleurs de la région. Aussitôt dit, aussitôt fait, nous achetons deux kouign amanns sortis du four qui ont l'air très appétissant. Avec cidre crêpes et gâteaux, nous voilà bien pourvus en produits bretons !

Nous rentrons à l'hôtel nous préparer pour le fest noz de ce soir. Il y a de la route à faire car il est à Clohars-Carnoët, à plus de soixante-dix kilomètres. Au lieu de prendre la voie expresse, nous décidons de passer par les petites routes. C'est certes plus sympa mais aussi super agaçant à cause des rond-points innombrables, des ralentisseurs entre deux rond-points, des limitations incessantes à 70 km/h et des gens qui roulent plus que prudemment.

A l'hôtel Poisson d'avril (Guilvinec)Nous arrivons enfin à 20h30, alors que le fest noz a commencé à 17h00. Il a lieu dans un grand gymnase dans lequel la logistique nous laisse bouche bée. Le parquet a été entièrement recouvert de deux couches de matériau de protection, les enceintes et la console audio sont dignes d'un concert du Printemps de Bourges, des immenses drapeaux bretons pendent du plafond et la foule des danseurs (et simple spectateurs) est déjà importante. L'affiche est celle de Sonerien Du, guest star de la soirée. Il y aura au moins sept groupes de sonneurs et de chanteurs, dont Deus'ta et les frères Guichen. A l'intérieur, nous retrouvons Anne et Philippe qui ont déjà un certains nombre de danses d'avance. Le prix d'entrée est raisonnable, 9,00 €, mais Philippe nous dit qu'ils attendent environ 1000 personnes !!! En effet, plus la soirée avance, plus la salle se remplit. La majorité des gens dansent, les autres sont assis sur les gradins ou discutent debout autour de l'espace de danse. Les groupes se succèdent et ne restent pas sur scène plus de quarante-cinq minutes. Pendant les changements de plateaux, des chanteurs de kan ha diskan du cru viennent continuer à faire danser les gens. Les danses sont souvent longues, comme il est de coutume en Bretagne. Une gavotte dure plus de vingt minutes, par exemple. En fin de soirée, il y a tellement de danseurs sur la piste pendant un en dro qu'il est impossible de faire les mouvements de bras, tellement les lignes de danseurs sont serrées ! Quand nous voulons nous restaurer, il est déjà tard et il n'y a plus de frites ni de galettes (de sarrasin). Qu'à celà ne tienne, en échange on me sert deux grosses saucisses enveloppées dans des crêpes de froment. Avec un grand verre de cidre par-dessus, me voilà rassasié pour la nuit. Quand Sonerien Du commence à jouer il est presque 1h00 du matin. Un rapide comptage montre qu'il y encore au moins cinq cents personnes qui dansent encore ! N'importe quel organisateur de bal folk ailleurs en France vendrait son âme pour avoir autant de monde, aussi longtemps. Les musiciens, dont les plus anciens sont, disons, très bien portants, mettent le feu au gymnase, l'ambiance est incroyable. A 2h15 ils quittent la scène et nous quittons les lieux. Nous louperons sans doute le rappel qu'ils ne manqueront pas de faire. Pour rentrer nous prenons la voie expresse. Il y a peu de monde mais la route semble longue quand même. A 3h30 nous sommes enfin au lit, après une superbe journée bien remplie.

Nous sommes réveillés par la lumière du jour car les rideaux sont loin d'être étanches. Après avoir pris le petit déjeuné et payé la chambre (en chèques vacances) nous avons juste le temps de faire les bagages avant de prendre la direction de Vannes. Pour le dernier repas en Bretagne nous sommes invités chez Marie-France, la soeur de Christine, et son mari Claude. Comme d'habitude nous sommes confinés dans la cuisine. Le repas est simple et frugal, mais le dessert est sublime : c'est une spécialité locale à base de pommes et de crème, succulente. Nous reprenons la route pour Bourges vers 14h30, en évitant de nouveau Nantes. Le trafic s'est densifié, tellement qu'à quinze kilomètres d'Angers nous tombons dans un gros bouchon, où nous resterons plus d'une heure et demie, presque à l'arrêt. Nous avons complètement oublié qu'entre Nantes et Tours nous sommes dans le même sens que le troupeau des Parisiens qui retournent chez eux. Après Tours la circulation redevient normale, malgré des pluies torrentielles qui nous obligent à ralentir sérieusement. Nous arrivons à 20h30, après plus de six heures d'un voyage fatigant.

Bateaux à Guilvinec