Nous arrivons plus d'une heure avant mais les portes sont fermées et il n'y a personne, les rues sont désertes. À 8h00 précises, les portes s'ouvrent et les premiers spectateurs arrivent. Je récupère nos places à l'accueil, que j'ai réservées et payées il y a plusieurs semaines. Le lieu est très accueillant, chaleureux, plutôt moderne et tout neuf (les locaux ont été refaits il y a à peine deux ans). Une exposition, "80 ans de chanson française, du microphone au MP3" propose des textes narrant l’histoire contemporaine de la chanson depuis la T.S.F. dans les années 1920, des photos, des pochettes de disques vinyle, des vieilles chansons et surtout une collection de vieux tourne-disques et magnétophones, tels qu'on en a côtoyés étant jeunes. Le public est constitué visiblement d'habitués, certainement amateurs de "vraie" chanson française. Ce public me fait la même impression, pas vraiment plaisante, que celui de la Maison de la culture de Bourges.

Quand les portes s'ouvrent, nous entrons parmi les premiers et prenons place au second rang, derrière des places réservées. La salle est toute petite, avec environ 160 places en bas et quelques dizaines au balcon, et les sièges sont à plat. Peu après 21h00 les lumières s'éteignent. Ashod Torossian, le guitariste de Kinoko, et Sylvain Joubert, le batteur, entrent sur scène, suivis par Marie Lamy de la Chapelle, toute de noir vêtue. Ils nous offrent les chansons de leur premier album "Le chemin". Les musiciens sont toujours aussi bons, en particulier Ashod Torossian, mais je sens Mary un peu tendue, pas totalement à l'aise. Pourtant elle connait bien l'endroit, puisqu'elle y a été en résidence pendant trois jours fin septembre 2012. Le public est réceptif et l'applaudit copieusement après chaque morceau. Je préfère les chansons où Mary chante plutôt qu'elle déclame. Le groupe revient même pour une chanson en rappel. Bien que j'ai apporté mon appareil, je n'ose pas prendre des photos, parce que je ne connais pas le lieu, qu'il est très petit et que ne peux pas shooter discrètement. Seul un photographe (amateur ?) prend les deux concerts du début à la fin, debout sur le côté de la scène.

Le changement de plateau est un peu long car la scène est minuscule et qu'il faut y caser les instruments de cinq musiciens, plus Barbara Carlotti ! J'ai découvert cette artiste au dernier Printemps de Bourges et elle m'avait scotché par sa voix chaude, grave et nonchalante, sa présence sur scène et son univers très classe. Ici l'impression est encore plus forte du fait de la taille de la salle et de la proximité avec l'artiste. Elle est aussi habillée de noir, avec juste la touche de couleur de ses escarpins à hauts talons de couleur écarlate. Sa voix est vraiment envoûtante, enveloppante et sa personnalité très intéressante. On la sent indépendante mais aussi empathique. Elle développe un très bon contact avec le public, malgré une immense inertie, même dans une petite salle intime comme ici. Pour une chanson elle demande que les spectateurs se lèvent et que certains montent sur scène. Elle doit insister vraiment pour que deux gamines la rejoignent et qu'une poignée de dames se mettent debout. Elle réussit quand même à faire chanter la salle pour un refrain de quelques phrases, ce qui donne un moment beau et mélancolique. Ses chansons sont toutes simplement belles, les textes sont poétiques, tout en gardant du sens. Elle est bien sûr rappelée et finira en beauté en faisant le tour de la salle, suivie de ses musiciens, pour sa dernière chanson. Barbara Carlotti m'a offert certainement un des concerts les plus attachants depuis longtemps, peut-être depuis celui de Murray Head à l'Asphodèle. Je regrette par contre beaucoup de n'avoir pas tenté de prendre des photos car elle est très photogénique et l'éclairage de la scène s'y prêtait bien.

Après le concert, les disques des deux artistes sont en vente dans le hall. Barbara Carlotti et les trois membres de Kinoko sont là aussi et dédicacent volontiers pochettes de disque et affiches. Je vais saluer Mary qui, à mon grand étonnement, me reconnait et m'appelle par mon prénom ! Nous nous étions rencontrés après le second concert où j'étais allé, au 22 d'Auron, pour des photos que j'avais prises. Je lui demande si elle accepte de signer son affiche et elle fait plus que signer : elle écrit un petit mot très gentil et personnalisé, qui me touche. Ashod Torossian et Sylvain Joubert signent eux aussi, gentiment. J'ai déjà le disque de Kinoko mais j'achète le dernier de Barbara Carlotti,  "L’amour, l’argent, le vent", qu'elle me dédicace aussi avec le sourire.

Barbara Carlotti