Quand je me réveille, Christine a déjà rangé les bagages. Je vais tout de suite sur le balcon : la vue est magnifique, une île est face à nous, entourée d'une mer bleu émeraude, l'air est déjà chaud, c'est superbe. A 8h30 nous allons prendre notre premier petit déjeuner. La salle est immense, la décoration est soignée mais assez classique, il y a encore peu de monde. Un maître d'hôtel nous demande notre numéro de chambre et notre nationalité, puis nous conduit à la table qui sera la nôtre tout au long du séjour. Par contre c'est une table de quatre donc nous aurons quasiment sûrement un couple à côté de nous. En effet un moment plus tard nous voyons venir deux personnes arrivées par le même vol que nous ! Alors là c'est pas cool du tout et nous décidons d'en parler au maître d'hôtel en partant. En attendant nous profitons du buffet. Les plats sont suffisants mais assez classiques et peu variés. Mon petit-déjeuner type est composé ainsi : porridge, corn flakes, fruits au sirop, jus d'orange, œufs au plat, œufs brouillés, bacon, café au lait et toasts beurrés. De quoi tenir la journée en attendant le repas du soir. Quarante-cinq minutes plus tard (une durée normale pour notre petit déjeuner) nous allons voir le maître d'hôtel pour lui demander (en anglais) s'il serait possible de changer de place pour éviter d'être à coté de Français. A notre surprise, notre demande paraît l'ennuyer considérablement, il demande pourquoi et dit que nous sommes les premiers à jamais lui avoir fait une telle requête. Selon lui c'est au contraire une demande courante des Français (et des Belges) d'être regroupés par nationalité ! Nous lui expliquons que nous ne voyons aucun intérêt à côtoyer des compatriotes lorsque nous allons à l'étranger et que pour entendre parler français, autant rester en France. Comme nous sommes quand même clients, il consent à voir ce qu'il peut faire mais pas avant le lendemain.

A 9h30 nous avons rendez-vous avec Julien, le pilote de voyage de Fram, en compagnie des autres personnes arrivées en même temps que nous la nuit dernière. Cette réunion, classique, sert à nous présenter l'hôtel, les différentes excursions (payantes) disponibles, et à répondre aux questions que nous aurions à poser. Nous en retirons surtout les informations touristiques sur les endroits à visiter, à éviter, les combines, les astuces ou les pièges, que nous utiliserons à notre compte, en voiture. Concernant la monnaie, Julien nous conseille de raisonner en comparant la kuna au franc, pour des estimations rapides. Au milieu de la réunion, je m'éclipse quelques instants pour réceptionner la voiture de location qui nous est apportée à l'hôtel.

Une fois la réunion finie nous allons visiter le village de Cavtat (qui se prononce Safta) tout proche. L'accès se fait facilement à pied en passant par le jardin de l'hôtel, puis le long de la mer. Notre priorité : prendre de l'argent local (des kunas) à un distributeur. Le change actuel est d'environ 7,20 Kn pour 1 € en change et environ 6,80 Kn pour 1 € pour les achats. Nous longeons le port, bordé de cafés, de boutiques et de restaurants abrités par des arbres. Nous continuons en faisant le tour de la presqu'île où est situé le village. L'air est bien chaud, c'est agréable et supportable grâce à l'air marin.

Après ce tour de reconnaissance nous décidons d'aller essayer le voiture en partant vers le sud, à l'opposé de Dubrovnik. Nous avons un petit pot de yaourt vert pomme, une Chevrolet Matiz, plus petite qu'une Twingo, mais avec climatisation. Nous prenons la route principale et passons devant l'aéroport. Après avoir acheté de l'eau dans la première supérette rencontrée, nous bifurquons sur une route secondaire qui s'enfonce dans les forêts de cyprès et de pins, en traversant quelques villages. Lorsque la route longe la mer (parfois en altitude car les routes sont à la fois sinueuses et en montagnes russes) nous admirons les paysages magnifiques, côte sauvage, mer bleue, forêts ou garrigues vertes, c'est superbe. En ce qui concerne la conduite, Julien nous avait prévenus : soit ils sont kamikazes soit ils sont très lents. Et c'est ce que nous constatons : certains, rares, n'hésitent pas à doubler en virage ou sur les lignes blanches, mais la majorité roule à un train de sénateur, entre 60 et 70 km/h, en ignorant royalement les consignes de vitesse, y compris dans les villages. Leur vitesse reste désespéramment lente, même en ligne droite, c'est exaspérant. Nous constatons que le code d'identification sur les voitures est HR, parce que le nom croate du pays est Hrvatska.

Après un petit tour d'environ soixante kilomètres nous rentrons à l'hôtel pour aller essayer la plage. En fait nous constatons que le mot plage n'est que théorique : la côte est tellement rocailleuse que les seuls aménagements consistent en plate-formes bétonnées réparties régulièrement, ou carrément l'accès sauvage à partir des rochers. Nous avions lu que la Croatie est très tolérante, voire accueillante pour les naturistes : en effet la plage de l'hôtel a toute sa partie droite réservée aux naturistes. Nous voulions essayer cette façon de bronzer depuis longtemps, c'est l'occasion où jamais ! Il y a déjà pas mal de monde et presque toutes les places à peu près plates sont occupées. Nous trouvons quand même un petit endroit pour nos serviettes et nous enlevons notre maillot, avec une légère appréhension quant au regard des autres. Mais cette appréhension disparaît immédiatement lorsque nous constatons que malgré la proximité des personnes il n'y a aucune promiscuité ni aucun regard inquisiteur ou malsain. Nous apercevons même quelques couples mixtes, l'un nu, l'autre en maillot. Le plaisir et le sentiment de liberté balaient nos derniers scrupules et nous nous abandonnons à la caresse du soleil (après nous être protégés copieusement de crème solaire) avec un plaisir immense. L'accès à la mer est facilité par une échelle mais quand même au milieu des rochers, il faut faire attention de ne pas se cogner avant d'être à quelques mètres du bord, là où l'eau est plus profonde. Christine va causer avec les poissons au bord, mais ils sont peu nombreux. Pour ce premier contact total avec le soleil nous sommes raisonnables et rentrons à la chambre au bout de peu de temps, pour nous préparer pour le dîner.

Nous revenons à la charge du maître d'hôtel qui nous promet, l'air toujours embarrassé, une nouvelle table pour le lendemain. La promiscuité avec nos voisins, sans doute très aimables par ailleurs, est très gênante car du coup nous ne pouvons pas discuter librement ni à voix haute. Malgré le thème mexicain, le buffet est semblable à celui du matin : copieux mais sans véritable originalité. Christine est déçue car elle aime bien essayer des plats bizarres, mais moi je préfère car je trouve plus de plats à mon goût ainsi. Comme chaque fois avec ce genre de buffets nous mangeons plus qu'à satiété, mais nous nous régulerons rapidement pour les jours à venir.

Après le repas nous achetons des minutes sur Internet pour envoyer rapidement un mail à Benjamin. Puis nous retournons à Cavtat où a lieu une sorte de carnaval. L'ambiance est très festive, il y a beaucoup de monde, dont de nombreuses jolies filles bien habillées. Nous nous installons à une terrasse pour prendre un café et regarder passer la parade. Nous poussons jusqu'au port où se trouve amarré un superbe et immense voilier à la coque noire. Nous nous rappelons avoir lu que Cavtat et ses environs sont le lieu de villégiature de nombreuses personnalités richissimes, dont Bill Gates !

Nous laissons l'animation de Cavtat pour l'ambiance plus feutrée du bar de l'hôtel, où Christine prend sa première piña colada. Enfin nous gagnons notre chambre pour un repos bien mérité, après la nuit mouvementée d'hier.