Cette année notre mindjion revêtait un caractère particulier car 2006 est le vingtième anniversaire de notre groupe et cela fait dix ans que nous pratiquons les échanges inter régionaux. Une précision pour commencer : en berrichon, le mindjion désigne un goûter composé le plus souvent de fromage blanc, assaisonné de diverses manières, accompagné de gâteaux. Et, pour la « Gearbaude », c'est le nom du spectacle donné conjointement par un groupe d'une autre région et nous-mêmes. Après avoir reçu la «Gibernotte» (Deyvillers, Vosges), le cercle celtique « Korollerien Benodet » (Bénodet, Bretagne) , l'« Escolo di Tourre » (Chateaurenard, Provence) , le « Biau Zizé » (Flumet, Savoie) et le « Vircouet » (Aizenay, Vendée), cette année ce sont les membres du groupe les « Sygovies », de Vercia dans le Jura, qui nous rendaient visite. Les contacts avaient été pris des mois à l'avance, et l'organisation du week-end mise au point par mails et par téléphone.

Samedi matin les salles où seront reçus les « Sygovies » sont préparées et décorées à l'avance. En début d'après-midi leur autocar arrive à Marmagne (un petit car scolaire de 35 places, pour 32 danseurs et musiciens). Nous les accueillons à la sortie du car et les convions à un pot de bienvenue dans la salle des fêtes. Chaque président y va de son petit discours de bienvenue, et les invités sont répartis dans les familles d'accueil. Nous héritons d'un jeune couple (Sandra, 31 ans, et Jérôme, 34 ans) d'emblée sympathique et chaleureux, c'est une bonne nouvelle. Pendant la collation, une pluie diluvienne se met à tomber et du coup nos projets de visiter Bourges en groupe sont compromis. Chacun décide de prendre en charge ses invités et de faire la visite chacun de son côté, à son rythme. Nous rentrons à la maison, laissons Sandra et Jérôme s'installer dans la chambre d'amis et, comme il pleut toujours, nous restons à bavarder à la maison, pour faire connaissance. Jérôme est pompier, et aussi un passionné d'informatique (ça tombe bien), et Sandra travaille dans le milieu médical. Nous évoquons de nombreux sujets, loisirs, enfants, danse, nos régions, etc. Le courant passe très bien entre nous.

La pluie cesse enfin donc nous décidons de tenter une sortie en ville à pieds. Nous avons à peine deux heures, il faudra aller à l'essentiel. Nous leur montrons la cathédrale, extérieur et intérieur, la promenade des remparts, la rue Bourbonnoux, la place Gordaine et le palais Jacques Coeur, en haut et en bas. Nous croisons souvent d'autres petits groupes formés de membres des « Sygovies » et de la « Gearbaude ». Après plus d'une heure et demie de promenade nous regagnons la maison, juste à l'heure pour l'apéritif. Puis nous prenons le dîner, pendant lequel nous bavardons encore à bâtons rompus. Nous avons rendez-vous à 21h00 dans notre salle des fêtes pour une soirée en commun. Avec les divers retards, tout le monde est à pied d'oeuvre à 21h30. Un maître danseur berrichon de nos amis commence par montrer des danses du Berry, essentiellement des bourrées. Il commence bien sûr par le pas de base et continue par des bourrées de plus en plus compliquées. Les « Sygovies » découvrent bien sûr ce pas et ces danses mais comme tous bons danseurs, ils apprennent très vite et tout le monde s'amuse bien. Ensuite, leurs musiciens remplacent les nôtres et c'est à notre tour d'apprendre quelques danses du Jura. Elles sont sensiblement différentes, ainsi que les musiques, car il n'y a pas d'instruments typiques, seulement accordéons chromatiques et violons. Tout le monde participe, c'est très sympathique. La soirée se termine par un petit bal folk où chacun danse ce qu'il veut et à son rythme. Enfin, avant d'aller dormir, nous préparons la salle pour le public qui viendra demain.

Le lendemain, le rendez-vous est à 10h30, en costumes. Nous découvrons donc pour la première fois les costumes des uns et des autres. Ceux des « Sygovies » datent tous des années autour de 1850. Pour les hommes, le costume de travail ressemble un peu au nôtre : pantalon rayé, biaude plus courte, foulard imprimé, sabots de bois et bonnet typique à pompon, comme un bonnet de meunier et nommé sygovie. C'est ce bonnet qui a donné le nom au groupe. Le costume du dimanche est assez simple : pantalon rayé, chemise, foulard, large ceinture de flanelle, gilet de velours noir et chapeau mou, noir, à fond plat. Certains portent des chaussures noires, d'autres aussi des sabots.
Le costume des filles est simple et peu coloré : grande jupe unie ou imprimée, tablier à bavette, col brodé, châle noir et sabots. Les coiffes sont de deux types : bonnet plissé presque identique au bonnet berrichon, et très jolie coiffe à larges rabats, nommée capette, qui servait à protéger du soleil lors des travaux aux champs. Une particularité réside dans les bijoux, breloques et diverses chaînes précieuses qui ornent la bavette du tablier : ils prouvaient la richesse de la femme qui les portait.

Mais le costume le plus original est celui de la mariée : de couleur bordeaux, composé d'une longue jupe bordée de dentelle noire et d'un caraco recouvert d'un large plastron de dentelle noire. Une couronne de fleurs orne la tête de la jeune fille qui le porte. Ce costume est la copie conforme d'un ancien costume trouvé dans un grenier, mais que la future mariée n'a malheureusement pas eu le temps de porter avant de mourir.

Nous nous rendons à la sortie de la messe pour présenter quelques danses, du Jura, puis du Berry, au son de la musique jouée par nos musiciens. Il y a peu de monde, mais les quelques curieux nous applaudissent chaleureusement. Après un rapide défilé autour de l'église, nous allons au vin d'honneur donné en honneur des Jurassiens, auquel assisteront un représentant de la mairie, la fondatrice du groupe la « Gearbaude » il y a 20 ans et quelques autres personnalités de Marmagne. Les Jurassiens ont bien sûr apporté des spécialités de leur région, du comté du mois d'avril excellent, moelleux, doux, parfumé, et des vins jaunes. L'un des danseurs me fait même goûter un de leur vins les meilleurs, le macvin, liquoreux et odorant, un peu semblable à un pinot, mais à 17° quand même ! Ensuite, direction la salle de restaurant pour le déjeuner pris ensemble, toujours en costumes. C'est un traiteur de Saint-Doulchard qui officie. Le repas est simple mais bon, rapidement servi.

Le temps passe et il est temps de se préparer pour le spectacle public, prévu à 15h30. Comme d'habitude, les premiers spectateurs arrivent bien en avance. Mais nous devons encore régler notre nouvelle sono, avec l'aide des musiciens. Avec le retard du quart d'heure berrichon, le spectacle commence à 15h45. C'est nous qui entrons en scène pour cinq danses, le temps que le public finisse d'arriver. Bien que nous présentions des danses connues par coeur, la pression de 70 paires d'yeux fixées sur nous, plus le regard de nos collègues jurassiens, nous fait commettre un nombre inhabituel de fautes. Heureusement, elles restent minimes et invisibles pour des yeux non avertis, mais cela nous contrarie. C'est ensuite au tour des « Sygovies » d'entrer en scène pour leur première prestation. Le président du groupe, violoniste lui-même, présente chaque danse, la situe dans son contexte temporel et historique. Il décrit les costumes, parle de sa région, de certaines coutumes, c'est très intéressant et rend le spectacle plus vivant. Pendant leur pause nous réinvestissons la scène, avant la seconde partie dansée par les « Sygovies ». En plus des danses, les « Sygovies » nous offrent quelques chants de chez eux, où les voix d'hommes dominent.

Quand le spectacle est fini, nous servons le fameux mindjion, fromage blanc et gâteau à volonté, avant que débute le bal folk. Une partie des spectateurs quitte la salle à ce moment-là, mais beaucoup restent danser. L'ambiance est chaleureuse et festive, ça fait du bien. Tous les danseurs en profitent pour se changer et revêtir des habits secs et plus confortables. Vers 20h00 nous déclarons la journée terminée, nous commençons à ranger et nous dressons une table improvisée pour un dernier repas froid en commun. Magali, notre accordéoniste, égaiera le repas et nous danserons encore un peu, juste pour le plaisir. Il est 22h30, l'heure de se quitter. Beaucoup échangent adresses et numéros de téléphone, des amitiés naissantes se sont nouées, c'est ça qui fait aussi le charme de ces rencontres. A peine l'autocar a-t-il disparu que nous redoublons d'efforts pour nettoyer et ranger la salle, pour ne pas se coucher trop tard. A 23h30, chacun rentre chez soi avec des souvenirs et de la musique plein la tête. Nous attendons le printemps 2007 avec impatience, où les « Sygovies » nous rendront la pareille en nous invitant chez eux.