N'étant pas sûr de pouvoir accueillir Lingli à Noël j'avais décidé d'aller la rencontrer à Nancy. Vendredi nous partons donc après le travail et après plus de cinq heures de route et d'autoroute nous arrivons à Nancy sous le crachin. Nous avons bien un plan imprimé par Mappy mais nous nous perdons quand même. Et le centre ville est une horreur pour les voitures : beaucoup de sens uniques, de rues étroites, d'avenues tantôt en sens unique, tantôt en double sens, de larges voies cyclistes. Après vingt minutes d'errance nous finissons par trouver l'hôtel de Guise. Il est installé dans un très vieil hôtel particulier resté intact, avec un grand escalier en pierre intérieur, beaucoup de vieux meubles, d'objets anciens. Notre chambre est sous les toits, et toutes les portes de chambre sont différentes, parfois de guingois. Mais la chambre est très jolie, bien meublée, elle sera suffisante pour le temps que nous y passerons. Dès notre arrivée, j'appelle Lingli au téléphone. Nous convenons de ne pas nous voir ce soir mais plutôt demain matin. Nous passerons la chercher avec son amie là où elle habite, dans la maternité de Nancy.
Samedi, après le petit déjeuner, nous trouvons la maternité sans trop de mal. Après un coup de fil pour les prévenir de notre arrivée, nous attendons au poste de garde. Elles arrivent enfin, le sourire aux lèvres, les bras chargés de cadeaux. Nous nous faisons la bise, cela ne les gêne plus maintenant. Lingli nous offre une magnifique ombrelle chinoise peinte à la main, et une carte de voeux qu'elle a calligraphiée elle-même la veille. Ce cadeau me touche beaucoup car il est très personnel. Xinyi (qui a choisi Célia comme prénom européen) offre à Christine un bracelet en jade. A notre tour nous remettons à Lingli le livre du Petit Prince et à Xinyi un sachet de gâteaux, spécialité de Bourges. Nous remettrons son autre cadeau à Lingli plus tard. Comme il y a beaucoup de route pour Strasbourg, nous partons sans tarder. Xinyi est plus réservée, moins expansive que Lingli. Peut-être est-ce sa nature, mais peut-être est-ce parce qu'elle fait notre connaissance pour la première fois. En effet, autant je bavarde via Internet avec Lingli depuis un an, autant Xinyi et moi n'avons jamais échangé autre chose que quelques politesses.
Très vite Lingli ouvre la fenêtre pour respirer et nous comprenons qu'elle n'est pas du tout à l'aise en voiture. Je ralentis et adopte une conduite plus coulée, mais nous nous arrêterons quand même en chemin. Lingli nous explique qu'elle n'a presque jamais pris la voiture de sa vie et qu'elle n'a pas l'habitude. Xinyi par contre n'a pas ce problème et a souvent voyagé en voiture. Pour finir le trajet nous proposons à Lingli de monter devant, elle supportera mieux la fin du voyage. Nous bavardons à bâtons rompus, surtout pour apprendre à connaître Xinyi, qui est la meilleure amie de Lingli. Elle est plus jeune qu'elle et elles sont dans la même classe en Chine.
Arrivés à Strasbourg, Christine nous guide jusqu'à un parking couvert, proche du centre ville. Et nous voila partis à la découverte de la ville. Nous choisissons de commencer par la Petite France, ce quartier si typique sur les canaux. Le temps est splendide, ensoleillé, clair quoi qu'un peu frais. Nous longeons l'Ill jusqu'au barrage Vauban que nous traversons. Souvent Lingli me demande de la prendre en photo devant une vue qu'elle aime bien, et je fais de même avec Xinyi car, même si elle n'ose pas encore me le demander, je me doute que cela lui fait autant plaisir. En montant sur la terrasse au-dessus du barrage Vauban, nous avons une jolie vue sur l'Ill et la "Petite France". Nous bavardons toujours beaucoup, et Lingli et Xinyi se sentent parfaitement à l'aise maintenant. Elles nous bombardent de questions sur tout ce qu'elles voient et qui les intrigue, et sur le vocabulaire, comme d'habitude. Ainsi nous leur expliquons par exemple ce que sont une péniche, une écluse, un boulevard, une ruelle, nous leur donnons des notions d'architecture et de classement des bâtiments en fonction des époques, et nous tentons de leur donner le maximum d'informations et d'explications, puisqu'elles ont si soif de connaissance.
Nous nous dirigeons ensuite vers la place Kléber, ou se tiendra le marché de Noël, malheureusement seulement à partir du week-end prochain. Nous voyons quand même l'immense sapin traditionnel qui trône sur la place, et quelques chalets, mais encore fermés à cette période. Nous leur montrons un joueur d'orgue de Barbarie (avec toujours l'explication du fonctionnement) et Christine leur fait goûter des marrons grillés. Et, enfin, nous allons réaliser le rêve de Lingli : nous nous installons à la seule terrasse de café ouverte, au milieu d'autres clients, pour la plupart des touristes. Et nous commandons un café pour les deux jeunes filles, et une bière pour nous. Lingli est aux anges, elle est fière et heureuse, et c'est un bonheur de la voir comme ça. Comme nous avons un peu faim, nous leur proposons de goûter aux spécialités locales. Nous commandons une choucroute et une tarte flambée, qu'elles goûtent prudemment. Mais la choucroute leur plaît et elles la terminent à deux, au point que Christine doit prendre une tarte flambée pour elle-même ! Elles picorent toutes les deux dans le plat, en nous expliquant que c'est la coutume chinoise. Nous répondons que, bien que ce ne soit pas très français comme habitude, à la terrasse d'un café cela n'a pas d'importance. Et pour finir nous prenons de la forêt noire1, qu'elles apprécient également.
Le temps tourne et nous continuons notre visite par la cathédrale. C'est l'occasion de leur expliquer les rudiments de la religion chrétienne, les vitraux, la construction des cathédrales, la différence entre le roman et le gothique, de leur montrer un confessionnal, la crypte, et la fameuse horloge astronomique. J'aurais pensé qu'elles seraient plus ébahies devant la majesté d'une cathédrale. Peut-être l'ont-elles été mais que leur étonnement était masqué derrière leur réserve asiatique.
Nous retournons à la voiture en longeant l'Ill par la berge, de façon à profiter des vieilles maisons aux murs peints, des différents ponts et de l'ambiance de la vieille ville. Par chance nous rencontrons une jeune fille habillée en costume alsacien traditionnel qui accepte d'être prise en photo avec nos deux amies. Après un plein d'essence, nous reprenons la route en privilégiant les autoroutes, pour épargner Lingli. Mais elle et Xinyi s'endorment très vite et ne voient pas la route, c'est aussi bien ainsi.


1 Gâteau au chocolat et à la cerise, recouvert de crème chantilly