En arrivant dans la résidence, nous faisons la connaissance de Hua (ou Arthur, selon le prénom occidental qu'il s'est choisi), le responsable du groupe d'étudiants chinois, qui regarde la télévision. Lingli commence par nous faire visiter sa chambre. Nous plaisantons car je sais que vendredi soir elle a passé un bon moment à la ranger pour la rendre présentable pour ses visiteurs. C'est une chambre d'étudiante classique avec lit, bureau, étagères et cabinet de toilette. Effectivement rien ne traîne, elle a même plié ses draps, comme à l'armée ! Je vois sur son bureau le pinceau et l'encre qui lui ont servi à écrire la carte qu'elle m'a offerte, et son baladeur, sur lequel elle écoute sans doute des chansons françaises en marchant.
Ensuite elle nous emmène visiter la salle informatique d'où elle se connecte à Internet, pendant que Xinyi va préparer le repas. Je ne peux malheureusement pas lui montrer les photos prises pendant la journée car j'ai oublié mon cordon de liaison. J'apprends à Lingli comment insérer des images sur son blog et elle me donne une quantité de chansons chinoises, traditionnelles ou modernes. Puis je lui fais parcourir le CD plein de MP3s de chansons françaises que je lui ai apporté. Nous rions beaucoup car elle ne comprend pas un mot de certaines d'entre elles, comme Laisse béton de Renaud ou Champagne de Jacques Higelin. Elle dit préférer les chansons mélancoliques et qui parlent d'amour. Elle en connait même certaines, comme La maladie d'amour de Michel Sardou par exemple. Comme il y a cinq ordinateurs dans la salle nous sommes salués par les autres étudiantes chinoises, ou d'autres nationalités, qui viennent utiliser Internet.
Quand le repas est prêt, Lingli nous conduit dans la grande cuisine où tous ses condisciples préparent leurs repas. Sur la table se trouvent plusieurs plats et le riz finit de cuire dans la marmite "spéciale riz" (ou rice cooker). Devant notre étonnement, Lingli confirme qu'ils ont presque tous apporté leur marmite dans leurs bagages ! De même qu'ils ont apporté quantité de produits culinaires chinois, de peur de ne pas les trouver en France. Comme j'avais bien prévenu Lingli que je n'aimais ni le piment, ni le poivron, les plats sont parfaitement à mon goût. Nous avons à disposition : du poisson avec des champignons, du porc avec des pommes de terre, du poulet avec des oignons et de l'omelette, une soupe à base d'oeufs et de tomate et bien sûr une grosse platée de riz blanc. Gentiment, Lingli et Xinyi nous proposent des couverts classiques mais Christine et moi mettons un point d'honneur à demander des baguettes, à la surprise de nos hôtes. Je suis même complimenté pour ma dextérité à m'en servir. Comme nous l'avons appris, nous piochons à tour de rôle dans les plats communs, qui sont terminés rapidement. Ils ne boivent pas d'eau en mangeant mais le liquide de la soupe seulement. A la fin du repas, Xinyi nous sert un verre d'eau... chaude ! Lingli et elle nous affirment que c'est très bon pour la digestion. Nous buvons donc notre eau chaude, comme tout le monde.
Quand nous commençons à dîner, un jeune homme entre dans la cuisine pour faire cuire son repas. Lingli nous le présente, il s'appelle Chao, mais paraît timide. Mais il ne perd pas une miette de nos conversations et n'arrête pas de pouffer de rire, peut-être en entendant Lingli parler autant français. Celle-ci le titille souvent, le surnomme "mon cousin" et nous dit que c'est un excellent chanteur. Chao s'installe en bout de table pour dîner et petit à petit nous l'amenons à participer à la conversation. Car ce soir c'est nous qui posons beaucoup de questions sur la Chine, son écriture, son histoire, sa géographie, etc. Chao finit par se détendre complètement et la soirée se passe à bavarder à cinq sur beaucoup de sujets. Nous parlerons aussi de cinéma suite à une question de Chao qui veut savoir si en France on peut voir des films chinois. Je lui réponds que seuls les films internationalement connus sont visibles, comme Tigre et dragon, Hero ou Le secret des poignards volants. Nous avons des difficultés à identifier ces films car je ne connais que les noms français, mais ensuite nous nous racontons même nos scènes préférées. Chao nous parle aussi du plus grand barrage du monde, situé en Chine, le barrage des trois gorges, qu'il a eu la chance de visiter. Tous trois savent bien sûr qu'il y aura bientôt des élections présidentielles en France, et ils sont inquiets de savoir si le successeur de Jacques Chirac aura autant d'affinités pour la Chine que lui. Ils nous disent qu'en Chine les garçons et les filles sont strictement séparés en internat, avec interdiction absolue de se mélanger. Et donc en France ils doivent apprendre à vivre ensemble, ce qui est très nouveaux pour eux. Nous n'insistons pas car je sais que ce genre de sujet ne doit pas être abordé, car jugé trop intime. Nous nous amusons de jeux de mots et de phrases à tiroir comme "les poules du couvent couvent". En retour Lingli prononce quatre fois le mot "ma" mais avec les quatre intonations du chinois, en disant que cela correspond à quatre mots différents, comme "cheval" ou "maman" !
Pour finir la soirée, Lingli et Xinyi nous chantent quelques chansons, surtout en chinois mais aussi en anglais. Elles ont une très jolie voix et c'est agréable de les entendre. Nous pensons avec Christine qu'elles ont peut-être une prédisposition au chant puisque leur langue elle-même est mélodique. Pendant la soirée, nous apercevrons certaines de leurs amies, venus faire elles aussi leur cuisine. En particulier nous verrons Jing (ou Solange), qui nous fera goûter sa préparation, et Ling (ou Laurine), qui laissera brûler le contenu de sa casserole, trop absorbée par Internet.
Nous les quittons vers 23h00 avec des regrets, tellement nous avons passé une soirée sympathique, enrichissante et conviviale. Nous donnons rendez-vous à Lingli et Xinyi demain matin sous la statue de Stanislas pour une visite de Nancy, où cette fois ce sont elles qui serviront de guide.