Une fois la note d'hôtel réglée et les bagages chargés dans la voiture (que nous laissons à la même place), nous allons à pied vers la place Stanislas pour notre rendez-vous. Le temps est pourri, il pleut, il y a du vent et il ne fait pas chaud. Nous avons vraiment eu beaucoup de chance hier !
Nous retrouvons nos amies, toujours aussi souriantes. Comme promis hier, Lingli s'est fait une queue de cheval, et je la trouve très jolie comme ça. Elle a apporté un plan de Nancy, et elle nous emmène dans le plus beau jardin de Nancy, qu'elle et Xinyi avaient beaucoup aimé à leur arrivée, le parc de la Pépinière. Mais ce n'est plus la même époque, et le beau jardin de leur souvenir a triste mine : le sol est détrempé, les manèges sont fermés, les roses qui leur avaient tant plu sont évidemment toutes fanées. Nous traversons quand même le parc en bavardant, avec un arrêt sous le kiosque à musique et un autre devant les animaux en cage. Les deux filles nous racontent encore beaucoup de choses sur la Chine. Nous apprenons par exemple qu'à l'époque impériale, le dragon était l'apanage exclusif de l'empereur. Et si une représentation de dragon sous quelque forme que ce soit était trouvée ailleurs, le fautif et sa famille étaient tués ! Elle nous raconte aussi l'histoire de la mère du dernier empereur de Chine, Pu Yi.
Comme il pleut beaucoup, nous nous réfugions au musée des Beaux-Arts, sur la place Stanislas. Les filles l'ont déjà visité, Xinyi hésite à y retourner mais Lingli a envie de le revoir en notre compagnie, pour que nous lui expliquions ce qu'elle verra d'un autre oeil avec nous. A l'entrée, un gardien demande à Xinyi de laisser son sac à l'extérieur. Je vois dans son regard qu'elle n'est pas tranquille, mais je la rassure en lui expliquant le principe de la consigne, nécessaire pour des raisons de sécurité. Nous passons alors deux heures et demie dans le musée, racontant tout ce que nous savons sur les tableaux, les peintres que nous connaissons, les techniques, les siècles, les symboles. Elles sont toujours autant curieuses, ça fait plaisir à voir ! Quand nous arrivons aux salles d'art moderne, elles restent très perplexes devant les oeuvres de Picasso, ainsi que devant des collages de rectangles de couleurs unies. Lingli me dit "mais chez nous ce sont les enfants qui font ça", et je suis bien d'accord avec elle. Lingli et Xinyi nous parlent des différences flagrantes entre ce qu'elles voient dans le musée et l'art chinois. En Chine, les tableaux représentent essentiellement des paysages, montagnes, arbres, fleurs, lacs ou rivières mais très peu de personnages et surtout pas en gros plan comme en Europe. D'ailleurs Lingli se sent très gênée à la vue des corps féminins dénudés, même partiellement. Nous finissons notre visite par une exposition de plus de 400 oeuvres en cristal de Daum.
Pour ne pas se quitter trop brutalement, nous allons dans un café prendre un chocolat chaud. Le serveur accepte gentiment de nous prendre en photo tous les quatre. Puis il est l'heure de partir, nous avons encore beaucoup de route. Nous nous embrassons et nous quittons les filles qui nous regardent partir en agitant la main. Le retour nous prendra moins de cinq heures, il n'y a pas de camions sur les routes, donc ça roule mieux. Au total nous aurons roulé 1307 kilomètres et 14 heures 16 minutes. Pendant tout le trajet, Christine et moi parlons de ce super week-end et de tout ce que nous avons aimé chez Lingli, Xinyi et ses camarades. En particulier nous avons beaucoup apprécié qu'elles parlent très peu chinois entre elles, et qu'elles fassent l'effort de parler français en notre présence, même entre elles. C'est une marque de respect qui nous a fait plaisir. L'une ou l'autre recourait parfois au chinois pour expliquer plus rapidement à son amie quelque chose d'un peu compliqué qu'elle venait d'apprendre. Nous devrons faire le même effort à Noël et parler lentement entre nous à la maison, afin que Lingli puisse suivre nos conversations.
Pour finir, je remercie beaucoup Lingli pour le mot très (trop ?) gentil qu'elle a écrit sur son blog peu de temps après notre départ. Par tout ce que j'apporte à Lingli, et qui m'apporte à moi aussi beaucoup, j'ai l'impression de servir enfin à quelque chose, et c'est agréable.