Renaud au Phénix
Par Erwan le mercredi, avril 4 2007, 18:14 - Sorties - Lien permanent
La dernière fois qu'il était venu à Bourges c'était en 2003, au Printemps de Bourges. Nous y étions allés un peu par amitié et un peu pour l'encourager et le soutenir dans ses efforts pour sortir de l'abîme où il s'était enfoncé pendant plusieurs années. Mais malgré un chouette décor, de très bons musiciens et une salle pleine, l'artiste n'était que l'ombre de lui-même, peu pêchu et avec une pauvre voix qui sentait encore trop l'alcool et le tabac.
Mais tout ça est loin derrière lui et le Renaud qu'on a toujours aimé est de retour, grâce sans aucun doute à sa Romane, sa jeune muse qui l'a aspiré hors du gouffre, qui lui a fait renoncer à la cigarette, qui lui a redonné le goût d'écrire et qui lui a permis de guérir de sa séparation d'avec sa Dominique unique. Il assume son âge, a troqué le bandana rouge contre une fine cravate, rouge également, sur une chemise blanche, et a retrouvé tout son mordant, son humour parfois limite mais qu'on aime bien, sa verve et son franc-parler. Il assume toujours parfaitement ses choix politiques et ses combats, pour Ingrid Betancourt, contre le tabac, la tauromachie, Le Pen et Sarkozy.
Nous arrivons sous le Phénix un peu avant 19h00. La configuration est "tout assis" pour deux raisons : la salle ne sera pas pleine donc les chaises permettent d'étaler le public, et la veille ainsi que jeudi les spectacles sont aussi assis, d'où économie de manutention. Nous trouvons place au septième rang seulement, mais c'est encore près de la scène et je me dis que je serai mieux masqué si je veux prendre des photos. Nous sommes là en famille, Solène, Christine, Benjamin et une amie, et moi. C'est assez rare pour être souligné ! A 20h00, heure prévue du concert, la salle commence à s'agiter et à réclamer Renaud. Le volume de la musique d'attente (du Peter Gabriel et du je-ne-sais-pas-quoi-mais-qui-est-très-bien) augmente brusquement, le début n'est pas loin. A 20h15 les musiciens, puis Renaud, entrent en scène et attaquent avec "Malone". Dès que le noir est fait dans la salle, les premiers rangs se lèvent et se ruent devant la scène. Du coup nous passerons tout le concert debout au troisième rang, juste devant Renaud. Nous découvrons enfin le décor, masqué jusque là par des projecteurs braqués vers les spectateurs : il reproduit les toits de Paris, avec un atelier de peintre, des chiens assis, des cheminées (qui fument) et un revêtement qui imite les plaques de zinc typiques de Paris. Il y a sept musiciens : pianiste, bassiste, batteur, guitariste, percussionniste-accordéoniste, le fidèle Jean-Pierre "Titi" Bucolo aux guitares et Geoffrey Richardson aux cordes (ancien membre de Caravan avec qui Renaud a déjà joué en 1992 et qu'il a retrouvé en s'installant en Grande-Bretagne). Et bien sûr Renaud aux guitares et à l'accordéon (rouge !). Les éclairages sont excellents, ce n'est pas étonnant quand on découvre sur le programme qu'ils sont de Jacques Rouveyrollis (qui éclaire entre autres grands artistes Jean-Michel Jarre).
Le spectacle va durer presque trois heures, pendant lesquelles Renaud ne sortira que deux brefs instants de scène. Il est articulé en trois parties : deux heures avec le groupe, environ trente minutes de medley où Renaud est seul à la guitare sèche, puis encore presque trente minutes de nouveau avec le groupe, et la chanson finale, "Rouge sang", en troisième et dernier rappel. A chaque fois, même à la fin, on sent que Renaud a du mal à partir. Il plaisante en nous expliquant par gestes qu'il doit retrouver sa femme, aller manger, s'occuper de son bébé et éventuellement faire un second enfant à Romane ! Renaud annonce pratiquement chaque chanson, avec souvent un petit commentaire d'introduction, en particulier lorsque les chansons concernent les sujets qui lui tiennent à coeur : la lutte contre le tabac, la détention d'Ingrid Bétancourt, les prisonniers politiques et évidemment sa Lolita. La première partie se compose de "Malone" donc, "Marchand d'cailloux", "500 connards sur la ligne de départ", "Dr Renaud et Mr Renard", "La ballade nord-irlandaise", "Arrêter la clope", "Elle est facho", "Elsa" (toujours aussi bouleversante), "Dans la jungle" (avec un drapeau colombien agité devant la scène par un membre du comité de soutien à Ingrid Bétancourt, le FICIB), "Manhattan Kaboul", "Pêche à la ligne", "Mort les enfants", "Leonard's song", "La médaille", "Les cinq sens", "Ma blonde" et "Sentimental mon cul !". Puis Renaud nous offre un medley touchant retraçant la vie de Lolita à travers les chansons qu'il a écrites pour elle : "Pierrot", "En cloque", "Morgane de toi", "Mistral gagnant", "Baby sitting blues", "C'est quand qu'on va où ?", "Mon amoureux", "Elle a vu le loup" (pour laquelle Lolita "a fait le museau" dit-il) et "Adieu l'enfance". L'attachement à Lolita est visiblement intact, même s'il se résigne à ce qu'elle vole de ses propres ailes. En clin d'oeil il nous confie la date exacte de sa conception, "le 19 novembre 1979 à l'hôtel Mercure de Belfort" ! La première partie se termine avec "Baltique" et "Les bobos". Puis Renaud fait mine de virer ses musiciens et reste seul à la guitare pour le second medley, qui remonte aux sources, jusqu'à "Place de ma mob", avec "Laisse béton", "Lucien", "Ma gonzesse", "Les charognards", "La blanche", "Baston", "La tire à Dédé", "Mon HLM", "Deuxiéme génération", "Je suis une bande de jeunes" et "Manu". Après "Hexagone" il chante "Son bleu", "Dès que le vent soufflera", repris bien sûr par la salle entière, puis "Rouge sang" pour terminer pour de bon.
Le seul bémol viendra de l'acoustique du Phénix qui est souvent déplorable (le Phénix étant un chapiteau de cirque et non pas une salle de concert) et qui gêne Renaud tout au long du spectacle, particulièrement en début de spectacle, le temps que les ingénieurs du son trouvent les réglages les moins mauvais. Il nous explique que lorsque les cris et applaudissements de la salle (qu'il surnomme le "hangar à bestiaux") devient trop fort, le son boucle dans ses oreillettes et lui vrille les tympans. Il enlève même plusieurs fois ses oreillettes tellement il semble gêné.
Quelques mots sur le merchandising, plutôt bien pensé (sauf les briquets, accessoire limite pour quelqu'un qui lutte contre le tabagisme). On trouve bien sûr des T-shirts, des photos, des affiches, des livres, divers objets plus ou moins utiles, le tout un peu cher quand même (vingt euros le T-shirt !) Mais le meilleur est évidemment le livret, bien plus qu'un banal programme, et vendu seulement dix euros. C'est un journal de 35 pages en papier glacé, parodie de "Voici", dont le titre est "Merci". Les pages retracent les quatre dernières années de sa vie, ou plutôt de sa renaissance, depuis la rencontre avec Romane Serda. La mise en page mime celle de "Voici", les textes sont bien sûr de Renaud, c'est drôle, impertinent, impudique parfois. Et il y a une kyrielle de photos, à mon avis inédites pour la plupart. Ainsi on peut enfin découvrir Dominique et le (très joli) minois de Lolita.
Quand on repense à la longueur du spectacle, au nombre et à la qualité des musiciens, au livret d'accompagnement, au décor et à l'implication de Renaud, qui communique si bien avec le public, il est clair que la majorité des artistes devraient s'en inspirer quant à la prestation offerte et au respect du public, de "son" public.
Et l'apothéose de cette soirée est le message posté à 23h27 par Renaud lui-même (alors que le concert a fini à 23h15) sur le forum qu'il fréquente assidument pour en quelque sorte nous remercier de cette soirée passée avec lui :

Mais tout ça est loin derrière lui et le Renaud qu'on a toujours aimé est de retour, grâce sans aucun doute à sa Romane, sa jeune muse qui l'a aspiré hors du gouffre, qui lui a fait renoncer à la cigarette, qui lui a redonné le goût d'écrire et qui lui a permis de guérir de sa séparation d'avec sa Dominique unique. Il assume son âge, a troqué le bandana rouge contre une fine cravate, rouge également, sur une chemise blanche, et a retrouvé tout son mordant, son humour parfois limite mais qu'on aime bien, sa verve et son franc-parler. Il assume toujours parfaitement ses choix politiques et ses combats, pour Ingrid Betancourt, contre le tabac, la tauromachie, Le Pen et Sarkozy.
Le seul bémol viendra de l'acoustique du Phénix qui est souvent déplorable (le Phénix étant un chapiteau de cirque et non pas une salle de concert) et qui gêne Renaud tout au long du spectacle, particulièrement en début de spectacle, le temps que les ingénieurs du son trouvent les réglages les moins mauvais. Il nous explique que lorsque les cris et applaudissements de la salle (qu'il surnomme le "hangar à bestiaux") devient trop fort, le son boucle dans ses oreillettes et lui vrille les tympans. Il enlève même plusieurs fois ses oreillettes tellement il semble gêné.
Quelques mots sur le merchandising, plutôt bien pensé (sauf les briquets, accessoire limite pour quelqu'un qui lutte contre le tabagisme). On trouve bien sûr des T-shirts, des photos, des affiches, des livres, divers objets plus ou moins utiles, le tout un peu cher quand même (vingt euros le T-shirt !) Mais le meilleur est évidemment le livret, bien plus qu'un banal programme, et vendu seulement dix euros. C'est un journal de 35 pages en papier glacé, parodie de "Voici", dont le titre est "Merci". Les pages retracent les quatre dernières années de sa vie, ou plutôt de sa renaissance, depuis la rencontre avec Romane Serda. La mise en page mime celle de "Voici", les textes sont bien sûr de Renaud, c'est drôle, impertinent, impudique parfois. Et il y a une kyrielle de photos, à mon avis inédites pour la plupart. Ainsi on peut enfin découvrir Dominique et le (très joli) minois de Lolita.Quand on repense à la longueur du spectacle, au nombre et à la qualité des musiciens, au livret d'accompagnement, au décor et à l'implication de Renaud, qui communique si bien avec le public, il est clair que la majorité des artistes devraient s'en inspirer quant à la prestation offerte et au respect du public, de "son" public.
Et l'apothéose de cette soirée est le message posté à 23h27 par Renaud lui-même (alors que le concert a fini à 23h15) sur le forum qu'il fréquente assidument pour en quelque sorte nous remercier de cette soirée passée avec lui :
WWWAAAHHHOOOUUU !!!!
posté le 03/04/2007à 23:27:18 par RENAUD
Sorti de scène y'a dix minutes, le temps de bouffer une assiette froide, me changer et démaquiller et me v'là... (avec une bière...)
Putain, je croyais avoir tout vu avec le public d'enfer de La Rochelle et du 30 à Paris, mon cul oui !
Jamais vu un public de feu pareil que ce soir à Bourges depuis des années ! Le délire total du début à la fin, une ambiance de ouf', les Beruyers m'ont mis le waïe grave de chez grave, je suis encore tout retourné... Excusez mais j'ai eu du mal à retenir mes larmes sur "dans la jungle" quand j'ai vu flotter les drapeaux colombiens et quand j'ai senti (pour la première fois depuis que je la chante) cette vraie émotion du public sur cette chanson.
Je vous retrouve plus tard ou demain, je dois voir quelques potes de mon forum à moi que j'ai pis après aller retrouver femme et enfant à l'hôtel...
Merci mes frangin(e)s de Bourges, je vous aime grave !
Renaud
Vous en connaissez beaucoup des artistes de ce calibre qui passent une partie de leur temps libre à tchatcher comme vous et moi sur un forum ? Engueulades, blagues, scoop, avis etc. Renaud est très présent et très vivant sur les forums qu'il fréquente, ça le rend bien plus proche de nous et ça c'est quand même génial !
Commentaires
bonjour ,
concernant le concert bonne journée a vous bizzz
je ne trouve pas le post de "RENAUD" sechant pas toi erwan
Salut,
Il est sur cette page, cherche le titre "WWWAAAHHHOOOUUU !!!!" ou "03/04/2007à 23:27:18"
Un grand merci Erwan pour ce compte-rendu !!! Et moi qui n'ai pas pris mes places pour le concert de ce soir (à Bordeaux) car très déçu par sa dernière prestation, tu me files plein de regrets... Grrrr !!!