"Age tendre et têtes de bois", les plus âgés s'en souviennent sûrement, était une émission créée et animée par Albert Raisner au début des années 60, qui traitait des musiques actuelles de l'époque, yé-yé, variété, twist et rock balbutiant. Surfant sur la vague rétro actuelle, des producteurs ont eu l'idée de cette tournée réunissant plusieurs artistes phares de cette époque, un peu oubliés maintenant et surtout boycottés sur la majorité des radios commerciales.

Nous arrivons à l'ouverture des portes mais comme nous bénéficions d'invitations nous avons les places de seconde catégorie, en haut des gradins, loin de la scène. Du coup je retourne dare-dare à la maison pour chercher les jumelles. Bien sûr tout le parterre est couvert de chaises, le public est d'un âge... certain, même si par-ci par-là on aperçoit quelques spectateurs bien plus jeunes. Non loin du stand du merchandising consacré à la tournée on peut voir un grand stand uniquement consacré à Michelle Torr, pris d'assaut par les clients. Deux juke-box encadrent la scène (des Wurlitzers d'époque ? je n'ai pas pu le vérifier).

A 20h30 précises la salle s'éteint, la pub de Radio Nostalgie retentit et le rideau s'ouvre sur Frédéric Zeitoun, présentateur (en fauteuil roulant) d'émissions consacrées à la musique sur France 2 et Télé Mélody. Il sera le "monsieur Loyal" de la soirée. Pour accompagner les artistes il y a huit musiciens et deux choristes. Après quelques mots d'introduction, Frédéric Zeitoun présente le premier artiste, Demis Roussos. Connu d'abord au sein des Aphrodite's Child puis surtout en solo, il entre en claudiquant et nous chante deux chansons, en tentant de retrouver sa voix d'entant. Malgré un "Whiter shade of pale" qui me donne des frissons, un doute m'assaille : et si toute la soirée était de cet acabit ? Toujours présentée par Frédéric Zeitoun, c'est Stone qui entre en scène, toute de rouge vêtue, souriante, dynamique et coiffée bien sûr comme au temps de sa gloire. Ensuite arrive un chanteur dont, à ma grande surprise, j'ignore même le nom, Michel Orso ! Il est Corse, en fait des caisses et interprète "Angélique" qu'apparemment toute la salle connait. Puis se succèdent Pierre Groscolas, avec "Lady Lay" qui a accompagné mon adolescence, Marie Myriam et son incontournable "L'oiseau", Leny Escudero, Stone avec Eric Charden qui ne chante qu'un mot sur cinq environ, Michelle Torr, avec "Emmène-moi danser ce soir" et un très bel hommage à Piaf avec "Hymne à l'amour", Patrick Topaloff, qui en plus de ses deux chansons nous fait un numéro d'autodérision avec un sketch sur les "papys de la chanson française", Eric Charden seul, qu'on soupçonne de playback avant de conclure en l'observant attentivement aux jumelles qu'il chante bien en direct, Rika Zaraï, étonnamment égale à elle-même mais toujours un tantinet gonflante avec ses messages de paix surannés, Georges Chelon, avec "Sampa" qui me tire la même émotion qu'il y a 30 ans et pour lequel j'applaudis enfin, Pascal Danel et l'incontournable "Neiges du Kilimandjaro" et Franck Alamo avec bien sûr "Biche oh ma biche". Arrivant avec sa guitare du fond de la salle, c'est Danyel Gérard qui clôture la soirée. Coiffé de son célèbre chapeau noir (comme disait Coluche il avait eu «le choix entre le chapeau et le talent de Bob Dylan»), avec le même collier de barbe il nous offre "Petit Gonzales" et bien sûr "Butterfly".

Après quelques mots de conclusion de Frédéric Zeitoun, bizarrement seuls les hommes viennent saluer, et le rideau retombe, sans un rappel. Une partie du public, globalement calme et sage, malgré des applaudissements nourris et plusieurs standing ovations, se lève pour aller toucher les artistes alignés en bord de scène. Finalement nous n'aurons pas vu Richard Anthony, Gérard Lenormand, François Deguelt, Nancy Holloway ou Gilles Dreu, comme inscrit sur l'affiche. Sans doute se répartissent-ils dans les différentes tournées.

Le plus étonnant est sans conteste Leny Escudero, papy sec et maigre, aux longs bras et à la tignasse grise, longue et épaisse, qui se plante devant le micro comme à l'époque, sans bouger un muscle, mais dont la voix puissante n'a pas changé d'un iota. Ses textes ont toujours autant de force (une de ses chansons date quand même de 1964) et confirment qu'il fait partie des poètes, comme Jacques Brel et non pas des artistes de variété comme les autres. Chapeau monsieur Escudero.

Donc sentiment mitigé pour cette soirée. Je suis partagé entre le désintérêt pour une opération et une récupération des années yé-yé purement commerciale et le plaisir d'entendre des chansons qui ont accompagné mon enfance et ma jeunesse.