Après plusieurs jours de signes avant-coureurs, lundi 2 avril vers 10h00 (heure locale) une fissure de 500 mètres s'ouvre à environ quatre kilomètres de la route littorale, au sud-est du flanc du volcan, et une coulée de lave dévale la pente, coupant la RN2 dans son cheminement vers la mer vers 16h00. Des fontaines de lave, situées sur le rempart du Tremblet, atteignent cinquante mètres de hauteur. Après une accalmie, le 5 avril l'activité sismique s'intensifie. Les appareils enregistrent plus de mille secousses sismiques, exclusivement localisée à l’aplomb du sommet du Piton de la Fournaise, le débit de lave augmente et les fontaines sont plus importantes, montant jusqu'à 200 mètres. Trois bras de lave atteignent la mer. Le 6 avril le débit de lave est sans doute supérieur à 100 m³ par seconde. Puis survient un phénomène rarissime : l'un des deux cratères, le Dolomieu, commence à s'effondrer sur lui-même et le 7 avril il a baissé d'environ 300 mètres sur un diamètre de 800 mètres, ce qui correspond à un déplacement entre 30 et 50 millions de m³ de matière ! Le cratère Dolomieu a déjà connu des affaissements en 1860 et 1936, mais les moyens techniques de l'époque n'avaient pas permis d'en garder des traces aussi précises qu'aujourd'hui. Les systèmes de surveillance du Piton de la Fournaise sont extrêmement sophistiqués, et les scientifiques suivent d'heure en heure l'évolution de l'éruption. Aujourd'hui l'activité semble s'être stabilisée mais de la lave coule toujours de la fissure initiale et on observe toujours des fontaines de lave, mais plus petites. L'épaisseur de lave fraîche est estimée à environ dix mètres d'épaisseur.

Yves Picard, qui tient le gîte du volcan situé à 2200 mètres d'altitude est resté au gîte seul avec sa femme. Il connaît bien le volcan, car il est né là et parcourt ses flancs depuis son enfance. Il raconte : « Pour la première fois, j'ai vraiment eu peur. Les secousses étaient telles que j'ai cru dormir sur un bateau. Toute la nuit, notre lit a bougé, l'armoire tapait contre la cloison. »

Cette éruption va considérablement changer le paysage du volcan, surtout à son sommet. Pour avoir vécu sur l'île et avoir gravi le volcan en 1999, je peux imaginer ce que représente un effondrement de 300 mètres, alors qu'avant le fond du volcan n'était qu'à quelques dizaines de mètres du bord où accédaient les randonneurs. La quantité de lave déversée dans la mer a aussi une conséquence inattendue : des milliers de poissons morts à cause de la chaleur (l'eau de mer est montée à 70°C) sont retrouvés à la surface de l'océan dont une quinzaine d'espèces de grande profondeur totalement inconnues. Et l'île s'est encore agrandie de quelques centaines d'hectares.

Le Piton de la Fournaise, d'altitude 2632 mètres, est en activité quasi-permanente car l'île est située sur une zone où le magma perce régulièrement la croûte terrestre au milieu d'une plaque océanique. La chambre magmatique supérieure est à seulement un kilomètre sous terre et se remplit lentement de laves venues du manteau terrestre. Lorsqu'elle est pleine le sol se bombe, se fissure et provoque une éruption. Le Piton de la Fournaise est un des volcans les plus actifs au monde mais heureusement il est entouré d'une haute falaise, l'enclos Fouqué, dans lequel se produit la quasi totalité des éruptions. Elles sont toujours spectaculaires mais peu dangereuses pour les populations.

Mise à jour 12/04/2007 : l'activité est repartie à la hausse, le Dolomieu s'est une nouvelle fois effondré et des pluies acides tombent sur l'île Maurice, distante d'à peine 300 kilomètres.