Moi, réveillé depuis longtemps, j'essaye de lire sur la terrasse. Mais je gèle littéralement, il y a une légère brise froide et le balcon est encore dans l'ombre. Par contre le ciel est d'un bleu pur, sans le moindre filament de nuage, c'est magnifique. Pour notre premier petit déjeuner nous choisissons une table à l'extérieur, sous les arbres. Quel beau décor pour notre anniversaire de mariage ! Dès que le soleil efface l'ombre il fait en fait très bon. Le buffet du petit déjeuner est aussi somptueux que celui du dîner. Il y a encore un cuisinier qui prépare les oeufs et les pancakes à la demande. Les fruits et les charcuteries sont très variés et il y a même une sorte de champagne à volonté. Comme hier soir nous remarquons que les mets sont proposés en petites quantités : dès qu'un plat est presque vide il est changé par un autre, rempli. Cette façon de faire participe aussi de l'aspect haut de gamme du service. Contrairement à Christine qui teste tout ce qu'elle ne connaît pas, je prends comme d'habitude un petit déjeuner complet mais classique : fruits, jus de fruits, Corn Flakes, oeufs, bacon et tomates, café au lait, petits pains au lait, croissant et toasts. De quoi tenir la journée sans difficulté. Les tables sont entourées de moineaux effrontés qui quémandent et qui n'hésitent pas à venir voler le pain sur les tables lorsqu'on se lève.

Pour notre première balade en voiture nous choisissons d'aller à Vejer de la Frontera, au sud. Ce village nous a été recommandé par ma voisine dans l'avion. Nous faisons halte dans un supermarché pour acheter les indispensables bidon de cinq litres d'eau et essuie-tout. La carte routière de Christine a plus de dix ans ce qui nous perturbe un peu car les numéros de route ont changé et une nouvelle autoroute est apparue depuis. Nous trouvons enfin le village, perché sur un éperon rocheux. Nous garons la voiture et entamons la visite du village à pied. Le centre est magnifique, les maisons sont blanches, presque toutes ont un vestibule décoré, voire meublé, qui donne souvent accès à une cour intérieure. Il y a des plantes vertes et des fleurs à profusion. Je retrouve le plaisir de prendre des photos avec mon vieux et fidèle Pentax argentique. Même si je sais que les photos seront incomparablement plus belles qu'en numérique, il me manque toutefois la possibilité offerte par les appareils numériques de vérifier chaque prise de vue immédiatement. Nous sommes intrigués par une figure qui revient très souvent : une femme entièrement couverte de noir de la tête aux pieds, avec un seul oeil visible sous le châle noir. Nous devinons qu'il s'agit de la "Cobijada" mais impossible d'en savoir plus. Il faudra chercher sur Internet. Elle est même représentée sous forme de statues. Nous sommes étonnés par la vitalité de l'urbanisation : des maisons ou immeubles se construisent par dizaines dans chaque ville traversée. En repartant nous faisons une halte auprès de vieux moulins à la sortie de la ville. Presque en face nous rencontrons notre premier taureau andalou, une bête magnifique entourée de son harem de vaches et gardée par des pique-boeufs.

Nous continuons jusqu'à Zahara de los Atunes, censé être un joli village de pêcheurs. C'était peut-être vrai il y a longtemps mais maintenant ce n'est qu'une petite station balnéaire avec une plage sans intérêt. En rebroussant chemin pour quitter le village nous avons une belle vue sur le cap Trafalgar, avec des troupeaux de vaches andalouses au bord de la mer en premier plan. Du coup j'apprends avec étonnement que Trafalgar est en Espagne ! Christine se moque bien de moi. Et nous décidons d'y aller. Nous trouvons difficilement car les panneaux indicateurs espagnols sont indigents, surtout dans les villes : ils ont la même taille que les panneaux publicitaires, avec juste une couleur différente. A l'approche des rond-points la direction est indiquée, noyée au milieu des autres panneaux, mais n'est pas répétée sur le rond-point lui-même. Donc si le seul panneau a échappé à notre vigilance, nous sommes perdus. Nous trouvons enfin la route, et nous nous garons au bout du cul-de-sac menant au cap. L'accès au cap et au phare qui le surplombe se fait à pied. La plage alentour est une fois encore superbe, blanche et longue, bordée de vagues dans une mer couleur saphir. Le chemin est entouré de dunes où poussent des lys de mer, plante que je ne connaissais pas. En lisant les panneaux d'information nous apprenons que le cap est en fait un tombolo : c'est un isthme formé au fil des millénaires entre un îlot et la côte proche par la mer qui, recouvrant l'îlot et perdant sa force, a déposé des sédiments derrière l'îlot. Au fil du temps, les sédiments se sont accumulés et ont finit par relier l'îlot à la terre. Le phare lui-même a peu d'intérêt. Il est flanqué d'une ancienne tour de guet romaine carrée.

Avant de rentrer à l'hôtel nous cherchons une plage pour nous baigner. Nous choisissons une grande plage en dehors des zones urbaines. L'eau est fraîche, j'hésite à y entrer mais finalement je la trouve bonne. Nous jouons un bon moment dans les vagues, avant de sécher au soleil. Une légère brise atténue la sensation de chaleur, c'est super. D'après des renseignements trouvés sur Internet beaucoup de plages ont des zones naturistes mais souvent aux extrémités. Et vue la longueur des plages nous n'avons pas le courage de marcher des kilomètres pour le simple plaisir d'être nus. Tant pis. Nous retournons sans difficulté à l'hôtel. Dans la chambre nous attend une invitation pour un cocktail de bienvenue. Il est prévu entre 19h00 et 20h00 et il est déjà 19h15 ! Chistine fait un exploit et se prépare en trente minutes à peine. A l'entrée du salon nous sommes accueillis par le directeur en personne qui nous dit quelques mots en français. Un serveur nous offre un cocktail (sangria pour Christine et piña colada pour moi) et des petits fours sont à disposition. Les personnes présentes restent distantes. Difficile d'engager la conversation, surtout que nous ne parlons pas espagnol. Nous constatons d'ailleurs que la majorité des clients sont espagnols. Il y a très peu d'étrangers et encore moins de Français, c'est une bonne chose. Je pose la question sur la nationalité des clients à une public relation. Elle me confirme qu'il y a en effet une majorité d'Espagnols, quelques Luxembourgeois, Belges, Anglais et Allemands. Christine a lu que la Costa de la Luz est un peu aux Espagnols ce que la Côte d'azur est aux Français. Il est évident aussi que la Costa de la Luz a bénéficié de règles bien plus sévères quant à la construction d'hôtels et de zones touristiques : rien à voir avec la Costa del Sol, défigurée par le béton et envahie par le tourisme de masse. Ici il est clair qu'il se pratique pour l'instant un tourisme haut de gamme, dans un respect relatif de l'environnement. Un exemple : les hôtels ont peu d'étages et ne donnent pas directement sur la mer, mais un étroit cordon de dunes les en sépare. Ainsi de la plage on aperçoit seulement le haut des bâtiments entre les dunes.

Après le cocktail nous allons dîner et définitivement nous choisissons une table à l'extérieur. De grosses nuées noires sont arrivées de la mer, comme si un orage se préparait. Mais aucune pluie ne vient gâcher la soirée. Le buffet est toujours excellent. La plupart des plats sont nouveaux. En particulier du saumon fumé tranché à la demande, excellent : très salé, il a un véritable goût de poisson fumé, rien à voir avec le saumon fumé de supermarché. Si la plupart des femmes sont bien habillées, les hommes sont plus négligés, c'est dommage dans un tel cadre. Nous avons personnellement toujours plaisir à nous habiller élégamment pour le dîner, aussi bien par rapport au cadre que pour notre satisfaction. Voir Christine dans une belle robe de soirée, bien maquillée et bien coiffée est toujours un petit bonheur.

Après le dîner nous rentrons directement à la chambre, d'autant plus qu'en rentrant de balade nous n'avons pas eu le temps d'étendre serviettes et maillots. La soirée se passe de façon sympathique, à jouer sur la table du salon.