Avant, au petit déjeuner, Christine a osé testé toutes les préparations bizarres que les Espagnols mettent sur du pain. Elle les trouve bonnes mais ne parvient pas à identifier précisément leur composition.

Nous utilisons encore TomTom pour trouver l'école. Cette fois le navigateur fait bien son travail et nous conduit directement dans l'avenue où elle se trouve. L'école se visite, avec même un commentaire en français, mais malheureusement le spectacle équestre n'a lieu que le mardi et le jeudi. C'est dommage mais c'est de notre faute nous aurions dû mieux nous renseigner, grâce à Internet par exemple. Tant pis nous ne pourrons voir que l'entraînement des chevaux et des cavaliers. En préambule nous assistons à une courte vidéo de présentation de l'école et de la place du cheval en Andalousie. Elle est superbe, les images sont magnifiques, les musiques sont bien choisies, il n'y a pas de commentaire parlé mais seulement quelques courts textes d'explication en quatre langues. En fait l'école est récente mais s'est rapidement hissée au niveau des écoles de Saumur, de Vienne et du Portugal.

Nous nous dirigeons ensuite vers le grand manège où ont lieu entraînement et spectacle. Des gradins bordent la piste sur tout un côté, nous nous y installons. Sur la gauche trône la loge royale, richement décorée. Sur la piste évoluent une dizaine de chevaux avec leur cavalier. Les chevaux travaillent de différentes façons et à différents niveaux. Certains sont travaillés à la bride, le cavalier à pied à côté, d'autres sont montés. Les chevaux galopent, trottent, marchent, font des figures. Ils sont très beaux, plutôt trapus, la crinière et la queue très longues. Les couleurs vont du blanc au marron très foncé. Ce sont tous des mâles non coupés. Nous les trouvons beaucoup plus beaux que les pur-sang des courses hippiques, trop minces, trop élancés. Les chevaux devant nous sont nerveux, on sent qu'ils ont du caractère. Je tente de prendre des photos mais l'une des nombreuses hôtesses m'en empêche immédiatement. Il ne me reste qu'à utiliser discrètement mon petit numérique pour voler quelques photos. Les cavaliers sont habillés de deux couleurs différentes et nous comprenons rapidement que les professeurs sont en bleu et les élèves en vert : d'après leur âge mais surtout leur habileté et leur prestance lorsqu'ils montent. La piste étant en contrebas, les cavaliers passent légèrement en dessous de nous. Nous remarquons une jeune élève, jolie andalouse bien cambrée, aux yeux noirs et perçants, que nous imaginons bien habillée en costume traditionnel dans un spectacle. Plusieurs fois nous admirons un beau cheval presque noir qui se cabre à la demande de son dresseur et qui marche sur ses jambes arrières. Les exercices sont différents, les mêmes chevaux travaillent avec ou sans cavalier sur le dos. Certains partent, peut-être boire un peu, et reviennent effectuer d'autres figures. A un moment un cheval blanc hennit, refuse le travail et tente d'échapper à son dresseur. Celui-ci finit par le lâcher et le cheval s'enfuie, galopant autour de la piste. Les professeurs tentent de l'acculer pour le maîtriser, sans succès. Mais soudain celui que nous prenons comme le cavalier le plus expérimenté crie quelques mots en espagnol et le cheval s'immobilise immédiatement, se laissant reprendre par la bride. Impressionnant !

A 13h00 une hôtesse appelle les personnes désirant une visite en français. Une dizaine de personnes se rassemblent autour d'une jeune femme parfaitement bilingue. Nous commençons par visiter la sellerie, au centre des écuries disposées en étoile autour. Ici sont entreposées les différentes selles de chaque cavalier en fonction des usages : entraînement ou spectacle. Il y a aussi des selles de vaqueros (ceux qui surveillent les manades de taureaux), beaucoup plus lourdes (22 kilos contre 6,5 kilos pour une selle d'entraînement) mais beaucoup plus confortables. Au mur sont accrochés tous les ornements d'apparat ou de travail : longes, chasse-mouches, brides, éperons, tapis de selle, etc. La salle est climatisée et bénéficie d'une humidité constante, pour préserver le cuir. Tous les objets en cuir sont fabriqués sur place dans l'atelier de bourrellerie.

La guide nous entraîne ensuite dans une écurie et nous explique que l'école possède 127 chevaux dont 70 dans les boxes de ces écuries. Certains sont dans une autre écurie non loin de là, près du musée hippomobile. Les juments sont tenues à l'écart, dans un village près de Cadix, avec les poulains qui restent avec elles pendant trois ans. Ensuite de quatre à huit ans les chevaux sont entraînés. S'ils ne sont pas jugés dignes de rester à l'école ils sont alors vendus. Sur chaque box est marqué le nom du cheval et sa lignée, ainsi que son régime alimentaire, contrôlé individuellement par les vétérinaires. Je demande pourquoi certains ont une litière en sciure et d'autres en paille : ceux qui ont de la sciure ont la fâcheuse habitude de manger leur litière ! Nous voyons le cheval le plus célèbre de l'école, Invento II, qui a gagné une médaille d'or à un championnat du monde et une médaille de bronze aux jeux olympiques de Jerez. Son cavalier était Rafaël Soto, très connu dans le monde hippique, et professeur dans cette école. Peut-être est-ce lui que nous avons vu à l'entraînement ? La guide nous explique beaucoup de choses sur les chevaux andalous. C'est en effet une race plutôt petite (en moyenne 1,60 mètre au garrot), aux poils longs, et aux couleurs variées. La couleur de la robe de certains chevaux évolue en fonction de l'âge, passant du gris au stade de poulain au blanc au stade d'adulte. La plupart des chevaux sont des mâles de race pure, reconnaissables aux poils laissés longs. D'autres sont issus de croisements et sont castrés. Ceux-ci ont les poils de la crinière et de la queue coupés. A partir de quinze ans les chevaux peuvent être mis à la retraite et sont alors vendus aux enchères pour servir d'étalons ailleurs. Les élèves de l'école appartiennent à quatre catégories : cavalier, bourrelier, palefrenier et aide vétérinaire. Il faut quatre ans d'apprentissage pour les deux premiers métiers, et seulement deux ans pour les deux derniers. Chaque année entre soixante et soixante-dix élèves se présentent à l'école et seuls quatre sont retenus. Il n'est pas nécessaire d'avoir un bon niveau équestre car le style, la grâce et la tenue comptent autant que la technique pure. L'école est ouverte aux étrangers mais la guide nous dit qu'actuellement seul un Belge est élève bourrelier.

Il est presque 14h00, heure de fermeture de l'école et nous n'avons que dix minutes pour visiter la bourrellerie et le musée du cheval. Nous parcourons malheureusement celui-ci au pas de course, alors qu'il faudrait au moins une heure pour tout visiter. Je suis étonné de ne trouver à acheter aucun livre ou brochure sur l'école. Je dois me contenter de quelques cartes postales et d'un dépliant publicitaire. En nous dirigeant vers le musée hippomobile à quelques centaines de mètres, nous croisons tous les professeurs de l'école quittant celle-ci au volant de leur voiture : il est 14h01 ! Le musée, récent, présente une belle collection d'attelages en tous genres, des plus anciens aux plus modernes, en acier, utilisés pour les courses d'attelages. Pour chaque voiture, la signalétique est très moderne, multilingue, multimédia et interactive. Nous voyons encore des chevaux dans leur box. Il y a peu de monde qui visite car il fait très chaud (plus de 35°C). La ville elle-même semble déserte, tous les magasins sont fermés et les habitants sont à l'abri du soleil. Mais moi je suis content, j'ai enfin la chaleur que j'attendais.

Nous rentrons à l'hôtel après un rapide tour de ville en voiture. En arrivant je veux prendre une photo avec mon vieux Pentax et celui-ci se coince, comme l'an dernier en Croatie : impossible ni de l'armer ni de déclencher. Je pense que son heure est venue, mais il aurait pu attendre samedi quand même ! L'esprit préoccupé, j'accompagne Christine à la plage. L'eau parait un peu plus chaude, mais j'hésite encore avant d'y rentrer. Après avoir joué un long moment avec les vagues je m'adonne au bronzage avec plaisir, sans oublier de mettre de la crème solaire. Le repas se passe sans rien de notable. Ah ! si, au dessert je commets une "faute" en posant directement ma coupe à glace sur la table. Immédiatement un serveur intercale une soucoupe sous la coupe. Promis, je ferai attention la prochaine fois.

Après le dîner je vais à la réception essayer d'expliquer en anglais que je voudrais un petit tournevis pour réparer mon appareil photo. Avec des gestes et en montrant la vis, la réceptionniste comprend et me dit qu'elle va envoyer un technicien nommé Paco à notre chambre dès que possible. Nous sommes à peine revenus à la chambre que quelqu'un frappe : c'est le dénommé Paco qui me tend un petit tournevis. On se dit que "Ca c'est palace" ! Et, miracle, le tournevis convient et me permet de débloquer l'appareil photo. Nous finissons la soirée sous les arcades du patio à écouter de la musique. Christine prend un café Sancti Petri, au brandy, qu'elle trouve fort.