J'avais le choix entre Deep Purple à Châteauroux et le théâtre. Après un choix cornélien, j'ai choisi le théâtre, plus original et plus près de chez moi. Comme d'habitude à Bourges nous entrons par la porte VIP, ce qui nous permet de nous placer au second rang. Pour l'instant la scène est vide. La salle, en configuration réduite, se remplit jusqu'aux derniers gradins, c'est bon signe.
A l'heure dite le noir se fait, nous voyons des appariteurs installer rapidement quelques éléments de décor et Pierre Palmade entre en scène. Il n'y a plus les fameux trois coups, on est résolument loin du théâtre classique mais dans une mise en scène à sketches. Car Pierre Palmade est l'un des deux metteurs en scène, avec Christophe Duthuron, et la structure de son spectacle est rigoureusement calquée sur ses deux succès "Ils s’aiment" et "Ils se sont aimés", avec Michèle Laroque. Quand Pierre Richard fait son entrée on retrouve instantanément la démarche et l'attitude du grand blond ou de François Pignon, les rides et les cheveux blancs en plus. Mais ça fait rudement plaisir de le revoir sous les projecteurs, après une traversée du désert assez longue.
Pendant une heure et demie vont se succéder dix saynètes qui vont nous conter les rapports mouvementés d'un fils qui vient de découvrir son père, après trente-cinq ans d'absence. A chaque fois le décor est suggéré par quelques éléments et un écran vidéo en fond de scène. L'unité de temps et de lieu est elle aussi passée à la trappe : l'histoire se passe sur plusieurs mois et les décors nous emmènent de l'appartement au zoo en passant par un étang et un restaurant. On imagine qu'un film, a priori sans intérêt, pourrait être tiré de cette pièce. Les dialogues sont du Palmade pur jus : phrases simples, du quotidien, mais qui font mouche grâce au timing, au ton et aux mimiques qui les accompagnent. On rit souvent, très souvent même, mais l'émotion est aussi présente, presque sous-jacente. Les acteurs ont aussi recours aux personnages fictifs, auxquels ils s'adressent l'un ou l'autre.
Au début de la pièce j'ai trouvé Pierre Richard légèrement en retrait, puis progressivement il s'est affirmé et s'est lâché, faisant jeu égal avec Pierre Palmade. D'autant plus que Pierre Malaquet père a le beau rôle par rapport à son fils, c'est lui qui attire la sympathie. On retrouve fréquemment le Pierre Richard de notre jeunesse a des menus détails : un rire, un pas de danse, une maladresse, mais sans excès.
Une bien belle soirée donc, et un grand succès pour les acteurs, longuement applaudis à la fin. Par contre je n'ai pas osé faire la moindre photo, toujours gêné par le regard appuyé des comédiens vers le public.