Nous avions bien remarqué la petite chapelle enchâssée dans la cour d'arrivée de l'hôtel, sans imaginer qu'elle serve à autre chose qu'aux prières de quelques touristes. Et là, de notre balcon, nous voyons affluer de nombreuses personnes vers la chapelle minuscule qui est vite remplie. Les fidèles n'ayant pas trouvé place à l'intérieur se massent à l'extérieur. Nous entendons distinctement le pope dire ses litanies et l'assistance chanter, sans doute en grec. C'est bien la première fois que nous assistons à pareil spectacle dans un hôtel !

Pour cette dernière journée avec la voiture, nous décidons de visiter le nord de l'île. Nous connaissons bien maintenant la route jusqu'à Corfou mais nous pestons toujours contre l'absence de signalisation. Dans Corfou nous hésitons plusieurs fois sur la direction à prendre. Nous passons le long du port, où est amarré un immense paquebot de croisière : nous comptons cinq étages d'au moins soixante-dix cabines chacun, toutes avec un balcon. Nous trouvions enfin la route vers le nord. Elle est meilleure et plus large que d'habitude et nous roulons à meilleure allure.

Nous apercevons un panneau indicateur vers un village d'où la vue est très belle, parait-il. Nous bifurquons mais nous sommes obligés de rebrousser chemin : la route se rétrécit, s'enfonce dans la montagne et plus aucun panneau ne permet de nous guider. La route passe tantôt le long de la côte, tantôt à flanc de montagne, les paysages sont jolis.

Nous faisons une halte dans le joli village de Kassiopi. Les côtes de l'Albanie sont étonnamment proches, à quelques kilomètres à peine. Christine trouve enfin le livre sur l'Achilleon, en plusieurs langues sauf en français. Dommage. Nous visitons une petite église construite sur l'emplacement d'un ancien lieu de culte, et reconstruite en 1580. Toutes les églises orthodoxes se ressemblent : construites sur un plan rectangulaire, entourées de murs blancs, sans aucune décoration extérieure. Il est donc difficile de distinguer de l'extérieur une église ancienne d'une récente. L'intérieur par contre est très sombre et la décoration est d'une richesse démesurée.

Nous continuons ensuite vers un village en ruine, le vieux Perithia. Bizarrement la route qui y conduit est très récente presque jusqu'au bout et le village est fléché. Les cent derniers mètres ne sont par contre qu'une piste caillouteuse. En arrivant nous voyons une douzaine de jeeps garés sur le bas côté : il s'agit sans doute d'une étape du périple en jeep vendu (cher) par les offices de tourisme. Nous parcourons le village à pied mais nous sommes déçus. Les maisons sont effectivement en ruines, mais cela semble récent et dû souvent à des incendies. Il y avait l'électricité partout, preuve que le village lui-même est relativement récent. Au milieu du village une taverne accueille les touristes. Y sont d'ailleurs attablés les passagers des jeeps. Seules quelques pierres sculptées et un ancien porche retiennent notre attention. Ce site ne mérite pas les huit kilomètres de route en lacets que nous avons parcourus.

Nous reprenons la voiture et nous dirigeons vers le mont Pantokrator, autre site incontournable de l'île. En chemin nous nous arrêtons observer et photographier un petit cimetière très typique, blotti sur une pente, le long d'une église, sous des cyprès majestueux. Il n'y a toujours aucun panneau indicateur, et nous devons faire confiance à notre instinct et à la carte pour trouver la route qui conduit au mont. Censée être une large route, par sa couleur sur la carte, elle est en fait très étroite et tortueuse. Elle traverse une plaine aride et désertique où il n'y a pas âme qui vive. Après quelques arrêts pour photographier, nous arrivons au terme de la route. Elle est si escarpée que je suis obligé de monter encore en première. Au sommet nous retrouvons le convoi de jeeps. Nous ne regrettons pas l'ascension, car la vue est splendide. Avec ses 917 m le mont domine l'île et la vue s'étend tout autour : nous apercevons l'Albanie, Corfou, la côte nord, les montagnes au sud. Dommage qu'une brume de chaleur vienne obscurcir un peu la vue, mais le spectacle reste grandiose. Au bout de la montagne se dresse un petit monastère, habité par des moines (ou l'équivalent en religion orthodoxe). Il est dominé par un immense pylône de communications, bardés d'antennes, et le contraste est amusant. Des petites fontaines fleuries agrémentent le pourtour du monastère. Des foulards sont mis à disposition, et Christine se couvre les épaules. Comme d'habitude l'édifice ne paye pas de mine à l'extérieur, mais l'intérieur est étonnant : les murs sont recouverts de peintures multicolores et d'objets et de reliques en argent. Je réussis à prendre en photo les deux popes, de loin.

Il est presque 17h00 et nous avons hâte de rentrer. Ce petit périple nous aura pris la journée, du fait des routes difficilement praticables. Nous reprenons la même route pour repartir. Dans un virage, la porte latérale d'un camion de glaces que nous suivons s'ouvre et laisse échapper un carton de glaces. J'hésite à m'arrêter pour en profiter, mais l'envie de rentrer est la plus forte.

La traversée de Corfou est plus facile dans ce sens là, les panneaux indicateurs sont plus nombreux et plus faciles à déchiffrer. Nous nous arrêtons dans une épicerie anglaise pour acheter de la jelly et de la custard. Et puis au Kaiser's bridge, un pont coupé prolongeant un débarcadère en pierre. La lumière de fin d'après-midi est très belle sur la mer et sur les pierres. Nous arrivons à l'hôtel à 18h00 passés et nous renonçons à la baignade. Au repas Christine est contente : elle peut enfin déguster de la seiche !

Après le dîner nous passons un moment au piano-bar. Christine essaye une bière grecque ce soir, pour changer. En essayant de me connecter à Internet pour parler à Solène, je bloque irrémédiablement le poste Internet. Malgré un redémarrage, celui-ci ne veut rien savoir et nous abandonnons.

En rentrant à la chambre, nous trouvons la confirmation du vol de retour. Il est à 12h35, comme prévu, et c'est un taxi qui viendra nous chercher.

Côte est